Les bonnes raisons d’aller à Esperanzah!

Le festival des musiques du monde souffle ses dix bougies. Rendez-vous du 5 au 7 août à Floreffe pour un anniversaire qui s'annonce plus que joyeux.

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Notre invité: Jean-Yves Laffineur, fondateur, directeur et programmateur du festival Esperanzah! Économiste de formation, idéaliste incorrigible.

Dix ans déjà qu'Esperanzah! s'est installé dans l'agenda des festivals – et dix ans aussi que Moustique le soutient – sans jamais renier ses différences. Sur le joli site de l'abbaye de Floreffe, pas de place pour les sponsors envahissants, la course à la tête d'affiche ou le gâchis environnemental. On y vient plutôt pour faire la fête et écouter des artistes venus des quatre coins du monde, dans un contexte de tolérance et d'engagement citoyen. Jean-Yves Laffineur, directeur du festival, nous explique tout ça.

Pour son affiche

L'intitulé "festival des musiques du monde" n'est plus présent sur l'affiche. Mais Esperanzah! ne change pas son fusil d'épaule pour autant. Pas de grand-messe rock ou électro ici, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'ambiance. Bomba Estéreo, Shaka Ponk, Chinese Man ou encore Sharon Jones devraient valoir leur lot de sauts en l'air ou de déhanchements chaloupés. Et les jardins de l'abbaye font figure de lieu idéal pour profiter pleinement du folk d'Asa ou du reggae de Professor et Tiken Jah Fakoly. Sans oublier les précieuses découvertes que l'on rapporte chaque année. "Ma plus grande fierté est d'avoir programmé des artistes que maintenant tout le monde s'arrache comme Hindi Zahra, Groundation, Babylon Circus ou Balkan Beat Box", sourit Jean-Yves Laffineur.

Pour s'engager

"Nous avons une charte de valeurs et on essaie d'être le plus possible en cohérence avec celle-ci. Les festivaliers disent aimer l'ambiance de tolérance, d'ouverture, de fraternité qui règne sur le site. Je pense que cela a été notre principal apport." Cette année, le fil rouge des activités et animations proposées par les associations est l'engagement citoyen. "Mais nous ne voulons pas non plus harceler les gens", complète le directeur. Ne craignez donc pas de vous faire accoster par des pétitionnaires tous les dix mètres: vous pouvez aussi choisir de ne venir que pour la musique. Mais ce serait dommage. "Nous continuons à croire que tu ne peux pas traverser Esperanzah! sans au moins être touché par une chose. C'est notre leitmotiv."

Pour faire la fête

Heureusement, être conscientisé n'empêche pas de s'amuser. Événement familial par excellence – des animations sont prévues pour les enfants et un espace Poz Bébé accueille les tout-petits et leurs parents -, Esperanzah! n'en reste pas moins un rendez-vous de fêtards. "Cela fait évidemment partie du festival pourvu que l'esprit reste positif. Les services de secours nous disent toujours que, pour eux, Esperanzah!, c'est de tout repos. Nous avons juste dû établir des règles plus strictes au camping pour protéger les festivaliers de quelques perturbateurs qui venaient de l'extérieur. C'est notre seul problème. Sinon, nos festivaliers sont franchement très cool."

Pour vivre un festival autrement

Mais que cela fait du bien de circuler dans un festival sans être assailli d'hôtesses sponsorisées qui vous proposent 1.001 gadgets ou de ne pas se demander si le stand de tel sponsor arrêtera sa grosse sono lorsque commencera le concert. Autre dépaysement: le site du festival reste propre et il ne faut jamais chercher une poubelle. Autant de détails qui font d'Esperanzah! un festival à part. "Quand tu franchis les portes de l'abbaye, que ce soit comme artiste, artisan ou festivalier, tu sens que tu entres dans un univers spécifique et que tu ne peux pas y faire n'importe quoi. C'est pourquoi les artistes donnent souvent des concerts très particuliers ici: ils y mettent vraiment leur cœur." Et souvent, gardent un attachement spécifique avec cette organisation qui respecte vraiment ses festivaliers et ses invités musicaux.

Pour son magnifique site

Faire l'aller-retour entre les deux scènes principales était devenu une routine annuelle. Cette année, si la scène Côté Jardin ne bouge pas, tout le reste, par contre, déménage: "Des travaux au clocher de l'église abbatiale nous faisaient perdre une partie du site. Donc on s'est dit: réinventons tout le bazar. On avait deux problèmes principaux. Un, la scène Côté Cour, où les gens étaient trop compressés. On l'a désormais installée dans un espace magnifique avec une capacité de 8.000 personnes à la place de 5.000. Et deux, à la demande des festivaliers, on a rapproché le Village des Enfants de la scène Côté Jardin. On a repensé le site pour que les gens se sentent mieux".

Pour assurer une 11e édition

En août 2002, le premier festival Esperanzah! s'est terminé sur un constat de faillite. Pourtant, dès l'année suivante, les initiateurs remettaient cela: "Pour la première édition, on avait fait preuve de beaucoup de naïveté. En 2003, on a refait un budget avec des pros et on a terminé avec un boni de 2.000 €. Depuis, on croit souvent que c'est une affaire qui tourne et que le pognon rentre, mais ce n'est pas vrai, cela fait deux années de suite qu'on est en déficit". La vie d'un événement comme Esperanzah! reste donc suspendue à un ou deux fils, guère plus. Et comme 82 % des recettes proviennent des festivaliers eux-mêmes (entrées + bars)…

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