Le ring de Rome

Dans Sacro Gra, il y a un pêcheur d’anguilles du Tibre, des vieilles putes italiennes qui discutent de mozzarella en attendant le client, un aristocrate déchu et sa fille, un nouveau riche plutôt décadent, un figurant de romans-photos ou un botaniste qui s’interroge sur les termites dévorant de l’intérieur les palmiers romains.

1081470

Le cinéaste documentariste italo-américain Gianfranco Rosi a décidé de filmer "les invisibles" de Rome, ceux qu’on oublie souvent, et qui vivent en périphérie de la Ville éternelle.

Son axe? Le Grande raccordo anulareou GRA, qui tourne autour de Rome "comme un anneau de Saturne" sur 70 km, égrenant son lot de personnalités marginales comme autant de métaphores de nos destinées humaines – tantôt absurdes, tantôt émouvantes, jamais banales. Grand cinéaste du réel, Gianfranco Rosi s’est immergé comme à son habitude pendant deux ans le long de cet axe pour rencontrer les gens, filmer leur vie (sans interview ni question), et nous livrer des morceaux d’intimité comme autant de morceaux de nous.

Lion d'or au dernier festival de Venise (c’était la première fois que la Mostra décernait la récompense suprême à un documentaire), l’étonnant Sacro Gra est aussi l’occasion de se replonger dans le travail de Gianfranco Rosi (coffret DVD aux éditions Montparnasse). A découvrir: Below Sea Level (En dessous du niveau de la mer) remarqué à Venise en 2008 et réalisé en immersion dans une communauté de laissés-pour-compte californiens, qui vivent sans eau ni électricité dans des mobile homes, en dehors de la société. Et le très provoc El Sicario, chambre 614, qui raconte la confession en live d'un tueur des cartels mexicains dont la tête est mise à prix. Dans chacun de ses films, le cinéaste confronte le spectateur à "d’autres vies que la sienne", dressant de fascinants portraits d’une humanité en marge. A voir. – J.G.

> SACRO GRA, réalisé par Gianfranco Rosi – 93’.

Plus d'actualité