Les dix ratages du prince Laurent

Carences affectives, business foireux, clébard surgelé et nonne renversée, le cadet d'Albert et Paola fait rire et pleurer.

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"Un portrait critique, panoramique et approfondi qui changera le regard des Belges sur le prince Laurent". C'est la promesse ambitieuse de Frédéric Deborsu dont l'enquête passe ce mercredi dans Questions à la une. Et de la matière, le reporter de la RTBF en a plein. Entre images d'archives inédites et témoins exclusifs se dessine le parcours d'un homme qui a toujours eu un mal fou à trouver sa place royale. Famille, amour, business, le plus dingo mais aussi le plus triste des princes belges a multiplié les échecs cuisants et les situations grotesques. Florilège.

Une enfance glacée

La vie de Laurent commence comme le roman d'Hector Malot: sans famille, les fastes en plus. Dès son plus jeune âge, le Rémy princier subit les conflits permanents entre ses parents qui finissent par se séparer de fait et déserter le Belvédère durant dix-huit ans. Albert part vivre avec sa maîtresse Sybille de Selys Longchamps avec laquelle il aura une fille cachée, Delphine Boël. Quant à Paola, elle passe de Paris et Rome et d'un amant à l'autre. Privé aussi de sa sœur Astrid et de son frère Philippe, le petit prince se retrouve esseulé. Enfin presque… Il est élevé par le personnel du Palais et des militaires avec lesquels il ira jusqu'à passer la Noël. Quelle misère affective…

Une scolarité aux forceps

La suite est tout aussi glacée: il est envoyé en internat dans une école abbatiale à Brugge, alors qu'il ne pipe pas un mot de néerlandais. C'est un tel enfer qu'il tente de fuguer. Ses résultats scolaires sont à l'avenant: pathétiques. Il triple sa première secondaire. Ses parents décident de le redresser en l'expédiant à l'École des cadets où ce sera également l'échec sur toute la ligne. "Tu n'es qu'un incapable!", s'exclame un jour sa mère, excédée, devant les profs. La honte. Laurent finit dans l'école privée uccloise de Rudy Bogaerts, pour le préparer au jury central. Il se retrouve parmi d'autres gosses de riches, tout aussi paumés que lui. C'est là qu'il découvre les grosses voitures et la luxure. Un bon départ dans la vie…

Un père sans amour

Laurent est le mouton noir de sa famille. Mais son pire problème relationnel, c'est avec son paternel de roi qu'il l'entretient. Oui, il est bien le fils de son père, contrairement à ce qu'affirment les mauvaises langues. N'empêche, le cadet ne se sent pas reconnu par Albert et il ignore pourquoi celui-ci ne l'aime pas. Et le renie publiquement. "Ainsi, à trois reprises, le roi a promis qu'il viendrait visiter l'IRGT, feu son institut pour la gestion durable des ressources naturelles et la promotion des technologies propres. Et trois fois, il a annulé, illustre Frédéric Deborsu. C'est étonnant: Albert visite de nombreuses entreprises belges. À l'IRGT, on n'a pas compris non plus ces désistements à répétition…" Ce qui est sûr, c'est qu'entre Albert et Laurent, c'est grillé. Pas bon pour le karma…

Un trône perdu

Jusqu'à ses 29 ans, le prince a la conviction d'être deuxième dans l'ordre de succession au trône, car il est sûr que son père ne deviendra jamais roi. À l'époque, Laurent a une autre certitude: s'il arrive malheur à son frère Philippe, pilote de F-16, lui le cadet deviendra roi des Belges. Pas de bol: en 1992, la loi salique change. "Et soudain, l'équivalent d'une équipe de football se place entre le trône et Laurent qui crie au scandale et en veut très fort à Baudouin parce qu'il le tient pour responsable de ce changement législatif." Bye-bye le plan de carrière en or…

Un job de chien

Il faut occuper le prince sauvage qui glisse sur la dangereuse pente de l'oisiveté. On lui crée sa fondation pour le bien-être animal. "Laurent estime qu'elle est unique au monde car elle permet aux gens défavorisés de faire soigner leur chien pour quasi rien. Mais quel est son véritable rôle?, s'interroge Deborsu. Il m'a prétendu avoir initié lui-même un nouveau projet, présenté comme une première mondiale: trois containers à la gare du Midi pour héberger quinze SDF avec leurs chiens. En fait, c'est le vétérinaire en chef de la Fondation qui, habitant dans le quartier, a été sensibilisé à la détresse de ces sans-abri." Le prince ouvre des portes, s'occupe (quand ça le chante) des relations publiques mais les projets sont manifestement initiés par des gens de terrain. Finalement pas si valorisant…

