Léa Salamé, la nouvelle arme de Ruquier

La journaliste d'origine libanaise nous régale de sa pugnacité et de son charme dans On n'est pas couché sur France 2. Mais qui est-elle?

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S'agissant de Léa Salamé, on ne parlera pas de biographie mais de karma. Elle-même évoque un alignement favorable des planètes pour expliquer sa rentrée spectaculaire. Depuis le samedi 30 août, elle s'est lovée dans le fauteuil très convoité de Natacha Polony à On n'est pas couché. Depuis le 25 août, elle assure aussi l'interview punchy de 7h50, pic d'audience de la matinale de France Inter. Chroniqueuse polémiste le samedi soir, journaliste pur jus la semaine, ça lui va. Elle n'aurait pas sacrifié la seconde à la première.

Revenons aux planètes: "Il y a quelques mois, j'étais au fin fond des Pouilles avec mon amoureux quand j'ai reçu ce texto: "Bonjour, je suis Laurent Ruquier, j'aimerais vous rencontrer." Là, j'ai su que c'était pour ma pomme. Je suis mystique, je fonctionne à l'instinct. J'ai su.» Jusque-là, à 34 ans, Léa Salamé était jusqu'en juillet la journaliste en vue d'i>Télé, du lundi au jeudi, pour trois heures de direct se terminant par l'émission On ne va pas se mentir. Elle y menait les débats de politique et de société avec la poigne d'un vieux briscard. C'est là que Laurent Ruquier et Catherine Barma l'ont repérée. Sa botte secrète: ce cocktail de tempérament et d'autorité sous une enveloppe glamour. Car Léa Salamé, c'est aussi une forme de charme oriental qui n'a pas peur de ses attributs, célèbre depuis sa prestation involontaire un jour d'août 2013 où, attendant qu'on lui donne l'antenne lors d'un grand rendez-vous d'information, elle a cru les micros coupés et lancé à l'équipe technique: "J'ai fait péter le décolleté." L'épisode a fait le bonheur du Web. Elle s'empourpre encore rien que d'y penser.

Maintenant, elle va monter de catégorie sur le ring médiatique. Bientôt, on la reconnaîtra partout. Et ça l'effraie un peu. "Les grands soirs sur i>Télé, j'avais 200.000 spectateurs." Chez Ruquier, deux millions de paires d'yeux sont braquées sur elle. Et chaque matin sur France Inter, 1,8 million d'auditeurs l'écoutent, la jugent.

"Je suis une malade d'info, du 24h/24, j'ai les dix doigts dans la prise, j'aime, je vibre, je monte sur les polémiques, je redescends…» Une pause. "Vous savez, le 20 heures ne m'a jamais fait rêver. Jamais. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est l'interview», assure la Libanaise naturalisée Française en 1988.

Dix années séparent la jeune stagiaire de 25 ans, effarée de se retrouver à l'antenne de Public Sénat en 2004, de la vedette d'i>Télé qui animait et maîtrisait Ça se dispute, pugilat hebdomadaire entre Nicolas Domenach et Eric Zemmour. Dix ans de carrière déjà, dont quatre à présenter les news internationales sur France 24. "Dix ans à travailler ma position, mes sourires, mes gestes…", dit-elle.

Voilà pour l'apparence. Pour le fond, rien ne vaut ses trente-quatre ans au sein d'une famille de l'élite intellectuelle libanaise et qui a le débat dans le sang, dans une maison remplie de livres et d'amis appartenant, eux, à "l'intelligentsia globalisée". Où les mezze du samedi, avec leur cortège de petits plats, sont l'occasion de débattre des problèmes du monde. Pour le fond encore, aucune école supérieure ne remplace un père extrêmement exigeant, Ghassan Salamé, grand intellectuel, actuellement directeur d'études à Sciences Po Paris, qui fut ministre de la Culture du Liban de 2000 à 2003 dans le gouvernement de Rafiq Hariri. Il répète à ses filles (Léa a une soeur cadette, Louma, chargée de communication pour le Louvre d'Abou Dhabi): 1/ Qu'il faut être fière d'être femme. 2/ Qu'il faut rester fidèle à ses idées plus encore qu'aux hommes et aux femmes. 3/ Que la prestation finale, à une tribune ou sur le papier, n'a que l'apparence de la spontanéité, qu'elle ne repose pas sur le Saint-Esprit mais sur une énorme préparation. Ghassan Salamé regarde peu la télévision. En père intello, il imaginait Léa journaliste de presse écrite, il l'aurait voulue traitant des grandes questions internationales, mais il s'incline devant ses choix, certain qu'un jour elle écrira des choses profondes. Il se rappelle la petite fille qui prenait un plaisir fou à lire les Epîtres. Léa Salamé mystique? "Croyante, mais pas pratiquante", dit-elle en souriant. Et très superstitieuse. Avec des grigris dans les poches.

