Les invasions barbares

Elles transportent des maladies. Colonisent ou détruisent la faune et la flore belges. Elles, ce sont les espèces invasives, revenues sur le devant de l'actualité, avec la détection de moustiques-tigres. Tour d'horizon des envahisseurs les plus incommodants du pays.

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Le 13 janvier dernier, une nouvelle inquiétante frappait le port d'Anvers: le terrible Aedes albopictus venait de débarquer. L'"Ae" quoi? Plus connue sous son nom de moustique-tigre, cette terrible bestiole venue d'Asie du Sud-Est a largement gagné sa place ces dernières années dans le top 100 des espèces les plus invasives. C'est que les femelles sont extrêmement agressives, piquent de jour (les mâles ne piquent pas) et peuvent transporter des maladies aussi peu ragoûtantes que la dengue voire, pire encore, le chikungunya. Comme actuellement en Guadeloupe où, fin de la semaine dernière, une nouvelle épidémie avait déjà provoqué la mort de six personnes.

 

Aujourd'hui, le moustique-tigre s'est répandu dans plus de 80 pays, bien au-delà de son foyer d'origine. Parce qu'il adore les eaux stagnantes, et semble s'exporter notamment en traînant dans de vieux pneus transportés par bateaux. C'est justement dans une entreprise d'import de pneus que l'Institut de médecine tropicale d'Anvers a découvert l'espèce l'été dernier. Avant que l'on en débusque des œufs dans une cargaison de bambous, en novembre.

 

Rassurez-vous: ce moustique ne survit pas aux conditions hivernales made in Belgium. Mais cela pourrait bien changer, réchauffement climatique oblige. On reparle d'ailleurs à nouveau de lui dans les pays limitrophes. Et peut-être même déjà en Belgique. En attendant, notre pays n'en demeure pas moins truffé d'autres espèces invasives, bien installées dans nos contrées, et qui chamboulent certains écosystèmes. Revue du bestiaire…

 

La palourde asiatique – Une tueuse dans la Meuse

 

Pour les scientifiques, c'est une Corbicula fluminea. Mais elle s'est popularisée sous le doux nom de "palourde asiatique". Depuis 1992, accroché aux coques des bateaux venus de la mer, ce mollusque pouvant atteindre les 5 centimètres a colonisé le substrat de la Meuse et du canal Albert. On en retrouve même dans des lacs comme celui de la Plate Taille, qui n'a pourtant aucune connexion avec la Meuse. Se reproduisant comme des lapins australiens (on peut atteindre plusieurs milliers d'individus au mètre carré), les palourdes menacent également la biodiversité mosane. En effet, elles se nourrissent goulûment de phytoplancton, n'en laissant plus suffisamment pour d'autres espèces dites "filtreuses"comme les moules indigènes ou le zooplancton, qui servent à nourrir les poissons. Ainsi, si la palourde, par son activité de filtre, nettoie le cours d'eau (ce qui favoriserait des espèces comme le saumon ou la truite de mer), elle peut tout aussi bien déséquilibrer sa chaîne alimentaire. En Meuse, la population de gardons est en chute libre – même si on parle aussi de la responsabilité du cormoran dans cette affaire. Difficile de s'en débarrasser: l'arracher des fonds serait fastidieux, et une campagne chimique toucherait les autres espèces.

 

La bernache du Canada – Terreur sur pattes

 

"Un bel oiseau devenu indésirable" . Voici comment la page biodiversité du site wallonie.be cloue la bernache du Canada au pilori, la plaçant sur sa liste noire (niveau A3) des espèces invasives. Depuis 1980, ce volatile s'est implanté dans tout le territoire belge. Et en Wallonie, sa population croît encore. Le Forum belge sur les espèces invasives dresse un tableau accablant de ses nuisances. Notamment son agressivité envers les autres espèces par son "comportement territorial fort", qui "peut empêcher localement des espèces plus petites d'établir leur territoire". Des individus ont même été observés en train de trucider une poule d'eau et une foulque macroule! Au-delà de ce sombre fait divers, la bernache peut également vandaliser "les cultures, les pelouses résidentielles et les terrains de golf", tout en polluant des zones d'eau avec ses déjections. Du coup, les autorités, en France comme en Belgique, ont permis qu'on puisse la canarder lors de la chasse.

 

La berce du Caucase – Ennemi public n°1

 

Si on ne fait qu'abattre les bernaches à la chasse, la berce du Caucase, plante championne de l'invasion, subit une inquisition bien plus drastique. Depuis 2012, un plan d'éradication a été lancé en Wallonie. Pouvant atteindre quatre mètres de hauteur, cette herbacée est arrivée chez nous dans les années 30. Elle était utilisée dans les jardins botaniques comme plante ornementale, mais la bête s'est échappée et a retrouvé son état sauvage. Depuis, elle terrorise ses consœurs de la flore. Elle peut absorber jusqu'à 80 % de leur lumière, en les surplombant, avant de les faire disparaître en colonisant leur espace. Grande amatrice des berges des rivières, elle finit aussi par en couper l'accès, tout en participant à l'érosion des sols. Mais il y a pire: la sève de la berce cause de méchantes brûlures sur la peau, avec des cloques en prime. Pour s'en débarrasser, il faut la faucher durant plusieurs années car, dure à cuire, elle résiste même aux désherbants chimiques.

 

La coccinelle asiatique – Ni bon Dieu, ni maître

 

Venue d'Asie, tout comme la palourde, l'Harmonia axyridis porte très mal son petit nom latin. Elle aurait été introduite volontairement dans nos contrées pour affronter les pucerons. Hélas, après s'être petit à petit confortablement installée dans les cultures (elle a rejoint le top 10 des espèces en milieu agricole), elle s'est directement attaquée aux autres bestioles friandes de pucerons. Parmi elles, les coccinelles indigènes, qui en font directement les frais puisque leur cousine asiatique se nourrit de leurs larves quand sa nourriture habituelle (pucerons, cochenilles, etc.) vient à manquer. En France, elle peut également menacer les vignes mûres, en grignotant les raisins. En Belgique, l'Harmonia axyridis est aujourd'hui tout simplement l'espèce de coccinelle la plus répandue, même si sa vente a été arrêtée.

 

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