Le porno à la télé, c’est meilleur

Dans les revues sous le lit, sur le Net, dans quelques dernières salles noires…, le porno est partout. Mais c’est bien à la télé qu'il prend son pied.

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"Il n’y a pas besoin de faire de la publicité explicite pour ce genre d’offres, les films pour adultes se vendent très bien tout seuls et les amateurs savent où les trouver." Chez Be TV on le sait, nulle nécessité de prendre position pour ou contre, le porno est bel et bien un phénomène incontournable. Sur Internet, il représentait 30 % du trafic total en 2013, soit 65 millions de visiteurs uniques par jour selon le propriétaire de Manwin – qui détient Pornhub et Tube8 notamment. En 2012, le célèbre site YouPorn avançait le chiffre de 100 millions de pages vues par jour et sur XVideos, cela montait à 4,46 milliards de pages vues par mois.

Mais les férus de copulation débridée cherchent principalement sur Internet à regarder de petites scènes courtes de 1 à 20 minutes, appelées "gonzo": que de l’action, du va-et-vient sans scénario. Rien à voir donc avec les films "de papa" scénarisés et enrichis de "dialogues" chers à la télévision.

Une télévision où l'offre porno s'est aussi étendue. Sur BeTV – ex-Canal+ Belgique qui avait dépucelé en 1989 le public belge en matière de porno -, le X a élargi sa présence. De l’unique rendez-vous coquin le premier dimanche du mois sur Canal+, BeTV est passée à un film X par semaine, rediffusé sur Be Ciné et souvent précédé du magazine Le journal du hard. En télé payante, derrière la 24elettre de l’alphabet se cache la vraie pornographie, celle qui passe après les douze coups de minuit, pas les productions érotiques et plutôt sages, interdites aux moins de 16 ans et diffusées à partir de 23 h sur AB4.

Sur les télévisions cryptées, bien avant l’invention d’Internet, on faisait déjà la place au porno… mais de qualité selon BeTV: "Les films que nous proposons sont tous en haute définition, diffusés dans leur intégralité et produits par des boîtes de production reconnues dans le monde du X. Sur Internet, on retrouve beaucoup d’anciens films, de contenus amateurs et le tout dans le désordre. Sur BeTV, nous faisons de vrais choix éditoriaux et privilégions toujours la nouveauté", insiste un responsable de la programmation de la chaîne. Qui préfère garder… l'anonymat. Signe que le genre n'est toujours pas recommandable.

Eviter les déviances d’Internet

Mais même s’ils sont de meilleure qualité et calés sur un format de film classique, devoir regarder des films cochons sur sa télé au milieu du salon, c'est quand même plus contraignant, relève Ghislain Faribeault, vice-président médias chez Marc Dorcel: "Internet, c’est la demande dans l’instant, et souvent la consommation de pornographie répond à une pulsion, une envie soudaine à un moment précis. A contrario, à la télévision, il faut suivre une programmation linéaire déjà décidée. Mais l’expérience n’est pas la même. Les gens continuent de regarder du X à la télé, déjà parce que beaucoup ont encore peur d’attraper un virus sur leur ordinateur en surfant sur des sites pornos et aussi parce que les gens sont attachés à la qualité, à la marque et la réputation Dorcel".

Homo, gang bang, soft, gros seins, etc., la Dorcel TV créée en 2006 programme des films olé olé pour tous les goûts. Mais contrairement au contenu disponible 24 h/24 et gratuitement sur le web, cette diversité ne réserve pas de mauvaise surprise à l'amateur de coït filmé, qui sur Internet peut, d'un clic à l'autre, tomber sur des vidéos quelque peu déviantes, voire sur des pratiques définies comme interdites. Le X de la TV se veut propre.

Et surtout pas à la portée de toutes les télécommandes, d’où la diffusion tardive, doublement cryptée, avec contrôle parental et accompagnée d’avertissements sur les dangers d’une sexualité non protégée que l’on trouve sur BeTV. Autant de précautions qui ne freinent pas le succès du porno à la télé. Bien au contraire, puisque les chaînes qui lui sont dédiées se multiplient et prospèrent. En 2012 et 2013, le groupe Dorcel a par exemple lancé respectivement Dorcel XXX et Erotica TV. BeTV a décidé de diversifier son offre et de relayer les contenus de chaînes spécialisées comme XXL ou Hustler dans ses options "Sensation", "Charme" et "Man-X". Et puis, les chaînes Playboy, Private, Penthouse, etc., sont apparues et sont devenues accessibles partout dans le monde, en version soft et version hard. Une nouvelle concurrence tout à fait bénéfique pour le consommateur de sexe sur écran plat.

Si le groupe Dorcel bénéficie d’une si bonne image, c’est parce qu’il a su se démarquer en créant de vraies chaînes X qui ne diffusent pas seulement des films, explique Paul-Jérôme Renevier, responsable des acquisitions: "Autrefois, avant minuit, il y avait des films érotiques pourris qui ne coûtaient pas cher, et puis après minuit, c’était du hard, avec là encore des films mauvais. Aucune présentatrice, aucun jingle et toujours la même chose. Aujourd’hui, on ne peut plus faire ces "robinets à films de cul", il faut offrir une vraie chaîne de télévision. Dorcel TV a choisi de diffuser des émissions ou des reportages sur des actrices ou des salons avant minuit, puis de diffuser les meilleurs films hard provenant du monde entier". Le meilleur et rien d’autre pour continuer de contenter un public old school, parce que la nouvelle tendance du X se joue maintenant avec la vidéo à la demande.

En accord avec leur temps, ils sont de plus en plus nombreux à la préférer aux grilles des programmes. Pour l’entreprise Marc Dorcel, la VOD représente 60 % du chiffre d’affaires, contre 15 % pour la télévision. Mais elle n’est pas à la portée de toutes les bourses et en tout cas pas faite pour une consommation régulière de pornographie. Chez Belgacom par exemple, l’abonnement à un bouquet de quatre chaînes adultes revient à 14,95 € pour un mois entier, alors que la location pour quelques heures d’un seul film vous coûtera 6 €. La vidéo à la demande s’adresse donc à un public dont les envies sont plus ponctuelles ou qui ont plus de moyens. Même si elle représente l’alliance idéale de la qualité de la télévision et de l’instantanéité d’Internet, la VOD n’est définitivement pas rentable. Pour les amateurs de pornographie, la télévision reste donc la meilleure tentatrice.

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