Reste son amour très particulier pour les premiers concernés. "Claire ne connaît pas les noms des chiens à la Villa Clémentine, ce qui fait beaucoup rire ses enfants. Les bêtes ne sont jamais dans la maison. Ils ont leur niche à côté." Autre anecdote, à peine croyable: Laurent était à ce point affecté par la mort de son toutou fétiche qu'il l'a fait congeler à l'université de Gand, trois mois durant. Il a ensuite fait décongeler la petite dépouille pour pouvoir se recueillir devant elle. C'est frais…

Une dotation en danger

Laurent a reçu sa fondation mais pas assez d'argent, s'est-il longtemps plaint. On lui a créé l'IRGT dont le poste de président lui rapportait 25.000 € net par mois. Ce salaire a été transformé plus tard en une dotation annuelle de 306.000 € par an avec laquelle il fait ce qu'il veut. Il n'a aucun devoir en contrepartie sauf celle, tacite, de ne pas se prêter au business. Mais le Prince a des rêves de grandeur. Il se voit déjà milliardaire en dollars et accumule les affaires opaques qui sentent le gros pognon. Tout cela risque pour lui de changer. Suite à la récente affaire du Congo (voir ci-dessous), le Parlement, sous l'impulsion du sénateur CDH Francis Delpérée, pourrait lui imposer des droits et des devoirs. Et Yves Leterme lui a fait signer un contrat de bonne tenue. En cas de nouvelle incartade? Bye-bye la dotation…

Un bad trip au Congo

La dernière grosse incartade, parlons-en: en mars dernier, il se rend au Congo, malgré l'interdiction d'Yves Leterme. Pas question que le Prince se mêle de diplomatie. Le rebelle prétend pourtant partir pour un beau projet environnemental: contribuer à la création de centrales thermiques au profit de populations de bidonville. "Ce qui est étrange, c'est qu'il est accompagné de deux avocats, dont David Chijner, ténor parisien qui facture 1.000 euros de l'heure et grand spécialiste en fusion-acquisition d'entreprises, pointe Frédéric Deborsu. Justification déroutante du prince: "La législation congolaise est difficile. Et puis, David Chijner aime beaucoup la nature. En plus, c'est un ami, il est Juif et j'aime beaucoup les Juifs"." Ce qui est sûr, c'est qu'au Congo, le prince a visité des mines d'or et de cobalt. Très éloigné du but initial du voyage…

Un "ami" nommé Kadhafi

Au rayon "coopération au développement", le prince s'est également rendu à plusieurs reprises en Libye, entre 2008 et juillet dernier. Là-bas, il a manifestement rencontré un des fils du colonel Kadhafi pour discuter d'un projet de centre de séminaire et pour lancer une opération de reboisement contre l'avancée du désert. "Était-ce une bonne idée dans un pays pétrolier si riche et avec un dirigeant si dur?" demande Deborsu. En tout cas, fricoter avec le clan Kadhafi, ça suffit à vous ternir un homme. En plus, le projet est tombé à l'eau et Laurent a perdu ses billes…

Une villa qui fait tache

Laurent de Belgique voulait une résidence secondaire. Il l'a dénichée à Panarea, île au large de la Sicile où, chaque été, défile le gotha mondial. "Nous sommes allés voir sa villa, relate Frédéric Deborsu. Elle offre une splendide vue sur le Stromboli. Mais elle est dans un état catastrophique, au détriment de l'environnement local, alors que le prince voulait en faire un modèle de rénovation écologique… Laurent dit qu'il n'a pas les moyens de la restaurer. Ceci dit, même en la laissant pourrir, il pourrait faire une belle plus-value. Il l'a achetée à un prix abordable (environ 1 million €) et comme on ne peut plus construire sur cette île fort prisée, il pourrait la revendre à un tarif colossal (on parle de 2 millions €)." Ça ne fait pas très propre…

Un code personnel de la route

Laurent ne serait pas Laurent sans son amour du volant. Il est persuadé d'être un pilote hors pair et au-dessus des lois. Et comme il est régulièrement en retard, il roule vite. Très vite. Deborsu: "Un ancien collaborateur de l'IRGT nous a dit avoir eu plusieurs fois la peur de sa vie. Sur autoroute, le prince n'hésite pas à dépasser les autres voitures par la bande des pneus crevés et à enfoncer l'accélérateur. Un jour, il a été flashé à 170 km/h, avec de fausses plaques. En outre, notre témoin nous a révélé une affaire secrète: le prince aurait harponné une religieuse qui circulait à pied. Fort embêté, il lui aurait rendu visite à l'hôpital…" Le prince a toujours son permis – même si la justice jure ne plus le protéger – et considère que sur la route, le danger vient des autres. Oui, le prince est décidément culotté.

Questions à la une Mercredi 30 La Une 20h20

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