Le père de Strip-Tease se rhabille

Jean Libon, créateur irrévérencieux du magazine qui vous déshabille, tire sa révérence. Retour sur 25 ans de docus grinçants, impertinents et décapants.

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Jamais copié, jamais égalé! Avec Marco Lamensch, son double télévisuel, Jean Libon a créé Strip-Tease. Une bombe. Un ovni cinématographique qui traque, pour la télé, la vérité qui dérange chez les grandes et les petites gens depuis plus de 25 ans. Des flics aux ministres, des fachos aux ultras cathos, des clodos aux aristos, le magazine qui vous déshabille et son rejeton format long, Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), ont imposé leur subjectivité assumée au petit écran. Et révolutionné la télé et notre façon de la regarder. Alors qu’il s’apprête à rejoindre le vestiaire cet automne et à confier les rênes de l'émission à sa talentueuse journaliste Safia Kessas, le producteur n'a rien perdu de sa verve. Ni de ses coups de gueule légendaires.

Quand Strip-Tease est né, quelles ont été les premières réactions?
Jean Libon – En 1985, nous avons d'abord testé le concept devant un panel de professionnels. Un des numéros pilotes s'appelait Votre mort nous intéresse… Le panel était catastrophé! Il n'y avait pas de présentation, pas d'interview, pas de voix off, quasi pas de musique… Les gens ne comprenaient rien! Selon eux, tout était à jeter. Même le titre. On a donc refait un essai à Namur la semaine suivante. Réactions identiques. On avait un troisième panel à Liège, mais on a préféré annuler…

Et puis?
Eh bien, on a décidé de le diffuser tel quel, et cela a fonctionné tout de suite! Toutes ces études et le bla-bla pseudo-scientifique qui va avec m'ont toujours fait hurler de rire. Que faire ou ne pas faire en télévision? Avec le nombre de bêtises que j'ai entendues en 40 ans de carrière, je pourrais écrire un dictionnaire!

Avez-vous reçu des lettres d'injures?
Oh oui! Et des menaces de mort! Mais surtout de nombreux courriers pour nous féliciter de faire de la télé qui cesse de prendre les téléspectateurs pour des cons. Si on a créé Strip-Tease, c'était en réaction à tout ce qui se faisait d’autre.

Une télévision qui dérange?
Une télé qui fait réagir et ne passe pas son temps à expliquer dix fois ce que tout le monde a compris. C’est une question de respect, non? Lorsque vous coupez le commentaire, le téléspectateur devient actif. Chacun voit Strip-Tease à sa manière.

Au premier, au deuxième, voire au troisième degré?
C’est le but de cette subjectivité assumée. Par contre, je n’ai jamais compris pourquoi certains téléspectateurs rient devant nos films. Les gens qui se marrent face à Strip-Tease n'osent sans doute pas se regarder dans le miroir!

Vous avez eu des procès?
Seulement deux ou trois sur 850 films! Tous gagnés. C’était des témoins qui contestaient avoir donné leur accord pour la diffusion et réclamaient des indemnités. Je pense surtout que ces personnes avaient été sollicitées par des avocats en manque d’affaires… Depuis, on les fait tous signer.

S’il ne fallait retenir qu’un Strip-Tease?
Parabole, un sujet muet réalisé par André François. L’histoire d’un petit vieux qui vit seul dans sa maison de Seraing avec un tas de paraboles dans son jardin. Son quotidien? Rendre visite à sa femme paralysée sur un lit d’hôpital… En total décalage, on le retrouve ensuite en costume-cravate et bouquet de fleurs à la main à ses noces d’or en face de l’échevin! Le point de rencontre entre ces deux mondes, entre ce couple vieillissant et cette fête factice, est ce qu'il y a de plus formidable. On est les seuls à faire ça.

Celui que vous n’auriez pas dû faire?
La soucoupe et le perroquet sur un couple qui voulait s'envoler dans l'espace. On nous a vraiment pris pour des débiles! C’est l’un des sujets qui, à mon sens, nous ont causé le plus de tort. Marco Lamensch et moi sommes d’ailleurs toujours pas d’accord sur l’utilité de le diffuser. Un des rares points de dissension entre nous.

Celui qui a fait le plus de bruit?
Ni bannière, ni drapeau, sur le Vlaams Blok. On a fait beaucoup de foin autour, mais je ne comprends toujours pas cette polémique. Et je ne changerai jamais d'avis. Pourquoi ne pas faire un sujet sur un parti qui avait fait presque 30 % aux élections? Je pense surtout qu'on faisait le boulot que les JT n'osaient pas faire.

Aucun regret?
Celui de ne jamais avoir fait un film sur la télévision! Mais aucune chaîne n’accepterait… On consomme trois heures de télé par jour, mais on ne peut pas faire de film dessus…
h Harold Nottet

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