L’échappée de Mountain Bike et le nouveau roi de la jungle Mac De Marco

La soirée de dimanche a rappelé le rôle de défricheur de talents des Nuits.

1105282

Dimanche soir, 19h30. Le soleil tape encore. Mais les Nuits Bota n’attendent pas. À l’heure de l’apéro, Mountain Bike prend possession du Chapiteau. Le groupe bruxellois vient de signer un premier album de rock garage bourré de mélodies foutraques et de chansons à siffler par-dessus le guidon. Debout sur les pédales de distorsion, les garçons entament les hostilités à fond les ballons. Certains de leurs morceaux rappellent l’énergie des Black Lips ou de Ty Segall, d’autres entortillent des refrains bricolés-mains sur un tapis de cordes électriques. Dans ces moments-là, les chansons de Mountain Bike rappellent l’ingéniosité de Beck et le romantisme déglingué des Libertines. Emmaillotés aux couleurs des équipes phares de la NBA (Boston Celtics, Charlotte Hornets, New York Knicks et Chicago Bulls), les quatre mecs assurent un show sportif et bien suant dans une ambiance bon enfant. Malgré un niveau sonore souvent très proche du niveau de la mer du nord à marrée basse, Mountain Bike a frappé les mémoires et confirmé les attentes : c’est une des révélations belges de l’année.

 

Après ce démarrage sur les chapeaux de roue, on atterrit dans la Rotonde le temps d’une rencontre du troisième type. Ou plutôt une rencontre avec quatre types revêtus comme des voyageurs intergalactiques en plein trip féérique. Combinaisons pailletées, dégaines d’astronaute discoïdes, Le Colisée – un groupe bruxellois, encore – accroche tous les regards présents ici ce soir. On ne sait pas sur quelle planète vit le chanteur David Nzeyimana mais ça à l’air chouette. Entre harmonies vocales catapultées sous les étoiles et mélodies spatiales pour fans de Beach Boys rétro-futuristes, les chansons emballées par Le Colisée se roucoulent en français, en anglais ou en espagnol. Parfois en martien. Peu importe la langue utilisée, le spectacle nous emmène ailleurs, dans une autre galaxie. Mission accomplie.

 

Retour sur Terre et petit détour dans le Grand Salon où Jawhar et ses musiciens assurent un concert sans fausse note. Récent lauréat de l’Octave du "meilleur album World de l’année"avec "Qibla Wa Qobla", l’artiste envisage la possibilité d’un autre monde : un univers poétique et lumineux situé entre les souvenirs du folk gracieux de Nick Drake et un chant de liberté venu du monde arabe. Superbe.

 

Dans un Chapiteau surchauffé et surpeuplé, Mac DeMarco joue la tête d’affiche, s’imposant sans forcer comme l’homme de la soirée. Grande révélation de l’année, le hipster canadien triomphe sur les terres de la pop. Cool et détendu, l’amuseur public est dans tous les bons coups, même les plus fumeux. Des Beatles à Jonathan Richman, de Ween à Pavement, sans oublier Blur, Mac DeMarco fait les quatre cent coups sur la ligne du temps du rock indépendant. Grattée avec nonchalance, sa guitare électrique esquisse des mélodies rêveuses et de jolies chansons paresseuses. Malgré quelques problèmes de son, les morceaux de son nouvel album ("Salad Days") passent comme des lettres à la poste. En fin de parcours, le garçon flirte avec le kitsch sur les synthés magnifiques de Chamber of Reflection. Dans la foulée, il déclare sa passion à Neil young via une reprise en freestyle du fameux Unknown Legend où il invite la foule à s’agenouiller dans un grand délire collectif qui culmine avec Still Together, sorte de doo-wop électrique qui, sans se prendre la tête, ravive un dérivé du célèbre refrain de Pow woW : le lion est mort ce soir ? Pas grave, Mac DeMarco s’affirme en véritable bête de scène. C’est le nouveau roi de la jungle.

Sur le même sujet
Plus d'actualité