Les aventuriers du fantasme

Sex toy, fétichisme, sadomasochisme, échangisme... Leurs adeptes sont des gens comme tout le monde.

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Des fantasmes sexuels, vous êtes plus de 94 % à en avoir, selon notre grande enquête sur Internet (tous les résultats dans le Moustique du 23/2). Ce sont pour la plupart des pratiques assez courantes, qu’on s’imagine faire avec son partenaire, en toute « légitimité ». Parfois, l’imaginaire s’emballe et le fantasme se corse.

Au point, dans certains cas, de sembler inavouable ou irréalisable. Les sexologues s’accordent pour dire que parler de ses fantasmes et/ou les mettre en pratique n’est pas toujours une bonne idée. Ils servent à pimenter notre vie sexuelle et les réaliser reviendrait à les user. Pourtant, certains sautent le pas. Un numéro de Questions à la une leur est consacré, mercredi prochain. L’occasion pour nous de rencontrer quelques-uns de ces aventuriers du fantasme.

 Dans la Galerie du centre, à Bruxelles, entre une vitrine de peignoirs en Thermolactyl et un petit cinéma branché, s’ouvre la porte de la Boutique Minuit. La patronne, Catherine Rézette, une blonde joviale qui tutoie d’emblée, à la bruxelloise, tient ce magasin fétichiste depuis trente ans. « Les clients ne me racontent pas ce qu’ils font. Mais quand un homme repart avec des bottes à talons taille 46, je sais que ce n’est pas pour sa femme », sourit-elle.

Sa clientèle? Des hommes et des femmes, de tous âges, plutôt élégants. « Des gens bien, des épicuriens, pas vulgaires », insiste-t-elle. Et aisés. « Le client type vient deux fois par an et débourse 100 à 150 €. » Les femmes achètent plus souvent des vêtements, pour faire plaisir. Les hommes préfèrent les accessoires. Pour l’instant, c’est le Wicked Wand qui fait un tabac. Un grand vibromasseur à tête ronde. Sur l’étiquette: « 75 €, super-puissant, à brancher sur secteur ».

Satisfait ou échangé

 Une dame chic achète trois pièces pour 240 €. Son mari les a commandées par téléphone. « S’il n’aime pas, on vous les change », assure la patronne. La cliente chuchote: « Si mon mari demande si vous avez des talons aiguilles rouges taille 42, vous n’en avez plus, d’accord? » « Mais on en a! », répond fièrement Catherine Rézette. « Oui, mais il voudrait que je les mette pour aller travailler et je n’ai pas trop envie, alors… » « Je vois », sourit la propriétaire.On ne peut s’empêcher de se demander si ce fantasme, emballé dans du papier de soie rose, n’est pas surtout celui de son mari…

 « La plupart des femmes n’ont pas autant de fantasmes qu’elles le prétendent, assure Catherine Rézette. Ou pas ceux qu’elles prétendent avoir. Une fois qu’un « gros poisson » les a épousées, fini de jouer! Il y a plus de femmes calculatrices et intéressées que de femmes qui ont des fantasmes. » Et les hommes? « Ils veulent se glisser dans la peau d’une femme ». Environ un tiers de ses clients aiment se travestir et seraient nombreux à rêver que leur partenaire utilise un « gode ceinture ».

 Un homme avec une bonne tête de bon-papa a repéré des menottes à longue chaîne en vitrine. La patronne l’emmène à l’étage. Là-haut, on trouve aussi des faux seins, un godemiché à s’accrocher sur le front, un « plug » anal équipé d’une « queue de cheval » en crin… Tout cela est bien présenté, dans un cadre propre et abondamment éclairé. Dans un coin, on trouve des fouets d’Indiana Jones, mais aussi un « bondage starter kit » pour les « attacheurs » débutants. Deux étudiantes observent les chaussures à talons: « Ça doit faire trop mal aux pieds! » Juste à côté – l’ont-elles vu? – un godemiché à deux extrémités tout droit sorti de l’enfer: 71 cm de long et 5,7 cm de diamètre!

 « J’ai une vision sur plusieurs générations », dit la patronne, au comptoir. Elle a l’impression qu' »ils » commencent plus jeunes qu’avant. Catherine Rézette est également convaincue que le fétichisme est héréditaire. « Grâce aux cartes de fi

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