Le Pen est-il devenu fou?

Pourquoi son comportement lors des cérémonies du 1er mai ne relève plus forcément de la "simple" provocation mais peut-être carrément de la sénilité.

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Paris, 1er mai. "Jeanne, au secours!”. C'est l'appel de détresse théâtral lancé par Jean-Marie Le Pen à la statue de Jeanne d'Arc  devant laquelle il vient de déposer une gerbe de fleurs, lord du traditionnel défilé du Font national. Un peu plus tard, sur la grande estrade, il vole la vedette à sa fille, Marine, qui devait commencer son discours en tant que présidente du FN. Dans son imper rouge vif, le sourire figé et les bras levés, Jean-Marie est acclamé pendant de longues secondes avant que sa fille, visiblement embarrassée, ne siffle la fin de la provocation par un professoral "Bien… Mes chères compatriotes…". Tout cela quelques semaines à peine après avoir récidivé sur le "détail" de l'histoire que constitueraient les chambres à gaz et sur le Premier ministre Manuel Valls, "cet immigré"  (d'origine espagnole) qui n'est "français (que) depuis 30 ans".

Faut-il ne voir dans ces dernières péripéties que de simples nouveaux "pieds-de-nez" de celui qui, avait-il confié aux Inrocks en 2013, préfère "un scandale"  au fait d'être absent" des médias? Ou bien est-ce l'âge qui fait perdre le nord à ce député européen de bientôt 87 ans, avec ses 60 ans de carrière politique? Pendant un temps, on a cru que les sorties sulfureuses de Jean-Marie Le Pen pouvaient faire le jeu de sa fille, en rassurant les militants de base pendant qu'elle ratissait plus large, dédiabolisant un parti où son père joue à merveille le rôle du Diable. Mais il semble que celui-ci soit sorti de sa boîte un peu trop souvent et un peu trop fort au goût de la présidente. Au point qu'elle ose désormais évoquer de vraies "mesures", sous-entendant l'éviction de Jean-Marie Le Pen. Une expulsion risquée pour elle. Parce que nombreux sont les électeurs du FN qui restent fidèles au patriarche, mais aussi parce que Jean-Marie Le Pen tient encore (fermement) les rênes de la Cotelec, le micro-parti qui finance en grande partie les campagnes du FN grâces aux prêts et aux dons des sympathisants.

A ceux qui seraient tentés de voir dans ces déchirements familiaux une action concertée, on propose donc d'observer le regard de Marine Le Pen, en arrière-fond, quand son père est debout sur la scène. Elle a cet air coléreux, déçu et gêné de celle qui trouve son père en pyjama et les pieds nus en train de chanter des chansons grivoises sur le parking de la maison de repos. Si on ne la trouvait pas aussi redoutable, on éprouverait presque de la compassion pour elle. Presque.

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