Leonardo DiCaprio: Le magnifique

On a rencontré l'acteur le plus influent de sa génération. Seize ans après Romeo + Juliet qui l'a révélé, DiCaprio enfile pour Baz Luhrmann le costume de Gatsby le Magnifique, en avant-première à Cannes ce mercredi. Un rôle totalement sur mesure...

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Quelle a été votre réaction initiale lorsque Baz Luhrmann  vous a parlé de Gatsby le Magnifique?
Leonardo DiCaprio – Je lui ai dit qu’il était sacrément gonflé de s’attaquer à un projet aussi ambitieux qu’une nouvelle adaptation de l’un des monuments de la littérature américaine! Mais j’étais tenté. Car Baz est quelqu’un qui aime réinventer la roue avec chaque film! Je me souviens des tests préliminaires de Romeo + Juliette en 1995 en Australie et d’avoir été a priori décontenancé par son approche radicalement différente. Ça me semblait bizarre et saugrenu de m’exprimer dans la langue de Shakespeare tout en évoluant au sein d’un univers alternatif et musical aussi débridé.  Et pourtant, au final, cet amalgame fonctionnait très bien.

Le cocktail est-il similaire avec son Gatsby?
Baz connaît le livre de Fitzgerald par cœur et peut vous en réciter des passages entiers de mémoire. Il a tenu à respecter fanatiquement le roman tout en trouvant un équilibre pour injecter sa vision très personnelle et décalée. Gatsby évolue dans une Amérique à un virage historique, en plein boom économique, dans la frénésie des années folles et du jazz. Avant que le krach de 1929 et la Grande Dépression ne viennent tout décimer. Autant d’éléments dont Baz se joue comme des références miroirs, pour les mettre en parallèle avec les turbulences de notre époque. Et je trouve ça fascinant.

Comment décririez-vous Jay Gatsby?
C’est quelqu’un d’obsessionnel, un homme mystérieux, finalement. Au grand vide intérieur, habité d’un désir d’absolu jamais satisfait et qui tente désespérément de combler ce vide. Qui aspire à renouer avec son passé avec l’espoir de reconquérir l’amour de sa vie.

Mais c’est aussi un personnage très secret…
Oui. Ancien fils de fermier pauvre, il a renié ses origines et s’est dissocié de sa famille pour se réinventer. Il a fait fortune au prix d’activités louches pour se transformer en cette figure mythique qui paraît mener une existence de rêve. Mais c’est un être tragique et poignant, incroyablement seul, au fond. Isolé parmi les splendeurs de son train de vie et des soirées extravagantes qu’il donne. Par bien des aspects, il reste une énigme, difficile à cerner…

Par où avez-vous commencé pour devenir Gatsby?
À la source, d’abord, en relisant le livre, ce que je n’avais pas fait depuis le lycée. Et puis, en revoyant les trois précédentes adaptations cinématographiques: la version muette tournée en 1926. Celle de 1949, essentiellement axée sur le passé de gangster de Gatsby et très influencée par l’esthétique de L’Ennemi public et Scarface. Et celle avec Redford, tournée en 1974…

Le roman se termine par un paragraphe aux lignes célèbres: "Gatsby croyait en la lumière verte, en cet avenir orgastique qui chaque année recule devant nous… Pour le moment, il nous échappe… Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans cesse vers le passé…" Qu’est-ce que cela vous évoque?
Ah, la lumière verte… Pour moi, elle représente quelque chose d’inatteignable et de mélancolique. On peut bien sûr l’interpréter de manières très diverses. C’est là toute la magie de Fitzgerald. S’agit-il de Daisy? Du symbole de son obsession pour elle? Du rêve qui ne se réalisera jamais? Et cette question taraudante que je continue de me poser: s’il n’était pas mort, Gatsby aurait-il fini par être un jour comblé?

Le film fait l’ouverture du 66e Festival de Cannes et marquera votre quatrième visite sur la Croisette. Quels souvenirs en gardez-vous?
La toute première fois, je n’avais encore jamais rien vu de pareil. Je croyais revivre une scène de la Dolce Vita! C’était de la folie pure et formidable à la fois! J’adore y aller. Bien sûr, il y a des obligations professionnelles et beaucoup de travail et de rendez-vous. Vous n’avez pas une minute à vous. Les rues sont bondées. C’est très intense, mais vous êtes emporté par ce tourbillon d’enthousiasme tous azimuts pour le cinéma. Evidemment, si je voulais être tranquille, j’irais m’échapper quelques heures à Eze (petite commune près de Nice), loin des foules…

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Votre responsabilité d’acteur aujourd’hui, c’est quoi?
C’est une question qu’on me pose souvent et j’ai toujours la même réponse: à savoir que rien n’a changé depuis mes débuts, quand j’avais quinze ans et que j’ai commencé mon éduction cinématographique en voyant des grands films. Mon but était de parvenir un jour à sinon égaler du moins essayer d’atteindre le niveau et la qualité des magnifiques acteurs que je découvrais… De Niro et bien d’autres. C’est pareil aujourd’hui. C’est un privilège de pouvoir faire ce métier. C’est comme avoir gagné au Lotto. Alors, ma seule responsabilité est encore de faire de mon mieux, de donner le meilleur de moi-même à l’écran.

Interview et dossier complet dans le Moustique du 15 mai.

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