Les Ardentes 2014: Notre Top 10 final

Le festival Les Ardentes s'est terminé hier soir, l'occasion pour nous de dresser notre bilan complet de cette neuvième édition. Stromae a bien sûr raflé nos suffrages, mais il y a eu aussi beaucoup d'autres belles surprises...

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#1 Stromae

 
Une semaine après Rock Werchter et quatre jours avant son triomphe  annoncé aux Francofolies de Spa,  Paul Van Haver a sorti le tout grand jeu dans un Parc Astrid entièrement acquis à sa cause. Et si la setlist était pratiquement la même qu'à Werchter, le concert aux Ardentes a gagné une demi-heure de plus pour passer à une heure et demi, ce qui a permis à notre génie en herbe d'étaler sa science de la vanne et sa profonde Belgitude, ici pour défendre nos spécialités culinaires (Moules Frites, loin d'être sa meilleure chanson), là pour mettre en exergue la ferveur – il est vrai incomparable- du public liégeois.
 
 
 
 
Parfumée de beats électro eighties, mais aussi d'accents cap-verdiens (Avé Césaria) ou de sonorités funky, sa prestation reste un régal pour adeptes de la bonne humeur.  A moins d'être dénué de toute sensibilité, on se prend une grosse claque quand un chœur collectif et intergénérationnel de 20.000 personnes l'accompagne sur Alors on danse. On reste scotché devant ses mimiques et sa poésie conscientisée sur Tous les mêmes, chanson qui s'imposera plus vite qu'on ne le pense  comme un hymne à la tolérance. Sur Ta Fête,  qui lui sert toujours d'ouverture et l'impeccable Papaoutai servi aux deux tiers de la messe,  on ne voit pas un seul spectateur rester immobile.  Formidable, tu l'as dit. Mais aussi fort touchant et bluffant d'intelligence comme le rappellent la chorégraphie et le jeu de lumière macabre (une affreuse bestiole qui referme ses pattes sur les musiciens et la scène) sur Quand c'est?,  chanson évoquant cette sale merde de cancer.
 
 
 
 
On a dit et répété qu'il y avait du Brel, du Magritte et du Petit Reporter geek du XXIè siècle chez Stromae. C'est vrai.  Mais il possède aussi le sens du show millimétré et top fun des stars blacks américaines, cette conception affinée de l'humour triste façon Buster Keaton  et cette incroyable capacité -qu'on ne retrouve que chez les tous grands comme Mick Jagger ou Springsteen- à aller chercher le dernier spectateur du dernier rang et le convaincre  qu'il s'adresse personnellement à lui.  Pour avoir été présent aux neuf éditions des Ardentes, on peut vous affirmer que Stromae a donné ce samedi le concert le plus marquant de toute l'histoire du festival liégeois. Chapeau (melon) bas Monsieur Paul Van Haver.
 

 

 

 

#2 Timber Timbre

 
Projet passionnant né au fin fond des forêts canadiennes, Timber Timbre doit tout – ou presque – à l’âme torturée et à la voix sensuelle de son leader Taylor Kirk. Grand chauve en culotte blanche, le chanteur utilise sa guitare pour dompter l’électricité et sa langue pour communiquer avec les anges. Avec son timbre de crooner et ses trémolos lunaires, Taylor se révèle en digne héritier écorché de Roy Orbison. Véritablement habité par ses chansons, l’artiste s’attarde longuement sur les meilleurs moments de son troisième et dernier essai ("Hot Dreams") avant d’étaler toute sa classe sur les sommets de ses deux premiers albums ("Timber Timbre" et "Creep On Creepin’On").  Tendu, électrique, son concert délivre des échardes rock’n’roll aux charmes sombres. Au bout de l’effort, il n’y a que frissons et sensations fortes. Un des meilleurs moments du festival.
 
 
 

#3 Son Lux

 
Compositeur classique et producteur de beats électroniques pour la scène hip-hop, l’Américain Ryan Lott a débarqué à Liège avec son groupe Son Lux. Programmé à l’heure de l’apéro, le mec a fixé rendez-vous au public des Ardentes sous l’Aquarium. En apnée entre pop orchestrale et électronique pluridimensionnelle, les chansons du trio s’appuient sur une guitare électrique, un clavier, une batterie métronomique et quelques beats distillés avec une précision chirurgicale. L’approche est minimale. Mais cela n’empêche pas Son Lux de nous faire un maximum d’effets. Élégants, super raffinés, les morceaux s’enroulent autour de la voix déroutante de Ryan Lott, chanteur à lunettes et grand gourou dandy de la pop moderne. Sur scène, le groupe s’affaire essentiellement autour des chansons de son dernier album ("Lanterns"). Les titres Alternate World, Easy et Lost It To Trying déboulent ainsi sur la pointe des pieds et enjambent une certaine conception de la perfection. Splendide.
 
