Les affranchies

Hymne au girl power black, Bande de filles pose un regard mélancolique sur les filles de banlieue.

1207833

Ces filles-là, elles sont terribles. Présenté dans l’euphorie cannoise en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, le troisième film de Céline Sciamma a fait l’effet d’une bombe. Vingt ans après La haine de Mathieu Kassovitz, les filles de banlieue ont enfin droit à leur film-manifeste. Même si la réalisatrice avoue avoir "plus pensé à Jane Austen qu’à Kassovitz pour écrire le film". Portrait de jeune fille qui se conjugue au pluriel et au singulier, l’intrigue suit le parcours initiatique de Marieme, gracieuse adolescente de seize ans (la révélation Karidja Touré) qui s’intègre à une bande de meufs pour fuir l’impasse scolaire et la violence du grand frère. Pour elles, Marieme devient Vic et découvre avec ivresse une liberté illusoire faite de petite délinquance et d’amitié féminine fusionnelle.

Après avoir questionné l’identité sexuelle des ados et des préados (avecNaissance des pieuvres et Tomboy), Céline Sciamma pose un regard inédit sur les filles blacks de banlieue, écartelées entre la morale des grands frères, l’horizon bouché et l’envie de briller. Lointaines cousines des filles de Tout ce qui brille (avec Leïla Bekhti et Géraldine Nakache), cette Bande de filles alterne les passages en force et les scènes plus vulnérables. Indéniablement, Céline Sciamma trouve son style dans les scènes de groupe qui dégagent une énergie électrique doublée d’une photo parfaite, à la fois froide et glamour. Climax du film, on pense à l’inoubliable scène de danse sur Diamonds de Rihanna – la star du R&B a accepté que son tube soit utilisé après visionnage de la fameuse séquence. En regard, l’évolution solitaire du personnage de Marieme, entre violence et frustrations, est peut-être moins puissante, mais Céline Sciamma continue d’apporter une vraie réflexion sur la question du genre (pour survivre dans un monde d’hommes, Marieme s’habille "en bonhomme" et joue de sa féminité). On salue donc très haut cette Bande de filles, parce qu’à partir d’aujourd’hui, le cinéma ne pourra plus compter sans elles. – J.G.

> BANDE DE FILLES, réalisé par Céline Sciamma. Avec Karidja Touré, Assa Sylla, Idrissa Diabaté – 112’.

Sur le même sujet
Plus d'actualité