Le vrai bilan de la crise

La Grande Récession dure depuis bientôt 5 ans. En Belgique, elle a frappé plus durement qu'on ne le dit. Mais moins largement qu'on ne le pense.

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Depuis le début de la crise, chaque année, au mois de juin, la question se posait. Les Belges vont-ils sacrifier leur budget vacances? Et chaque année, la réponse fusait. Jamais de la vie! En Belgique, les vacances, c'est sacré. Nous étions même les Européens qui y consacraient le plus gros budget. Jusqu'à aujourd'hui, si on en croit le dernier Baromètre Ipsos/Europ Assistance. Pour la première fois depuis cinq ans, indique ce sondage de saison, nous dépenserons moins durant nos congés. C'est surtout côté francophone que l'on se serre le paréo: 2.199 € en moyenne par famille. C'est 198 €, soit 17 %, de moins que l'année précédente.

La crise a donc fini par s'inviter dans nos valises. Et c'est peut-être un signe. Dans les livres d'histoire, on parlera de la Grande Récession pour évoquer les années de marasme que nous venons de traverser. Une référence évidente à la Grande Dépression de 1929. Cette crise, qu'on soit riche ou pauvre, il n'était pas possible de l'ignorer. A travers ses multiples avatars – bancaires, puis financiers, puis économiques, puis monétaires -, elle ne quitte plus les gros titres depuis 2007. C'était l'année où nous apprenions ce qu'étaient les subprimes. Et tandis qu'autour de nous les gouvernements européens tombaient et que les déficits plongeaient, d'autres mots sont ensuite venus enrichir notre vocabulaire: agences de notation, dettes souveraines, rigueur…

Cependant, jusqu'à aujourd'hui, il s'agissait plus d'une angoisse latente que d'une réalité pour beaucoup d'entre nous. Ici aussi, l'emploi a été frappé. Plus durement que ne l'avouent les statistiques officielles, comme vous le lirez dans les pages suivantes. Mais moins qu'ailleurs. Ceux qui ont eu la chance de conserver leur emploi ont même vu leurs salaires indexés par notre généreux système d'index automatique, unique au monde. Nos indicateurs économiques restent globalement meilleurs que ceux de beaucoup de nos voisins. L'épargne des Belges, malgré les déconvenues boursières, n'a jamais été aussi fournie. Quant aux mesures d'austérité auxquelles aucun pays européen ne semble pouvoir échapper, elles ont été retardées à la faveur d'une très longue crise politique. Un autre de ces luxes que la Belgique pouvait encore récemment s'offrir.

Rien que les feux rouges

Mais cette année, donc, chaque Belge qui part prendra un peu de crise dans ses bagages. Est-ce le signe que celle-ci fait enfin sentir ses effets concrets chez nous? Ou est-ce cette même peur qui a fini par poursuivre nos concitoyens jusque dans leurs congés? Question de point de vue. Les (vrais) chiffres du chômage sont éloquents. Un Belge sur cinq connaît le sous-emploi. A l'inverse, l'industrie du luxe ne s'est jamais aussi bien portée. La santé des plus pauvres se déglingue à petit feu. Mais nous continuons à battre les records de dons pour le Télévie. Un enfant belge sur cinq risque la pauvreté. Mais 80 % des femmes ne comptent pas se laisser décourager par la crise pour tomber enceintes.

Certes, nous ne sommes pas encore dans la situation que traverse le sud de l'Europe. En Grèce, à certains carrefours, on n'allume que les feux rouges pour faire des économies. Tout un symbole. Un pays qui n'avance plus. Mais notre bilan de la crise en Belgique dégage tout de même une vérité à moitié aussi inquiétante. Celle d'une Belgique à deux vitesses.

Dossier et chiffres complets dans le Moustique du 6 juin.

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