Le pénis des hommes – Entrejambe story

Les hommes pensent qu'il est l'axe autour duquel le monde tourne. Alors que... Dans Le bidule de Dieu, Tom Hickman fait le point sur le poids du sexe des mecs. Une lecture, c'est selon, paniquante ou apaisante.

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Il y a un an, le malheureux Patrick Moote, un Américain qui n'a rien demandé à personne, devient monstrueusement célèbre pour s'être fait remballer par sa petite amie. Filmée, sa demande en mariage – repoussée par sa copine – échoue sur YouTube où elle comptabilise plus de 10 millions de vues. L'humiliation est complète lorsqu'on apprend que la jeune fille n'en veut pas comme époux parce qu'il est doté d'un trop petit pénis. Pour donner un sens à son "problème" (après tout, la terre entière est désormais au courant de ses très faibles mensurations), Moote se lance alors dans une odyssée extravagante: le tour du monde de la queue dont il a résumé les principales étapes dans un documentaire intitulé Unhung Hero (Pas membré). Deux questions dirigent son travail… Est-ce vraiment nécessaire d'en avoir une grosse? Et si oui, comment faire pour l'agrandir quand on en a une petite? On vous laisse découvrir les réponses dans ce film visible sur Internet, entre le mégaselfie et l'enquête sur le terrain.

Sur l'échelle de grandeur, à l'opposé de Patrick Moote, il y a Ray Drecker, le héros de la série Hung (Membré) qui, lui, n'a aucun mauvais sang à se faire sur la taille de son attribut qu'il a transformé en outil de travail. Pur produit de la crise des subprimes, l'homme a décidé de faire face aux embarras financiers en se prostituant, son sexe surdimensionné devant lui assurer un carnet de commandes bien gonflé auprès de celles qui aiment ça (puisqu'il y en a qui n'aiment pas).

Pivot ou virgule?

Entre ces deux hommes, il y a quelques millénaires de tourments à propos de notre sexe. Ce sexe que l'on croit être le pivot de l'univers, alors qu'il n'est qu'une simple virgule qui ponctue la courte phrase que constitue notre vie. Pourtant, rien ne semble avoir plus d'importance dans l'existence d'un homme que le dialogue (parfois très tendu) qu'il entretient avec son pénis. C'est ce que démontre le journaliste anglais Tom Hickman dans son livre Le bidule de Dieu, sorte d'aide-mémoire de tout ce qu'il faut savoir sur le sexe de l'homme et dont certains chapitres ont des propriétés apaisantes.

S'il faut tout de suite calmer les angoisses de l'assemblée à propos de l'obsédante question de la taille, Hickman reprend les mensurations moyennes mesurées et publiées en 1948 par l'Américain Alfred Kinsey, professeur d'entomologie et de zoologie, ancêtre du sexologue d'aujourd'hui. Selon lui, "le pénis en érection moyen mesurait 15,7 centimètres, la "plupart des individus" se situant dans la marge comprise entre 12,2 et 21,6 centimètres et n'atteignant que dans des "cas extrêmes des dimensions supérieures ou inférieures". De fait, l'érection la plus courte à laquelle Kinsey assista mesurait 2,5 centimètres et la plus longue, 26,6 centimètres. L'érection présentant le diamètre le plus court était de 5,4 centimètres et la plus importante était supérieure à 19, la moyenne générale étant de 11,4". Tous ces chiffres ont été revus (souvent à la baisse), le site de l'Institut Kinsey ne proposant pas "un chiffre unique concernant l'érection moyenne et se contente de poser qu'elle se situe entre 12,7 et 17,7 centimètres, pour une circonférence de 10,1 à 15,2 centimètres".

Suréquipé donc chagrin

Et pour en finir avec ce trac qui n'en finira jamais – et si ça peut rassurer certains d'entre nous -, précisons que, dans la Grèce antique, "à Athènes, les pénis les plus appréciés étaient petits et nerveux (…) tandis que les gros étaient considérés comme vulgaires et affreux". Toujours d'après Le bidule de Dieu, les croyances populaires autour du pénis font souvent la fête aux faibles gabarits. "Les Tibétains, écrit Hickman, estiment ainsi qu'il est préjudiciable pour un homme d'être suréquipé: si son pénis atteint ses talons lorsqu'il s'accroupit, sa vie ne sera que chagrin." A essayer dans la salle de bains… Chez les hindous, "l'homme trop bien doté sera pauvre et n'aura pas d'enfants; celui dont le pénis est droit, court et tendineux deviendra riche, tout comme celui dont le gland n'est pas très développé. L'homme dont le pénis incline vers la gauche connaîtra lui aussi la misère"… Cette dernière prédiction n'ayant, on l'aura remarqué, rien à voir avec la taille de l'organe mais plutôt avec sa déformation anatomique communément appelée "clou tordu".

