Le passé

Le réalisateur iranien d’Une séparation livre un mélo déchirant tourné à Paris.

872833

Le film s’ouvre sur une scène muette dans un aéroport. Une femme a fait venir d’Iran son ancien compagnon pour signer les papiers du divorce et recommencer sa vie. Ils se parlent entre deux vitres sans s’entendre.

Et dans le silence, tout semble déjà dit: surtout les regrets. Ils montent dans la voiture, et les vieux mécanismes du couple reprennent. Comme si les années n’avaient rien effacé. C’est un peu comme si Le passé commençait là où Une séparation s’arrête. Le décor est le même, sauf que Farhadi remplace l’appartement d’une classe moyenne de Téhéran par un pavillon de banlieue parisienne en bordure du RER. Pour nous demander ceci: que reste-t-il de l’amour après l’amour? Que faire des revenants, et comment reconstruire sa vie après l’échec d’un premier couple?

Dans le rôle de Marie, la jeune femme déchirée entre deux hommes, Bérénice Béjo impressionne. Pleine d’une colère lumineuse et très iranienne, elle livre sa plus belle composition après The Artist. Autour d’elle, on retrouve Tahar Rahim (révélé dans Le prophète de Jacques Audiard) en jeune amant impétueux et l’acteur-réalisateur iranien Ali Mosaffa, qui se retrouve malgré lui médiateur d’une famille en crise.

Car comme pour Une séparation, Asghar Farhadi a construit son scénario autour d’un secret, détenu ici par la fille aînée de Marie, interprétée par Pauline Burlet. En ado rebelle, la jeune Montoise de 17 ans tient toutes ses promesses depuis son apparition, gamine, dans La Môme.

Dans ce mélo qui mêle l’intime et le social, c’est à nouveau la recherche de la vérité qui fascine le réalisateur iranien. Son film se déploie en plusieurs phases, épouse tour à tour le point de vue des trois personnages principaux et entre dans les méandres de la mémoire des couples.

En touchant à l’indicible, il montre ce qui explose et ce qu’on n’arrive plus à dire. Ou à oublier. Reprenant le principe des conversations secrètes (qui échappent au spectateur), Asghar Farhadi questionne l’intimité profonde des rapports de couple.

Et confirme son immense talent d’auteur. "Qu’est-ce qu’on fait si on n’arrive pas à oublier?", se demande Marie. "On doit pouvoir y arriver", lui répond son compagnon, sceptique. La dernière scène du film vous monte alors au cœur comme la bouffée émouvante d’un parfum qu’on retrouve. Il y a des passés qu’on ne peut, et qu’on ne doit pas oublier. C’est bien tout le risque de l’amour.

Le passé
Réalisé par Asghar Farhadi. Avec Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa et Pauline Burlet – 130’.

Sur le même sujet
Plus d'actualité