Le roman de Michelle Martin

Avec La femme qui donnait à manger aux chiens, l'écrivaine flamande Kristien Hemmerechts signe le roman de l'ex-femme de Dutroux. On lui reproche déjà de s'être trop approchée du monstre. C'était pourtant la seule façon de la faire parler.

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C'est un roman, peut-être même un grand roman. Un livre déjà sorti en Flandre et qui devrait susciter chez nous la même polémique. Il commence par une vérité un jour énoncée par Hannah Arendt: "La triste vérité est que la plus grande partie du mal est faite par des gens qui ne se sont jamais décidés à être bons ou mauvais." Dans La femme qui donnait à manger aux chiens, sorti ce 6 mai, nous sommes au cœur de ce que la philosophe allemande appelait "la banalité du mal". La zone floue et grise où se trouve à jamais prisonnière Michelle Martin. Ou Odette, son double fictionnel dans le roman de Kristien Hemmerechts. Odette/Michelle Martin qui sous la plume raconte à la première personne tout de sa vie et de son histoire avec Marc Dutroux, de sa rencontre avec lui jusqu'à sa libération en 2012. Et pourtant ne dit rien de ce que, près de vingt ans après l'affaire, nous, Belges, cherchons encore à savoir.

Votre personnage Odette ne cesse de se poser en victime, au mieux en "exécutante". Vous pensez que c'est là qu'en est encore Michelle Martin en son for intérieur?

Kristien Hemmerechts – Oui, parce qu'il reste encore tant d'inconnues concernant le véritable rôle de Michelle Martin. On ne sait toujours pas dans quelles circonstances exactes Julie et Melissa ont été enlevées. Ou comment elles sont mortes. Et jamais elle n'a consenti à lever ces inconnues.

Vous n'avez pas pu la rencontrer. Si cela avait été le cas, ce livre n'aurait pas été une fiction?

K.H. – Mon projet initial était d'ordre plutôt documentaire. Mais lui parler s'est révélé impossible. Et puis je me suis rendu compte que cela avait déjà été fait. Et que l'auteur avait buté sur le déni et l'auto-apitoiement de Michelle Martin, qui se bornait à se poser en victime, en esclave de Dutroux. J'ai donc décidé qu'il serait plus intéressant de parler à sa place.

La suite de l'interview dans le Moustique du 7 mai 2014

Le livre

La femme qui donnait à manger aux chiens

Kristien Hemmerechts

Editions Galaade

Sortie le 6 mai

Odette est aujourd'hui la femme la plus détestée de Belgique. Mais le mérite-t-elle? Elle n'était finalement que "le chien", "la bête de somme", "la chose", "la pute" de M. Enfermée dans cette prison dont les rapports de force, le sexe (énormément de sexe), la violence psychologique et les coups formaient les quatre murs, elle ne vivait que sur ordre. Jusqu'à l'absurde. Jusqu'à laisser mourir, il y a vingt ans, les deux fillettes que M. avait enfermées dans cette cave où elle n'a jamais osé descendre. C'est qu'il n'avait pas laissé d'instructions. En prison, à l'époque, M. n'était pas là pour lui intimer, justement, ses ordres. Avec cette écriture éminemment féminine, qui ne cherche jamais

à enserrer les faits dans un carcan rationnel et laisse toute sa place aux contradictions, aux doutes, aux hésitations, Kristien Hemmerechts signe un roman sur l'affaire Dutroux qui vaut tellement mieux que la polémique qui accompagnera forcément sa sortie.

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