L’ennui au boulot, nouvelle maladie

Ne dites plus burn-out mais bore-out. Un mal qui toucherait au moins un travailleur sur quatre.

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L'ennui au travail, un sentiment un peu honteux, difficile à s'avouer. D'après certaines études, 28 % des travailleurs occidentaux seraient, comme on dit, "activement désengagés". Un état qui peut, comme le burn-out, confiner à la dépression. Coach en développement professionnel, Annelies Quaegebeur explique son fonctionnement.

Mal connu, le bore-out semble assez répandu… Il peut toucher quel type d’employés en particulier?

Annelies Quaegebeur. – Il n’y a pas de professions en particulier. Le bore-out, donc l’épuisement professionnel par l’ennui, peut toucher des gens qui ont trop de travail mais qui n’ont plus de challenge. Ils n’apprennent plus rien parce que les tâches qu'ils effectuent sont tout le temps les mêmes. Ils évoluent dans une zone de confort permanente où le potentiel est sous-utilisé.

Il reste malgré tout un sujet tabou…

A.Q. – Ça peut en effet sembler bizarre d'avouer que l’on s’ennuie. Ça laisse sous-entendre que l’on n’a pas assez de boulot. Mais c'est aussi parfois parce qu’il n’y en a tout simplement pas. Ou alors qu'on a trop de boulot mais qu'on en a marre.

Comment prend-on conscience de son bore-out? Car s’ennuyer au travail, ça peut arriver à tout le monde à un moment ou l’autre.

A.Q. – Bien sûr, mais il y a une différence entre s’ennuyer une fois et s’ennuyer chaque jour. En plus, les symptômes d’un bore-out sont les mêmes que ceux d’un burn-out: après un certain temps, les personnes atteintes de bore-out n’ont plus envie de voir leurs amis, n’ont plus d’énergie pour quoi que ce soit, souffrent de maux de tête ou de troubles du sommeil. Pour les uns, s'en rendre compte prend des mois, mais pour d’autres, il faut parfois des années.

Les gens ne parviennent pas à mettre des mots sur ce qui leur arrive?

A.Q. – Non, car ils ne se rendent pas compte que ne pas avoir de challenge au travail peut coûter de l’énergie. Et ils ne changeront rien à leur situation. Pourtant, il s’agit bien d’un cas de bore-out. Et c’est là que ça devient dangereux. On ne voit pas arriver l’ennui.

Quelles sont les solutions qui existent pour contrer ce phénomène?

A.Q. – La première étape, c'est de s'en rendre compte. Ensuite, il faut en parler à son patron ou à son responsable des ressources humaines. Si on ne le fait pas, rien ne changera. Mais on peut aussi tenter de trouver ses propres challenges en se disant que cette phase d’ennui finira par passer.

Changer d’emploi n’est pas une solution?

A.Q. – Non, pas nécessairement.

Le burn-out est reconnu officiellement comme maladie professionnelle depuis le 1er septembre 2014, ce n’est pas encore le cas pour le bore-out. Mais qu’est-ce que cela change qu'une maladie soit officiellement reconnue?

A.Q. – Ça enlève le tabou qu’il y a autour! Ça autorise les gens à en parler et oser dire qu’ils sont malades. Et Heureusement. Si on doit désormais travailler jusqu’à 67 ans et qu’on n’a plus d’énergie à 30 ou 40 ans, dans quel état va-t-on arriver à l’âge de la pension?

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