Les adieux à la reine

On a beau lui avoir coupé la tête à la Révolution française, Marie-Antoinette reste la reine la plus populaire du grand écran. De Paris à Hollywood, le destin brisé de la petite archiduchesse d'Autriche devenue reine de France n'a cessé de fasciner les cinéastes.

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En 2006, le film de Sofia Coppola propulsait définitivement la femme de Louis XVI au rang de superstar et d'icône glamour, remettant les macarons et les perruques poudrées au goût du jour. Benoît Jacquot poursuit ici cette fascination pour Marie-Antoinette (magnifique Diane Kruger) à travers la passion secrète d'une jeune lectrice (Léa Seydoux) pour la reine au moment de la prise de la Bastille.

Adapté d'un roman subtil de Chantal Thomas (prix Fémina 2002), le film raconte le vacillement d'une femme et d'un monde et rencontre aussi les fantasmes d'un réalisateur fasciné par l'Ancien Régime (on lui doit un très beau Sade sur le divin marquis) et par les multiples facettes de l'identité féminine.

Tourné en huis clos au château de Versailles, le film met en lumière la vie de cour qui se délite avec l'écho grondant de la Révolution, tout en augmentant la ferveur de la jeune lectrice pour sa souveraine. Jacquot livre un portrait inédit du "Versailles d'en bas", découvrant un monde de laquais et de dames d'atours en pleine débandade, auquel il manque pourtant une certaine empathie. Il excelle surtout à montrer l'isolement d'une reine qui s'enfonce dans la rupture avec son peuple, tout en continuant à fasciner.

Victime de pamphlets, délaissée par ses favorites (Virginie Ledoyen très bien en Mme de Polignac), celle qu'on appelle déjà "l'Autrichienne" malgré sa loyauté envers Louis XVI (inattendu Xavier Beauvois) obsède sa lectrice comme le spectateur. Le film se regarde alors comme un jeu de miroirs éclatés qui composent la vie brisée d'une reine à la fois frivole et tragique.

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Les adieux à la reine
Réalisé par Benoît Jacquot (2012). Avec Diane Kruger, Léa Seydoux, Virginie Ledoyen, Noémie Lvovsky, Xavier Beauvois – 100'.

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