Les Inconnus, le retour des trois frères

Les Inconnus donnent enfin une suite à leur Trois frères. L’occasion de revenir sur une trajectoire qui vaut son pesant de… patates.

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Règle de base du show-business: surtout ne jamais croire que tout va fonctionner facilement! Et même pas quand on s’appelle Les Inconnus. Que l’on a écoulé des DVD par camions entiers, signé des sketches passés à la postérité télévisuelle (Tournez Ménages, Télémagouille, ou le Bleu les yeux Isabelle a dont Nicola Sirkis d’Indochine ne s’est toujours pas complètement remis), et attiré 6,8 millions de spectateurs en salle pour le premier volet des Trois frères sorti voilà 18 ans.

"Et c’est justement ce laps de temps qui a posé problème, nous confirme Didier Bourdon. Beaucoup de financiers nous ont mal reçus quand nous avons été leur proposer ce projet de suite! Nous disant que nous étions trop "générationnels". Bref, une manière polie de nous dire: vous êtes des has been. Cassez-vous ou allez vous produire sur un bateau en croisière avec des chanteurs décatis."

Le trio va finalement trouver une oreille attentive chez Philippe Godeau, réalisateur occasionnel (le très bon 11.6), mais surtout producteur chevronné avec plus de 40 films à son actif (dans des registres aussi différents que Largo Winch, Mr. Nobody ou Baise-moi). "J’étais en quelque sorte leur dernier recours", rigole-t-il aujourd’hui.

Le résultat? Une bonne comédie. Qui, à défaut d’être originale, s’avère positivement réjouissante. "Là, on commence à respirer, lâche Bernard Campan. Le public qui a déjà assisté aux avant-premières du film rigole comme on l’espérait. C’est un immense soulagement.

Ce n’est donc pas gagné d’avance d’être un "Inconnu sur le retour"?

Pascal Légitimus – (Qui rit.) Comme vous y allez! Mais, de fait, il y a un fond de vérité dans cette question. On aurait eu toutes les raisons de penser que le public nous avait oubliés. Mais non! De nombreux ados, à peine nés lors de notre période de gloire, sont même venus me dire qu’ils nous avaient découverts grâce à YouTube!

Didier Bourdon – Mais il existe des précédents malheureux. Des grands retours au cinéma qui se sont soldés par de solides retours de bâton.

Vous pensez aux Bronzés, par exemple?

D.B. – Evidemment! C’était soi-disant gagné d’avance. Ils ne pouvaient pas se planter… On a tout entendu… Mais ce Bronzés 3 s’est fait étriller par la critique. Et une grosse partie des spectateurs se sont déclarés très déçus en sortant des salles (même si ce fut finalement un gros succès populaire avec 10 millions de spectateurs – NDLR). J’y ai souvent pensé. Et je dois admettre que c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons pris notre temps. Même si je crois qu’il y a aussi moyen de limiter les risques.

Comment?

D.B. – Parce que notre film parle davantage aux gens que celui des Bronzés. C’est une comédie basée sur des soucis familiaux et affectifs.

Voir la suite de notre rencontre avec les Inconnus dans le Moustique du 12 février 2014

Alors, ce film?

Réalisé par Les Inconnus. Avec Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus – 106’.

Pour leur grand retour, Les Inconnus ont eu le bon goût de faire (juste mais très bien) ce que l’on attendait d’eux. Et dégainent leur panoplie d’espièglerie consistant en déguisements loufoques mais toujours savoureux, et en gags crétins sans être idiots. Bref, tout en rembobinant la VHS et fleurant donc bon les années 90, ils n’essaient pas de se réinventer mais livrent une belle brouette de gags percutants.

Dix-huit ans après Les trois frères, on retrouve les trois gaillards toujours aussi paumés, mais un rien plus bedonnants et dégarnis, réunis à l’occasion du rapatriement des cendres de leur mère. Didier Latour-Bourdon est marié à une vieille fille dont il espère l’héritage tandis qu’il vend des sextoys sur Internet. Bernard Latour-Campan est devenu un comédien raté. Et Pascal Latour-Légitimus est l’amant d’une cougar américaine, sorte de Liza Minnelli à la libido sous Red Bull. Sans compter l'arrivée d'un nouveau membre de la famille, en l'occurrence une adolescente prénommée Sarah (Sofia Lesaffre, qui manie le verlan version caillera en débit mitraillette), et le retour gagnant d'Antoine du Merle, qui jouait le petit Michaël dans le film original. Oubliant parfois que faux seins et perruques ne suffisent pas forcément à gommer toutes les failles du scénario, le trio arrive cependant à mettre la patate.

 

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