Cette hantise de ne pas être à la hauteur peut faire sourire. Elle fait parfois souffrir. Jusqu'à envoyer des régiments d'hommes chez le psy ou le sexologue qui est le psy du bas. Du moins s'ils osent en pousser la porte, la souffrance se vivant souvent dans le silence le plus complet. Ainsi la peur de ne pas avoir été gâté par la nature, voire l'impression de s'être fait avoir, s'apparente à un trouble de la perception de soi portant le doux nom de "dysmorphophobie". Ce complexe qui se fixe à l'entrejambe et dont les lieux de l'horreur sont les douches et les vestiaires est "très fréquent chez les culturistes", selon Tom Hickman.

"Comme l'anorexie , précise le journaliste dans son livre, celui qui en souffre se regarde dans son miroir et voit de lui-même une image déformée: un corps ou un élément du corps qui n'est pas ce qu'il est réellement. Dans les affres de la dysmorphophobie, certains hommes sont tout à fait capables de croire que l'appareillage (…) de 38 centimètres dont est équipé le héros du film Boogie Night n'est pas un postiche en latex."  

Pour aider à retrouver le niveau (et pour certains hommes, une certaine dignité), Internet propose à ceux qui ont peu d'estime de soi la vitrine la plus complète des solutions miracle. Eventail de produits, méthodes et opérations qui, pour les anthropologues du futur, fera sans doute passer notre civilisation pour une obsédée de la b… Pompe à vide, extenseurs, gélules, méthodes naturelles, jelging (technique d'agrandissement grâce à une serviette trempée dans l'eau chaude – ça a l'air très efficace!), tout est bon pour attirer les désespérés du pénis.

La tentation pénoplaste

Ce business est doublé par la tentation de la pénoplastie, très dans l'air du temps. Cette chirurgie du sexe qui se pratique en clinique (dont le nombre d'interventions semble en constante hausse) consiste à allonger le pénis ou à l'élargir par injections de cellules graisseuses. Autant de principes modernes qui ne font peut-être pas le poids face aux astuces du Kama Sutra qui, pour en avoir une plus grande, "conseille aux hommes de s'appliquer sur la peau pendant dix nuits les poils d'un insecte arboricole venimeux et de dormir sur le ventre, sur un lit en bois, en "laissant son sexe pendre par un trou" – la dilatation du phallus ainsi obtenue étant censée durer toute la vie".     

L'anxiété de ne pas avoir tout ce qu'il faut là où il faut n'est pas toujours liée à la peur de ne pas pouvoir satisfaire sa partenaire, mais plutôt de ne pas pouvoir se satisfaire soi-même. Ou en tout cas de ne pas satisfaire l'image que l'on aimerait renvoyer de soi. L'ère des performances sexuelles et du porno grand public telle que nous la vivons actuellement ne doit pas être innocente dans les nouvelles bouffées d'angoisse qui envahissent la gent masculine dont une partie maudit Rocco Siffredi. Pourtant, une fois encore, l'envie de transporter du lourd ne date pas de l'envolée du X.

Tom Hickman rappelle combien les civilisations ont parsemé leur histoire, leurs religions et leurs villes de symboles phalliques. Un peu trop même. "Les flèches, les minarets et les dômes qui s'élèvent au-dessus des lieux de culte sont-ils des symboles phalliques?, se demande-t-il. Si l'on considère qu'à l'époque où les premiers d'entre eux furent érigés, la religion ne s'était pas encore libérée de l'adoration phallique, c'était, comme l'affirment la plupart des spécialistes, presque assurément le cas."   

Y a des phallus partout

En voir partout? L'épidémie ne s'arrangera pas avec Freud qui, dès les premiers balbutiements de la psychanalyse, se fera une spécialité d'énumérer les fétiches phalliques qui vont des cravates – "qui pendent et ne sont pas portées par les femmes" – jusqu'aux dirigeables Zeppelin qui se référeraient à cette "remarquable caractéristique de l'organe mâle". Ne parlons pas de l'anthropologue Desmond Morris, célèbre auteur du Zoo humain qui, dans les années 60, compare le manche des guitares électriques à un manche en érection. En voir de plus en plus? Le déferlement d'images militant pour la nudité ne semble pas ralentir. Dix ans de calendriers des Dieux du stade et de rugbymans à poil ne le démentiront pas, et des ouvrages de photos comme The Big Penis Book non plus. Un livre, paru chez Taschen, dont nous déconseillons la consultation aux plus démunis d'entre vous.

 

LE BIDULE DE DIEU. UNE HISTOIRE DU PENIS, Tom Hickman, Robert Laffont, 267 p.

 

Tout le monde en a une

(même les grands hommes)

Si l'on en croit le livre de Tom Hickman (qui, précisons-le, ne se base sur aucune expertise mais sur la rumeur et les on-dit d'ex-maîtresses), les plus chanceux du matos sont: Charlie Chaplin, Frank Sinatra, Rudolph Valentino, Jimi Hendrix (c'est connu), Toulouse-Lautrec, Johnny Weissmuller, le président Lyndon Johnson dont on dit qu'il aimait réunir ses collaborateurs alors qu'il était sous la douche! Parmi les moins bien lotis (qu'ils nous pardonnent de balancer), on trouve Ernest Hemingway, Montgomery Clift et Salvador Dali.

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