Les démons de Damon (écoute intégrale du nouveau Damon Albarn)

Pile Wonder avec Blur, geek virtuel avec Gorillaz, Damon Albarn se la joue introspectif sur un premier disque solo qui chamboule l'alphabet de la pop. Brillant.

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 Damon Albarn aura donc attendu l'âge de 46 ans pour publier un album sous son nom. Loin d'une figure imposée ou d'un caprice égocentrique entre deux autres projets, ce premier disque solo est à la fois une plongée mélancolique dans son enfance et une réflexion sur la place de l'homme dans le monde d'aujourd'hui. Albarn oublie l'insouciance britpop qui prévalait encore sur la tournée des retrouvailles de Blur en 2013 et le hip-hop version 3D de Gorillaz pour une pop bordée de spleen. Autant prévenir, "Everyday Robots" met quasiment les guitares électriques en chômage technique et est dominé par le piano, des instruments acoustiques et des petits bruitages discrets qu'on a plus l'habitude d'entendre sur la bande-son des productions de la BBC.

En guise de commentaire promotionnel à "Everyday Robots", Albarn clame qu'il est parfaitement heureux mais qu'il a aussi traversé sa "crise" de la quarantaine qui est peut-être "déjà celle la cinquantaine". Dans ces douze nouvelles chansons, il s'interroge sur la déferlante multimédia qui aliène les relations humaines (Everdy Day Robots, Lonely Press Play, Photographs (You Are Taking Now)), repart à vélo dans un quartier boisé d'East London où il a grandi (sur Hollow Ponds) et rappelle aussi la futilité complexe des relations amoureuses (Hostiles, You And Me). Il garde aussi une âme de gamin gavroche dans un corps d'adulte. Le très exotique Mr. Tembo conte ainsi l'histoire d'un bébé éléphant et c'est tellement beau qu'on se contentera de n'y voir que du premier degré. Quand au géant évoqué dans The Selfish Giant, il s'agit d'un sous-marin nucléaire.

 

Différent de tout ce qu'il a proposé auparavant, "Everyday  Robots"  est une nouvelle réussite à mettre à l'actif de ce génie touche-à-tout. Peu d'artistes sont encore capables de susciter l'étonnement avec un nouvel album comme le fait Damon Albarn. Ce disque est tout sauf ce qu'on attendait ou espérait de lui. Déroutant, anachronique, peu disert sur le "making of", un regard tourné en arrière mais toujours guidé par sa curiosité défricheuse, Albarn prend aussi un malin plaisir à nous emmener sur des fausses pistes (l'hypothétique nouvel album studio de Blur) et enrober ses productions d'une grande part de mystère. C'est pour ces raisons et pour son alchimie pop inédite qu'il reste essentiel. A écouter en priorité: Hostiles,The Selfish Giant,Heavy Seas Of Love sur lequel chante Brian Eno, Hollow Ponds et Mr. Tembo.

Luc Lorfèvre

> DAMON ALBARN, Everyday Robots, Warner.

Le 3/7 à Rock Werchter, complet.

 

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