Leonard Cohen – Au cœur du problème

Pour ses 80 ans, l'élégant papy baryton se fait le poète de la condition humaine sur neuf "petites" chansons populaires. Sans surprise mais apaisant.

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L'album est très court, neuf chansons pour trente-cinq minutes. Hormis l'ovni Nevermind, il n'offre pas la moindre surprise. Mais, pourtant, "Popular Problems" est un disque qui fait du bien. Beaucoup de bien. Chez Leonard Cohen, il ne faut jamais chercher très loin le but de la mission. En 1967, alors que toute l'Amérique était en plein trip électrique et psychédélique, il sortait son premier 33 tours sobrement intitulé "Songs" qui abritait effectivement des petites "chansons" de trois minutes au lyrisme éclairé et aux arrangements dépouillés. Et c'est justement grâce à leur simplicité que ces ritournelles en question (Suzanne, Sisters Of Mercy, So Long Marianne) sont devenues les compagnes universelles de plusieurs générations.

Ce 19 septembre, soit deux jours avant de fêter son 80e anniversaire, le poète crooner canadien évoque avec le même dépouillement neuf "Problèmes populaires". Il fait l'éloge de la lenteur (Slow), parle de chagrin du cœur, des non-dits qui nous pourrissent la vie, de la crise de la foi mais aussi de la guerre dans des termes sans équivoque ("viols", "enfants disparus", "villages brûlés", tous utilisés dans la chanson Almost Like The Blues). Mais il ne nous plombe jamais le moral, pas plus qu'il nous triture le cerveau avec des solutions de café de commerce. Non. Serein, zen mais toujours bien attentif au monde, Leonard Cohen pointe le doigt, ouvre la voix et trouve à chaque fois la formule poétique pour séduire.

 

Dans The Darkness, qui figurait sur "Old Ideas" en 2012, Leonard Cohen chantait: "Je n'ai plus de futur, je sais qu'il me reste peu de jours." Il vit donc au présent et, même lorsqu'il regarde en arrière, il oublie le torrent de larmes et les coulées de regrets. "Est-ce que je t'ai aimée un jour? Est-ce qu'il m'est arrivé de me battre avec toi. Tu n'as pas besoin de réponse", dit-il ainsi dans Did I Ever Love You. Et le message est le même sur la ballade You got me singing qui referme tout en légèreté le disque. "Même si le monde fout le camp, tu me verras continuer à chanter."

Voilà pour le cœur du problème. Mais chez cet artiste-là, on peut aussi se contenter de la surface. Un disque de Cohen est aussi un divertissement, un moment d'apaisement dans une journée overbookée et une séance de relaxation accessible et bienfaitrice pour toutes les âmes. Et même si la voix se fait parfois fragile (sur Samson In New Orleans, notamment) et qu'il a tort de s'appuyer sur des chœurs féminins à chaque refrain, ce n'est que pur bonheur d'entendre ce timbre unique flirter avec un orgue d'église, une guitare sèche ou quelques cuivres discrets. On parlait d'ovni, sachez qu'il atterrit en plein milieu du disque avec Nevermind. Un beat disco, des vocalises arabisantes sur le refrain et un flow pas loin du hip-hop. Excusez du peu. Oui, à 80 balais, Monsieur Cohen sait encore s'amuser et nous toucher. – Luc Lorfèvre

Sony Music.

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