La superstition va de soi quand on l'a souvent échappée belle. Léa Salamé naît à Beyrouth, la ville scindée en deux, le 27 octobre 1979, par une nuit de bombardements qui comptent parmi les plus violents d'une guerre civile qui sera son seul horizon pendant cinq ans. "Mon père est chrétien. Par conviction politique, il avait choisi de vivre dans le quartier musulman. Toute mon enfance, j'ai entendu les bombes siffler, je dormais dans la baignoire parce que la salle de bains sans fenêtre semblait l'abri le plus sûr."

Les Salamé fuient les combats en 1984 et s'installent dans le 16e arrondissement de Paris. Léa a 5 ans, le goût de miel de la culture libanaise ne la quittera pas. La violence ne cessera de la talonner sous le masque de déflagrations à résonance internationale. En 2001, elle s'apprête à boucler ses études de sciences politiques par une année à la New York University. Elle s'installe à Manhattan le 25 août, à trois blocs du World Trade Center.

Le matin du 11 septembre, descendue acheter un pain aux raisins, elle se trouve prise dans l'onde de choc et le tsunami de poussière qui suit l'effondrement de la première tour. Alors, elle se met à courir dans la marée humaine, petite jupe et tongs aux pieds. Certains s'enfuient vers les Twin Towers et resteront pris au piège. D'instinct, elle court vers le nord, sans comprendre, sans paniquer. Projetée à terre, elle se relève, blessée au bras, reprend sa course, passe Chinatown, remonte jusqu'à l'université de Washington Square, loin de la poussière blanche.

Léa Salamé a sauvé sa peau. Depuis, la jeune femme n'a plus peur de grand-chose. Aussi, quand ses copains journalistes la préviennent: "Chez Ruquier, tu vas te brûler", ça la convainc d'y aller. Que risque-t-elle? La grosse tête. "La notoriété est un pain dangereux", remarque Xavier Couture, ex-PDG du directoire de Canal +, "mais je sais qu'elle a fait ce choix avec énormément de soin et de lucidité".

Pour le moment, la préoccupation de la challengeuse d'Aymeric Caron, chroniqueur gauche bobo, c'est de ne pas s'inventer un personnage. "J'ai dit à Catherine Barma et Laurent Ruquier: "Je vous préviens, je ne jouerai pas la personne de droite. Je ne suis pas de gauche non plus. Et j'espère que vous ne saurez jamais pour qui je vote. Ça ne vous regarde pas." Elle assure seulement ne pas être sur la ligne Caron et détester le "penser bien, c'est penser sain". Papa Ghassan Salamé assure: "Personne ne réussira à mettre Léa dans une case."

Et depuis la rentrée, elle prépare méticuleusement tous ses On n'est pas couché. Elle note sur un petit calepin des idées qui lui viennent en sortant de la douche. Les remarques que lui inspire tel ou tel invité bientôt en plateau, des questions à tel poids lourd de l'édition ou de la littérature… Les dîners qu'elle organise lui servent-ils de répétition? Comme son père, la journaliste aime provoquer des rencontres autour d'un plat de pâtes. Des mezze pour trentenaires où elle mêle amis et personnalités. Son amie Alexandra décrète: "Léa, c'est la mère maquerelle des idées, elle adore croiser les gens, provoquer des rencontres improbables.» Le principe de base d’On n'est pas couché. La promue de Ruquier admet un petit vertige face au défi. Sans éviter d'envisager l'échec: "Si dans six mois je suis virée, c'est que ce n'était pas mon karma."

Publié dans M le magazine du Monde le 30/08/2014

ON N'EST PAS COUCHE

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