 
 
 

#4 Coely

 
La jeune rappeuse d'origine congolaise basée à Anvers a une nouvelle fois étalé tout son talent.  Sans encore le moindre album à son actif (il devrait sortir début 2015),  Coely fait l'unanimité à chacune de ses prestations, qu'elle se produise en première partie de Kendrick Lamar à l'A.B. ou en lever de rideau d'un festival, comme c'était le cas ce vendredi en Outremeuse. Intense, varié, toujours accessible et à forte valeur ajoutée, son concert  se nourrit d'un savant dosage. C'est que sous son élégant chapeau Vans, la jeune femme varie les plaisirs, passant d'un chanson a cappella à une joute freestyle avec son MC,  d'un track soutenu par un beat old-school à un refrain aux forts accents Lauryn Hill.  Avec pour armes de séduction massive un sourire qui lui sert de respiration, un flow limpide, des  positive vibrations  dans les refrains fédérateurs et une décontraction naturelle  quand il s'agit de communiquer avec son public, Coely a amplement mérité l'ovation du public lors de sa sortie de scène. Nous l'avons déjà écrit, mais on le répète. Cette fille va devenir énorme. 
 
 
 
 

#5 Method Man & Redman

 
Programmés sur la scène principale du festival, les deux ténors du rap East Coast affichent de beaux restes et quelques bonnes vieilles recettes. En version old school et super rodée, la performance de Method Man & Redman a fait l’unanimité. Un scratcheur et un DJ dans le dos, les deux lascars arrivent à l’heure sur les planches et balancent directement du gros son. Les mecs sont clairement venus à Liège pour tout retourner. Ici, pas question de secouer les serviettes en braillant "yo-yo-yo" pendant trois quarts d’heure. Pied au plancher mais un peu nuls en géographie ("Yo Belgium, Germany, What’s Up?") ",  les New-Yorkais déballent du tube (Y.O.U., Da Rockwilder), débouchent la bouteille de champ’ et organisent une petite sauterie aux Ardentes. Le duo invite le public à aboyer comme un chien made in USA (genre "Hou-Hou-Hou") ou à répéter "Wu-Tang. Wu-Tang. Wu-Tang" jusqu'à l’extinction de voix. À chaque fois, l’expérience parle et la magie opère. 
 

©Tom Stessens

 
 
 

#6 Shaka Ponk

 
La tête d'affiche incontestable de la première journée du festival n'a pas déçu. On aime ou on n'aime pas leur musique, mais en live, Shaka Ponk impressionne toujours. Un visuel fort où la mascotte Goz croise des monstres virtuels et des créatures cosmiques, des musiciens qui se donnent à fond,  la féline Samaha toujours juste dans son chant et Frah qui ne cesse d'haranguer la foule pour lui transmettre toute l'énergie positive du groupe… Pas de doute, avec son mélange de glam, de ska, de funk et d'électro (encore mise plus en avant sur leur nouvel album "The White Pixel Ape"), Shaka Ponk est un peu La Mano Negra de la génération geek.  On connaît plus d'un artiste "alternatif" qui aurait jetté l'éponge après une heure de concert quand les cieux ont craché des pluies torrentielles sur le parc Astrid. Mais Shaka Ponk est allé jusqu'au bout de la nuit, jusqu'au bout de sa folie pour remercier les derniers irréductibles qui restaient devant la scène sur un site fouetté par les précipitations et balayé de coups de tonnerre.  Respect total.
 

©Marc Sterkendries

 
 
 

#7 Mobb Deep

 
Un concert de Mobb Deep, c'est tout ce qu'on aime dans le hip-hop.  Un rythme enivrant pendant toute la prestation, deux flows qui claquent comme des Uzi, un DJ qui sort de son Mac des sonorités lugubres et des beats oppressants… Les vétérans Havoc et Prodigy revisitent bien sûr à plusieurs reprises leur classique "The Infamous" (leur deuxième album paru en 1995) dans des joutes verbales particulièrement intensives. A coups de name-droppings et de noms de quartiers, ils  renouent avec leur passé dans les zones  mal famées de Queensbridge et ponctuent chaque morceau d'une rafale de mitraillette.  Imparable.
 
