Le système Jamel

Il est aux commandes de son premier film, Pourquoi j'ai pas mangé mon père. Retour sur le parcours de ce comique devenu businessman engagé.

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Mi-janvier. Une dizaine de jours après les attentats perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, Jamel Debbouze est l'invité de l'émission Sept à huit sur TF1. De nombreux artistes ont déjà réagi à chaud. Mais, jusqu'ici, Jamel a décidé de se taire. Parce qu'il fallait réfléchir. Et que ces attentats touchent précisément au cœur du combat qu'il mène en sous-marin depuis de nombreuses années.

"La France, c'est ma mère, et on ne touche pas à ma mère" , déclare-t-il d'emblée à huit millions de téléspectateurs. "Je suis Français, musulman, artiste, je suis né à Barbès, j'ai grandi à Trappes, je suis père de deux enfants, marié à une chrétienne journaliste très belle (Mélissa Theuriau – NRLR). C'est ça pour moi, la France. J'ai passé mon temps à ne pas dire que j'étais musulman. Pas parce que je n'en étais pas fier, loin de là. Mais parce que je considérais qu'on n'avait pas besoin d'affirmer son identité, sa différence. Aujourd'hui, j'ai presque besoin de le revendiquer comme pour dire: ne vous inquiétez pas, on est pareils malgré nos différences." Un discours clair, précis, limpide, qui fera dans l'heure le buzz sur les réseaux sociaux. Parce que Jamel Debbouze est l'un des artistes préférés des Français. Mais aussi parce qu'il est un lien entre deux communautés qui se méconnaissent et doivent trouver le moyen de "vivre ensemble". 

Le considérationnisme

Devenu riche et célèbre avec le succès d'Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre d'Alain Chabat en 2002, Jamel Debbouze aurait pu paresser jusqu'à la fin des temps. Mais ne rien faire est impensable quand on est un hyperkinétique à l'ego surdimensionné. "Mon ego, il pèse 300 kilos, confiait-il récemment à L'Express. J'ai toujours eu envie d'exister. Or, quand tu es Arabe, handicapé, pas très grand, pas très beau, c'est compliqué. Je cherchais la considération en permanence. Avec des potes, on a même voulu inventer un mouvement: le considérationnisme."

Jamel Debbouze ne sera jamais un de ces acteurs qui enfilent les rôles et les spectacles de one man show pour devenir de plus en plus célèbres et de plus en plus riches. Non, il veut être "considérationné". Le destin lui a fait une jolie blague et il veut se montrer à la hauteur du miracle. Et ce n'était pas gagné. Apparu sur les antennes de Canal + en 2008, Jamel va très vite passer le test du cinéma grand public. En 2001 dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Mais surtout l'année suivante, avec l'Astérix de Chabat qui deviendra lui aussi un immense succès populaire. Ses one man shows font salle comble, c'est l'invité bancable des plateaux de télé. Un phénomène à lui tout seul. Que rien ne peut arrêter. Quoique…

En 2005, Luc Besson lui offre son premier grand rôle dramatique dans Angel-A. Jamel Debbouze y met toute son énergie, mais le film est un plantage total. La critique le montre du doigt et le public boude le film. Premier échec. Retour sur le plancher des vaches. Le choc pousse Jamel à prendre les choses en main et reconsidérer la manière dont il mène sa barque. Fini d'être un acteur à la merci de son public. Il y a des choses à faire. Pour soi. Pour les autres. Plus grandes. Il y a surtout des choses à dire sur ce pays, la France, qui est le sien. Il ne cessera plus de le répéter.

La suite dans le Moustique du 8 avril 2015

Les singeries de Jamel

Toujours soucieux de revenir où on ne l’attendait pas, Jamel a donc choisi de concocter un dessin animé en guise de première réalisation. Résultat: une jolie fresque jouant brillamment sur les lois de l’évolution. Qui nous plonge dans l’histoire trépidante d’Edouard (qui possède les traits, la diction et la batterie d’expressions imbattables du maître d’œuvre), fils aîné du roi des simiens (les préhumains). Considéré à sa naissance comme trop malingre, il est rejeté par sa tribu. Et grandit loin des siens, auprès de son ami Ian. Mais, incroyablement ingénieux et pas vite découragé, Ed’ va finir par arriver à faire parler de lui. Découvrant le feu, la chasse, l’habitat moderne et l’amour, il se met en tête de révolutionner l'ordre établi. Et mène son peuple avec éclat et humour vers la véritable humanité, celle où on ne mange pas son père, ce qui était la coutume jusque-là.

Entre humour, tendresse, humanité et aventure, Pourquoi j’ai pas mangé mon père touche au moins autant pour sa technique de motion capture parfaite et sa 3D-qui-ne-fait-pas-mal-à-la tête que pour son histoire sans baisse de rythme. Et puis, Mister Debbouze a choisi d’adapter ce roman de Roy Lewis parce que ce récit initiatique ressemble de très près à son propre parcours. Qui prenait une direction bien terne jusqu’au jour où Jamel a appris à faire des grimaces! – F.V.

Réalisé par Jamel Debbouze. Avec Jamel Debbouze, Mélissa Theuriau, Arié Elmaleh – 95’

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