Le tour d’écrou: Henry James adapté par la BBC

Un vaste manoir de la campagne anglaise, au début du XXe siècle. Anne, jeune gouvernante, y dépose ses valises et reçoit un accueil glacial: les servantes l'observent d'un Å“il effrayé.

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Un vaste manoir de la campagne anglaise, au début du XXe siècle. Anne, jeune gouvernante, y dépose ses valises et reçoit un accueil glacial: les servantes l’observent d’un œil effrayé.

Bientôt, elle fait la connaissance de deux adorables enfants. Des orphelins aux visages d’anges, qui vont lui faire visiter les lieux en omettant soigneusement de révéler leurs craintes. Il s’est passé quelque chose là-bas, c’est évident. Mais pour connaître la vérité, Anne va devoir se faufiler à travers les apparences…

Le commun des mortels aurait pris la poudre d’escampette en neuf minutes. Heureusement pour le suspense, l’héroïne a décidé de rester. Oui, elle entend des voix étranges. Oui, un cimetière jouxte le manoir, où se trouve la tombe de l’ancienne gouvernante. Et oui, les fantômes ne tardent pas à pointer le bout de leur nez, tandis qu’un petit garçon de 10 ans se met à jouer du piano aussi bien que Richard Clayderman. Mais l’opiniâtreté de notre héroïne va nous permettre d’en savoir plus, tout au long d’un conte fantastique à l’atmosphère diabolique.

Ce conte a été écrit par Henry James, romancier américain dont la plume raffinée continue à hanter notre siècle. Considéré comme le maître du réalisme littéraire du XIXe, cet auteur prolifique a légué des dizaines d’ouvrages de tout genre. Les plus célèbres ont d’ailleurs été ressuscités par le cinéma et la télévision. Citons La chambre verte (adapté par François Truffaut), Portrait de femme (avec Nicole Kidman), Washington Square (avec Jennifer Jason Leigh) ou encore Les ailes de la colombe (avec Helena Bonham Carter).

La force de James? Une immersion dans les tréfonds de l’esprit humain, en quête des blessures et des sentiments inavouables. A la fois romanesque et complexe, son œuvre regorge de faux-semblants et d’intrigues psychologiques. La porte du fantastique s’est ainsi ouverte naturellement: les fantômes ont un charme fou pour quiconque poursuit ce qui se cache au fond des âmes.

Ecrit en 1898, le court roman Le tour d’écrou reste une référence. Dépourvu de toute violence ou d’effets sanglants, il joue sur les atmosphères, les culpabilités et les relents du passé. En 1961, le cinéaste Jack Clayton en proposait sa vision dans Les innocents. Aujourd’hui, le BBC enchérit avec ce téléfilm ultra-soigné qui, malgré quelques ficelles connues, retranscrit fidèlement les règles de ce jeu d’enfants à l’angoisse latente. Un chef-d’œuvre, non. Mais largement de quoi faire trembloter quelques téléspectateurs en panne de frissons.
Nicolas Balmet

21 janvier: 20h40 ARTE Le tour d’écrou

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