L’empire Jean Van Hamme

Le scénariste aux 40 millions de BD s'est assuré un (Largo) win for life avec sa constellation de héros populaires.

19935

Sa recette

Des genres très balisés. Largo Winch est un polar high-tech, XIII, un thriller et Thorgal, un astucieux mélange d’heroic fantasy et de romantisme. Les albums suivent tellement à la lettre la trame de leurs genres respectifs qu’ils en deviennent souvent prévisibles (voir Mer Noire, le dernier Largo en date, avec toujours le même cocktail savamment dosé d’aventures, de chantage, de meurtre et de filles canon). Résultat: le lecteur évolue en terrain connu, rassurant même. Et c’est voulu! Un peu comme dans un film américain où l’on devine dès le début qui est le mauvais tant il a une tête de mauvais. Jean Van Hamme ne s’en cache pas: « Il ne faut pas chercher à être original à tout prix. Lorsqu’un cliché est nécessaire pour faire avancer la narration, il vaut mieux s’en servir plutôt qu’imaginer un long détour plus original, mais pendant lequel l’action piétinerait ».

La force de l‘habitude. Les albums de Thorgal ou de Largo Winch sont généralement publiés avec une régularité de métronome, à raison d’un livre par an. De façon à ne jamais se faire oublier ni abuser de la patience des fans. Ce qui risquerait de les pousser vers la concurrence.

Flatter l’ego de ses dessinateurs pour en tirer le meilleur. Van Hamme possède le vrai sens du jeu en équipe, et écrit ses histoires sur mesure, pour s’immiscer parfaitement dans les univers favoris de ses dessinateurs. Une habitude prise dès son premier fait avec Epoxy, conte érotique riche en femmes dénudées, confié à Paul Cuvelier, vrai ténor du nu féminin à l’époque. « Il s’arrange toujours pour introduire dans ses scénarios tout ce que j’aime dessiner, tout ce qui flatte mon romantisme slave », confirme Grzegorz Rosinski avec qui il a signé les grandes heures de Thorgal.

Le mythe des élus. Largo Winch a inventé le bling-bling avant l’âge. Puisqu’il est le riche héritier de l’empire industriel légué par son père adoptif. Tout ça afin de faire rêver le public à ce mythe de la réussite. Effet pervers: des héros aussi caricaturaux et superficiels ne possèdent généralement pas de profondeur. Le scénariste fait d’ailleurs amende honorable quand il évoque « son » Thorgal. Qui, lui aussi mais dans un autre genre, manque de fond: « C’est un type carré, simple, sans humour, qui ne demande qu’à rester près de sa petite femme chérie et qu’on vient toujours emmerder ».

Ses chiffres

10 %. Van Hamme est souvent surnommé Monsieur 10 % car dans les bilans annuels de ventes de bandes dessinées, il signe régulièrement 10 % des albums écoulés.
360.000 Thorgal sont vendus chaque année (200.000 exemplaires de la nouveauté et 160.000 anciens titres).
400.000 exemplaires du dernier Largo Winch en date (Mer Noire) ont été écoulés dont 50.000 en Belgique.
1.655.000. C’est le nombre de livres scénarisés par lui en personne, ou tirés de son univers (comme le tome 32 de Thorgal, La bataille d’Asgard), vendus en langue française en 2010.
9 millions d’albums de Largo Winch et 10 de Thorgal vendus en langue française.
40 millions. C’est le total des albums scénarisés par Jean Van Hamme et vendus depuis le début de sa carrière (1968).

Ses spin-offs

Van Hamme multiplie les séries dérivées, comme XIII Mystery (trois sont déjà sortis et trois autres sont annoncés) ou Les mondes de Thorgal (avec des personnages de l‘univers de Thorgal). Cette technique est utilisée depuis longtemps par les éditeurs de comics aux Etats-Unis et de mangas au Japon, de même que par l’industrie du cinéma (les X-Men, par exemple), et qui semble avoir été (enfin) adoptée par leurs collègues européens. Con

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