Lenny Kravitz: « Je me souviens très bien de ma première venue à Bruxelles »

Rock star confirmée, spécialiste du son vintage et designer qui monte, il publie un nouvel album avant le lancement d'une tournée. Conversation exclusive à New York.

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En vingt-deux ans de carrière, Lenny Kravitz a su charmer et agacer. Musicien de génie, poseur, rock star, séducteur compulsif, touche-à-tout surdoué, il déconcerte par son discours simpliste où paix, amour, plaisir et Dieu sont des valeurs cardinales. Il épate aussi par la facilité déconcertante avec laquelle il aligne les poncifs et – surtout – les rend irrésistibles. Père heureux de l’actrice et chanteuse Zoé Kravitz (bientôt 23 ans), l’homme partage sa vie de star entre ses maisons des Bahamas, du Brésil, de Miami, de New York, de La Nouvelle-Orléans et de Paris où il vit la majeure partie du temps. Des endroits qu’il a lui-même décorés et qui ont fait de lui un designer en vue soutenu par Philippe Starck en personne.

Avant de repartir en tournée cet automne, Lenny Kravitz sort "Black & White America", neuvième album plein de soul, de synthés et de bons sentiments. Un disque décomplexé et un assez bon cru pour un musicien au sommet de son art, visiblement heureux, sûr de sa bonne étoile et de sa bonne fortune. "Je pense que c’était l’album le plus agréable à enregistrer de ma carrière, dit-il. Je suis heureux d’être là où j’en suis dans ma vie. Tout est parfait."

Le titre de votre album, "Black & White America", sonne comme la chronique des années Obama…
Lenny Kravitz – L’idée n’est pas vraiment d’évoquer l’Amérique d’Obama. Plutôt ma propre expérience, qui a en commun avec celle d’Obama le fait que nous venions "des deux côtés" de l’Amérique. J’ai démarré cet album en réponse à un documentaire que j’ai vu sur un groupe de racistes qui disaient ne plus aimer l’Amérique parce qu’elle avait élu un président afro-américain. Ils disaient vouloir revenir à l’Amérique d’avant. Et cette chanson est ma réponse à ce que j’ai vu et qui m’avait atterré.

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Vous avez bossé avec Mick Jagger, Prince, Madonna, Robert Plant, Michael Jackson, Jay-Z… Avez-vous encore des rêves musicaux à réaliser?
Il y a encore tant de choses à faire! J’ai l’impression d’être seulement au début de ma carrière. J’ai l’impression que les vingt prochaines années seront plus créatives encore que les vingt qui viennent de s’écouler. J’ai envie d’emmener ça plus loin. Mais mon rêve serait de bosser avec Bob Dylan. On en a parlé, lui et moi. C’est un être humain vraiment magnifique, on est devenus assez proches. Je vais souvent le voir en concert, il vient chez moi de temps en temps… C’est quelqu’un de merveilleux. Et ce qui me bluffe, c’est que la musique qu’il fait aujourd’hui est toujours incroyable, pleine de vie. C’est un combattant. Il part en tournée et donne des concerts comme au premier jour. Il n’en a rien à foutre de ce que les gens pensent, il joue les chansons qu’il a envie de jouer et tant pis si ça déstabilise son public. J’espère vraiment le décider à venir passer six mois aux Bahamas pour enregistrer. J’aimerais produire son album. Je le ferais pour lui, pas pour l’argent, pas pour le business. Il le sortira s’il le souhaite, je m’en fiche, mais j’adorerais ça, vivre cette expérience-là.

Jay-Z fait à nouveau une apparition sur votre album. C’est presque un habitué…
On vient du même coin de Brooklyn, on a du respect l’un pour l’autre, on est dans le circuit depuis longtemps. Il est aussi très proche de ma fille. Et puis, c’est un mec super…

A propos de votre fille Zoé, qui est actrice et chanteuse, j’imagine que vous êtes un papa très fier. Etait-ce une évidence pour vous qu’elle devienne une artiste?
Oui. Pas parce que je le voulais mais parce qu’elle s’y destinait. Je ne l’ai poussée à rien, je me suis écarté au maximum de ses ambitions. Je ne me rends pas sur ses tournages, je ne me pointe pas dans le studio où elle enregistre, je reste à distance.

Vous aviez 24 ans lorsque vous avez sorti votre premier album. Préférez-vous votre vie à 46 ans?
Oui, sans le moindre doute. J’ai appris beaucoup, j’ai appris à me calmer, j’ai appris à ne pas gaspiller de l’énergie dans des choses inutiles… J’ai appris à dire non. Et ça, ça n’a pas été facile. Et puis, j’apprécie simplement ma vie, ce que j’ai à faire, ce que je possède. Et je suis enthousiaste à l’idée de créer, tout simplement. Et de rendre les choses douces. Je me sens plus créatif et plus détendu que jamais.

Vous souvenez-vous de votre première venue en Belgique?
Je me souviens très bien de ma première venue à Bruxelles. J’avais fait une après-midi d’interviews pour mon premier album et je me baladais dans la ville, je mangeais des gaufres, c’était cool. Et puis, on m’a proposé de faire au pied levé la première partie de Joe Strummer. Ce n’était pas du tout prévu, je n’avais pas de groupe avec moi, juste ma guitare, et j’ai fait cinq ou six chansons devant un public qui n’avait aucune idée de qui j’étais. Mais ils étaient très sympas avec moi.

Vous avez enregistré une chanson avec Michael Jackson peu de temps avant sa mort. C’est de loin la meilleure chose que l’on trouve sur son album posthume. Comment avez-vous vécu cette expérience?
On s’est avant tout beaucoup amusés. Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est que cet homme, qui enregistrait depuis plus de 40 ans et qui avait réalisé plus de choses dans sa carrière que quiconque, avait à nouveau douze ans quand on le mettait dans un studio. Il s’amusait comme un fou, il adorait chaque instant, il arrivait à l’heure et bossait comme un dingue, il voulait faire plaisir et se faire plaisir mais aussi satisfaire son producteur qui, pour le coup, se trouvait être moi. Il riait beaucoup, on s’est amusés, on a raconté des blagues, on a mangé, bossé, joué avec ses gosses… Zoé nous a rejoints et c’était une expérience stupéfiante. Quand j’écoute cette chanson dans mon studio, j’enfonce le bouton "solo" et j’écoute sa piste de voix isolée. Quelle émotion! Il est unique.

31/10 Sportpaleis, 1/11 Rockhal, Luxembourg

Retrouvez l'interview de Lenny Kravitz du 22 au 26 août sur Classic 21

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