Les gens, quand même…

A chaque soirée de scrutin, ils sont interloqués, contrits, abattus. Elus et experts politiques sont "sous le choc" et assurent qu’il "faudra en tirer les leçons".

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Comment le "comique" italien Beppe Grillo réussit-il à placer 106 députés au Parlement et donc à bloquer l’Italie politique?

Bon sang, le FN de Marine Le Pen ne va quand même pas réellement devenir la première force politique de France!

Quand la N-VA baisse (de 3 %) pour la première fois depuis trois ans dans un sondage, pourquoi est-ce au profit du Vlaams Belang?

En Grèce, au Danemark ou ailleurs, pourquoi vote-t-on extrême? Et souvent anti-européen?

"Les gens" sont irresponsables, quand même! Si ça se trouve, peut-être même qu’ils aiment la brutalité, l’égoïsme et l’imbécillité…

Une autre tentative de réponse, peut-être? En quelques jours, il y a eu "ça"… Un ex-président français (de droite) inculpé d’abus de faiblesse sur la richissime mémé Bettencourt. Un ministre du Budget (socialiste) découvert fraudeur: Jérôme Cahuzac avoue avoir planqué 600.000 euros sur un compte suisse, puis à Singapour. Somme qui, chemin faisant, se transformerait en… 15 millions d’euros!

Le trésorier de campagne de François Hollande en 2012, Jean-Jacques Augier, se trouve sur la liste "offshore leaks" des actionnaires de sociétés créées dans des paradis fiscaux.

L’infante Cristina, fille cadette du roi d’Espagne, est convoquée par la justice dans une enquête pour détournement de fonds.

Et chez nous? Oh rien! Des diamantaires anversois auraient éludé plusieurs milliards d’euros d’impôts. Toutes les grandes banques du pays (sauvées par les contribuables en 2008) continuent de jouer à la roulette dans des sociétés offshore.

D’après Olivier Deleuze, l’argent placé sur des comptes suspects dans des paradis fiscaux représente un manque à gagner de 9 milliards d’euros par an pour l’Etat.

Pas sûr, rétorque John Crombez, le secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude: "On ne connaît pas le montant exact. Les estimations varient entre 8 et… 37 milliards d’euros".

Et j’allais oublier que Marc Verwilghen, ex-chevalier "blanc" de la Commission d’enquête Dutroux, ex-ministre VLD de la Justice retiré de la politique pour (re)devenir avocat d’affaires, fricote avec un trafiquant d’armes international.

Donc voilà, tout "ça" fait quand même un peu beaucoup-beaucoup en très peu de temps. Peut-être que "les gens" aiment l’Europe. Mais pas celle-là. Pas cette gouvernance-là. Pas cette double Europe.

Celle d’"élites" de tous bords d’un côté, qui se permettent tout ou presque, qui cultivent leurs privilèges politiques et/ou financiers, qui voguent de berlusconneries en combats d’ego Copé/Fillon.

Et de l’autre, l’Europe de ces "gens" qui affrontent une austérité terrible, qui collectionnent conclaves et ajustements budgétaires, qui voient leur jeunesse confinée au mieux à des contrats précaires, sacrifiée, incapable de même se loger.

Une Europe incapable d’éradiquer ses propres paradis fiscaux (Luxembourg, Autriche), de faire payer un impôt juste aux sociétés ultra-bénéficiaires, incapable de construire l’ombre d’une harmonisation fiscale ou l’embryon d’une Europe sociale…

"Elite" contre "gens": avec une moue de dégoût, les experts appellent ça le "populisme". Justement, c’est bien là le problème: le dégoût.

vincent.peiffer@moustique.be

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