Léa Seydoux, la belle personne

A presque 30 ans, elle continue d’envoûter le cinéma. Avant de la découvrir en James Bond girl, on l’a rencontrée pour le Journal d’une femme de Chambre.

1326401

Un pendentif en forme de cœur scintille sur son pull blanc. Le teint nacré, les yeux surlignés d’un léger trait d’eyeliner, les cheveux lissés dans un carré blond, Léa Seydoux vous reçoit avec une douceur d’ange dans un hôtel bruxellois. Léa Seydoux porte en elle une énigme, un mystère qui fait d’elle une grande actrice moderne. Bien sûr, il y a le scandale de la sortie du film La vie d’Adèle d’Abdellatif Kéchiche, les mots durs échangés par voie de presse interposée entre Léa et la réalisateur, accusé d’être « manipulateur ». Bien sûr, Léa Seydoux est en apparence cette jeune femme gâtée du cinéma français, rejetonne de la puissante famille Seydoux (ses grand-père et grand-oncle dirigent Pathé et Gaumont). En apparence. Car le patronyme n’a pas été un passe-droit et la route ne fut pas toute tracée pour Léa. Entre une enfance bringuebalée et une adolescence chaotique, Léa la sauvageonne a dû trouver sa place.

Trois ans après Les Adieux à la reine, elle retrouve le réalisateur Benoît Jacquot qui nous a confié le bien qu’il pensait d’elle : « Léa est tout à la fois. Radieuse, hostile à elle-même, ambiguë. Quand on la croit maussade elle est en fait incroyablement heureuse, c’est un plaisir de travailler avec elle».  Et si Léa Seydoux était l’essence même de l’actrice, un être en perpétuelle recherche?

Vous reprenez le rôle de Jeanne Moreau, qui était magnifique dans Le journal d’une femme de chambre de Luis Bunuel, d’après l’œuvre de Mirbeau. Vous sentiez-vous une filiation avec elle?

L.S – Je précise que n’ai pas vu le film avec Jeanne Moreau, ni celui avec Paulette Godard car je voulais que le personnage de Célestine, que j’interprète, soit ma propre création. J’ai lu le livre de Mirbeau mais je me suis plus basée sur le scénario de Benoît Jacquot et je l’ai interprété selon ses éléments. Certains acteurs lisent tout pour interpréter un rôle, je ne fais pas ça, je ne me surinforme pas. J’aime bien rester vierge autour d’un film. Ne pas savoir m’intéresse car c’est un métier de recherche.

Pourquoi acceptez-vous un rôle au départ?

L.S – Le point de départ, ce sont mes sentiments. Par exemple j’ai tenté de faire de Célestine une femme dans la survie qui est un sentiment que je partage. Ça paraît simple mais jouer est un métier difficile, c’est très complexe de faire du cinéma. Ça demande d’être le plus subtil possible. Je m’engage totalement pour un film. Chaque personnage est donc une facette de moi.

Le cinéma vous aide-t-il à mieux vous connaître?

L.S – Peut-être, mais ça n’est pas la raison pour laquelle je fais des films. J’essayer de toucher du doigt quelque chose d’intangible. Un peu comme un peintre sauf que la peinture c’est un autre support. J’essaye d’approcher une forme de vérité car il n’y a que la vérité qui nous émeuve, il n’ y a que la vérité qui soit vraie, qui nous fasse vraiment rire ou pleurer. La réalité, c’est encore autre chose, c’est plus abstrait.

 

Par le trou de la serrure

A la fin du 19ème siècle, Célestine (superbe Léa Seydoux), jolie parisienne de trente ans, trouve une place de femme de chambre « dans un trou de province ». L’endroit manque de chic mais Célestine va rapidement tomber sous le charme torve de Joseph (Lindon, taiseux et bourru), le jardinier de la propriété. Tout en subissant les vexations de ses grotesques patrons, la jeune femme parvient à tirer son épingle du jeu. Et le récit à tiroirs de son histoire devient une critique toujours très actuelle de la bourgeoisie et de l’enfer social, saisis de l’intérieur.

Après Jean Renoir (1946) et Luis Bunuel (1964), Benoît Jacquot s’empare du roman d’Octave Mirbeau, paru en 1900. Anarchiste libertaire, Mirbeau mettait en avant une figure de soubrette à la fois libre et soumise à un système d’exploitation domestique impitoyable. Moins génial et moins fétichiste que Bunuel, Jacquot nous embarque dans une saisissante érotisation du personnage féminin dont la sensualité très directe irradie le film. Tout en respectant admirablement la langue littéraire et crue de Mirbeau et les codes esthétiques du film en costume. En contrepoint de la violence sociale que l’œuvre dénonce avec une ironie mordante, la très solaire lumière du film distille un poison qui n’en paraît que plus violent. Les résonnances avec la société actuelle (l’antisémitisme de Joseph, la condition des femmes, la lutte des classes) n’en sont que plus fortes. Du beau travail.

Réalisé par Benoît Jacquot. Avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Vincent Lacoste – 95’

Sur le même sujet
Plus d'actualité