 
 
 

#8 MLCD et Mélanie de Biaso ex-aequo

 
Oui, nous sommes persuadés que le succès de Stromae profite à tous les artistes belges. La preuve avec MLCD et Mélanie de Biaso qui ont joué dans des salles (respectivement la HF6 et l'Aquarium) pleines. Garnies de fans, bien sûr, mais aussi des curieux qui  n'espéraient sans doute pas succomber à de tels charmes mélodiques avant le show de leur héros national. A Liège, MLCD est dans son jardin mais ne se laisse pas impressionner. Croisé avant le concert,  Michael "Redboy" Larivière, chanteur du groupe, nous rappelle que MLCD a beaucoup travaillé le live pour cette tournée estivale qui passe aussi par les Francos. Et leur abnégation paye. Un gros son,  des écrans verticaux diffusant juste ce qu'il faut de plans séquences crépusculaires pour nous faire rêver, et une musique tour à tour épique, aérienne, enivrante et profondément mélancolique  qui est délivrée par des musiciens en pleine confiance. Magnifique.
 
 
 
 
Quant à Mélanie de Biasio, on se dit que cette belle jeune femme passe décidément par les expériences live les plus extrêmes et s'en sort toujours en suscitant l'admiration. Voici une semaine, à Werchter, elle jouait avec son groupe dans une tente pleine à craquer… de supporters belges qui attendaient le match Belgique-Argentine.  Plutôt que de chahuter, le public l'avait ovationnée. Aux Ardentes,  c'est dans un Aquarium submergé d'un brouhaha insupportable qu'elle a posé sa voix soul, ses rythmiques jazz lancinantes, ses notes bleues et ses zestes plus enlevés de trip-hop pour convaincre ceux qui le voulaient bien.  Mais son calme et sa volupté ont eu raison de l'indiscipline. Les yeux à demi clos, enfermée dans sa petite bulle crépusculaire, ses mains dessinant des nuages imaginaires, Mélanie met tout son talent et son charme mystérieux pour imposer un univers  auquel nous sommes rarement confrontés dans un festival pop/rock. Et si elle peut paraître exigeante de prime abord, sa prestation possède surtout des vertus thérapeutiques.
 
 
 
 

#10 Placebo

Après vingt ans de carrière et sept albums,  la cote de popularité de Placebo en Belgique reste au sommet.  Dans la foulée de "Loud Like Love", dernier disque nappé d'une profonde mélancolie romantique, le groupe anglais a rempli le Sportpaleis d'Anvers, séduit plusieurs dizaines de milliers de personnes sur la grande scène de Werchter voici une semaine et a fait encore le plein aux Ardentes. L'énergie et l'intensité sont là,  on a attrape souvent de grands frissons (Too Many Friends, Song To Say Goodbye, The Bitter End), enfin le mur de son  et celui formé par les écrans sont impressionnants.  Mais il y a aussi des signes qui ne trompent pas.  Les musiciens ne sourient pas, ne communiquent jamais entre eux et changent de guitare ou de basse entre les morceaux comme l'ouvrier enfile son "bleu" de travail avant d'aller faire ses huit heures.  Et si ça reste toujours émouvant de voir les fans  s'abandonner  dans leurs refrains glam-pop, on regrette amèrement l'époque où Brian Molko et Stefan Olsdal se lâchaient un peu plus.
 
 
 
 
 

On a aimé

+ L'accueil. Des agents de sécurité aux bénévoles en passant par toute l'équipe des organisateurs, la politesse, le sourire et les bonnes vibes sont la règle générale qui ne compte aucune exception. 
+ L'héroïsme de Shaka Ponk et de ses fans qui ont bravé le déluge et les coups de tonnerre pour aller jusqu'au bout de la nuit.
+ Le chœur géant de 20.000 voix sur Alors on danse.
+ L'effet Stromae qui a permis à des artistes comme MLCD, The Feather ou Mélanie de Biasio de toucher un nouveau public.
+ L'Aquarium, troisième scène du festival où on a vu nager des artistes plus intimistes.
+ Les rappeurs Method Man et Redman qui on presque commencé leur concert à l'heure.
+ Des têtes d'affiche fédératrices comme Shaka Ponk, Placebo, Stromae et Massive Attack qui installent définitivement les Ardentes dans la cour des grands.
+ Une dimension "humaine" qui est toujours privilégiée par les organisateurs.
 
 
 

On a moins aimé

– La route des Saveurs qui offre moins de saveur et surtout moins de diversité que dans le passé.
– Le brouhaha intempestif pendant les concerts au HF6.
– Le son, trop souvent pourri, au HF6.
Giorgio Moroder dont le dj set est une grosse arnaque.
– Des "hits makers" comme Naughty Boy qui n'offrent qu'un karaoké sur scène et repartent avec l'oseille.
 
 
 

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