Les archives de la RTBF, c’est top

La Sonuma est la gardienne de tout le patrimoine audiovisuel de la RTBF. Depuis cinq ans, la société se défonce pour sauver ce trésor d'archives. Le rentabiliser et en faire profiter le public.

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Ça nous est arrivé à tous. On zappe mollement et tout à coup, on tombe en arrêt devant des images d’un autre temps télévisuel. Souvent en noir et blanc. Souvent sur La Trois. Et on est magnétisé! Par Alain Delon ou Michel Constantin se livrant à Sélim Sasson.

Par Paul-Henri Spaak, contant en détail son vécu de la capitulation de la Belgique en 1940 comme ministre des Affaires étrangères. Par un ancien numéro de 9 millions 9… Les archives, c’est magique, captivant. Mais tellement fragile! La RTBF en sait quelque chose.

La chaîne publique a longtemps négligé la mine d’or sur laquelle elle était assise. Un patrimoine qui nécessite des soins particuliers. De Chansons à la carte, émission culte lancée le 15 octobre 1972 par André Torrent où des Abba, Claude François et autres stars sont venus pousser la chansonnette, n’ont survécu que quelques numéros. Pourquoi? La plupart des précieuses cassettes d’époque ont été réutilisées pour d’autres enregistrements! D’autres pans entiers des archives ont, eux, pourri au fond des caves de l’institution.

Les aventuriers des archives perdues

Là où l’Institut national de l’audiovisuel (INA), en France, endosse ce rôle depuis 1974, la Belgique a été plus lente à la détente pour numériser, étiqueter et renseigner correctement ses contenus remontant jusqu’aux années trente.

Heureusement, depuis 2007, la Sonuma est entrée en piste. La Région wallonne accepta d’investir 20 millions d’euros dans le projet Sonuma. Les archives de la RTBF furent évaluées à 16 millions d’euros avant d’y être transférées.

La Communauté française allongea les 4 millions restants. La société pouvait enfin se lancer dans une opération titanesque de sauvetage et de numérisation de toutes les archives radio et télé de la RTBF. Et elle fut rapidement suivie d’effet. Avec des rescapés de prestige: une interview radio des Beatles oubliée dans une boîte non étiquetée par-ci. Un document exceptionnel sur l’arrivée de Mohammed Ali à Bruxelles par-là. Un extrait du sublime Bar de l’estacade de Stéphane Dupont ou un épisode de 9.000.000, mythique magazine démarré dans les années 60. Tout est consultable sur le site de la Sonuma.

S’il ne devait choisir qu’un extrait parmi les 70.000 heures de contenu audio et vidéo déjà numérisées par la Sonuma, Eric Loze, son responsable éditorial, opterait pour le journal parlé de Théo Fleischman à la Libération. "Il était la voix de la Radio Nationale Belge à Londres, durant la guerre. Le jour de la Libération, Fleischman, sorte de garant de la neutralité, du journalisme strict, a laissé pour une fois exploser sa joie, son euphorie." Aujourd’hui, la Sonuma permet d’ailleurs d’écouter le premier journal parlé, concocté par le même Fleischman en 1926 dans un style concis et direct.

"Les traces de notre histoire contemporaine se trouvent néanmoins plus à la télévision et à la radio qu’ailleurs. De plus en plus, les milieux universitaires les considèrent comme des sources fiables. Sans oublier que la conservation des productions va nous permettre de comprendre l’évolution des métiers médiatiques", explique Jean-Louis Rollé, administrateur délégué de la Sonuma, qui place deux enregistrements d’avant-guerre de Cocteau et Breton au sommet de son palmarès des joyaux retrouvés.

Sauvées des eaux

Dans un premier temps, la Sonuma a dû rassembler et identifier les contenus de la RTBF. Un casse-tête au vu de leur dispersion et des multiples systèmes de classification préexistant de façon anarchique, assure Eric Loze. "Certaines bandes traînaient déjà dans l’eau à Charleroi, d’autres avaient été emmenées par des journalistes qui désiraient garantir eux-mêmes la survie de leur travail." Mais quelques bonnes nouvelles surviennent. Une cinquantaine de génériques, généralement enregistrés à part des émissions, sont dénichés. Plus de 120.000 pages de communiqués de presse sont aussi collectées et numérisées grâce à un logiciel de reconnaissance des caractères. Elles vont pouvoir enrichir les descriptifs accolés aux archives.

"Pour consulter les contenus numérisés, un logiciel de gestion a été acheté et adapté à nos besoins. La RTBF pourra s’en servir grâce à une interface, ce qui va grandement faciliter leurs propres recherches d’images, détaille Jean-Louis Rollé. Mais attention, ce n’est pas parce que nous numérisons que toutes nos archives sont utilisables. Le grand chantier à venir, c’est la construction des métadonnées qui permettront d’identifier les images et les sons. Nous avons démarré il y a deux ans, mais la tâche reste colossale."

Deux autres défis d’envergure attendent encore la Sonuma, basée à Liège: la numérisation des bobines 16 mm (plus de 21.000 boîtes à trier!) et l’établissement de conventions avec les détenteurs des droits d’auteur. En effet, la Sonuma s’occupe désormais aussi de vendre des archives pour des professionnels de l’audiovisuel. Elle n’a cependant pas encore étendu sa vente au grand public. "Si vous avez un sujet où on voit un Magritte, il faut négocier avec les ayants droit de la famille. Idem pour Brel ou les créateurs de l’Atomium",explique Eric Loze. Car pour la Sonuma, pas question de céder des archives gratuitement, en dehors de la vision en streaming sur leur site web: la conservation a un coût et le droit d’auteur doit être respecté, jugent-ils. En 2012, le chiffre d’affaires de la gardienne des archives avoisinera les 500.000 euros.

Mais que se passera-t-il une fois la masse ertébéenne définitivement encodée? Loze et Rollé insistent: "On ne veut pas être un beau coffre-fort dans lequel personne ne rentre. On va travailler pour que le grand public, via notre site, s’approprie ces contenus et les fasse vivre. Nous allons également tenter d’intensifier les ventes, dont 80 % sont effectuées par la France". Surtout, la Sonuma pense déjà aux étagères des télévisions locales, voire, pourquoi pas, à celles des personnes privées en quête d’un back-up de dernière minute. Car archiver et protéger la mémoire audiovisuelle collective est vraiment l’affaire de tous.

 

SAMEDI 27 LA TROIS DE 21H10 A 6H00: LA NUIT DES ARCHIVES

Archives disponibles sur www.sonuma.be

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