Le nouveau monde d’Emma Watson

Impeccable reconversion pour l’ex-Hermione Granger de la saga Harry Potter. La preuve avec le premier grand rôle du reste de sa vie, dans le bouleversant Monde de Charlie.

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On la savait belle, mais elle est aussi rebelle! Emma Watson aurait pu capitaliser sur son physique de rêve et sa notoriété planétaire pour monnayer sa présence sur des couvertures de magazines glamour et vivre tranquillement de ses rentes. Mais, heureusement, non! Certes, elle a tâté du mannequinat. Mais celle qui a commencé dans Harry Potter à dix ans pour en sortir une décennie plus tard, reste actrice avant tout. Qui plus est, révoltée contre une "certaine idée du cinéma qui veut que l’on ne vous propose que des films dans le même genre, des comédies pour enfants ou des blockbusters familiaux dans mon cas", la miss a parfaitement négocié sa reconversion. Mûrie de longue date.

Quand on lui faisait remarquer que son pote Daniel Radcliffe semblait mieux parti qu’elle sur la voie de la reconversion post-Harry Potter, avec le très sous-estimé mais excellent December Boys (2007) ou grâce à ses prestations théâtrales très remarquées dans Equus, elle serrait les dents. Et les montrait carrément à quiconque osait lui dire que son séjour à l’école des sorciers pourrait davantage relever du cadeau empoisonné que de la magie bénéfique. Mais c’était oublier qu’Emma Watson avait dans son sac un plan stratégique de reconversion solidement bétonné. Bref, quelques années (et une cure d’orthodontie) plus tard, force est de constater qu’elle s’y est sacrément bien prise pour mettre les cahiers au feu et les sorciers au milieu.

Sorcière bien-aimée

"Je n’ai pas attendu la fin de la saga Harry Potter pour penser à mon avenir. Ne vous inquiétez pas!", nous confiait-elle d’un air bravache lors d’un entretien accordé voici deux ans en marge de la sortie du dernier épisode de la saga: Harry Potter et les Reliques de la mort. "Je vis avec Hermione depuis l’enfance. Je n’ai pas envie de faire une croix trop brusque sur ce passé qui m’a parfois pesé. Mais surtout tout apporté. Pour m’entretenir en tant que comédienne, j’ai donc choisi des projets artistiques discrets. Qui sont passés inaperçus hors de Grande-Bretagne. Et c’était bien le but. Pas question d’être à nouveau exposée trop vite et trop fort. Je vise une reconversion en douceur." Exemple avec Ballet Shoes, téléfilm diffusé en 2007 à la BBC. Bilan: excellente audience de 5,7 millions de téléspectateurs et le sourire de la réalisatrice Sandra Goldbacher: "Emma possède une aura délicate, qui donne envie de la regarder encore et encore".

Message reçu par la sorcière bien-aimée du box-office. Qui n’attend pas le carton des deux épisodes des Reliques de la mort (2010 et 2011) pour devenir l’égérie de Burberry et, surtout, de Lancôme. En 2011, la plupart des magazines glamour la sacrent (méritoirement) plus beau visage de l’année, bien loin devant Rihanna et Kate Moss.

"Mais je sais bien que c’est au cinéma que je ferai, ou pas, la différence", insistait-elle avec une lucidité à toute épreuve. Et là encore, elle fait le bon choix. Avec My Week With Marilyn (2011), biopic adroit dans lequel Watson campe un personnage secondaire, rivale amoureuse mais battue d’avance de Michelle Williams. Auréolé de très bonnes critiques, ce film parviendra à convaincre les cinéphiles et à ne pas décevoir une frange des spécimens les plus gravement atteints de Potter-mania ("Même si certains ne comprendront de toute façon jamais que je passe à autre chose! Tant pis pour eux…").

Et vint Le monde de Charlie

Même type de choix pour la suite. A savoir un long métrage résolument indépendant. Du genre que l’on n’attendait pas mais qui submerge le spectateur d’émotions: Le monde de Charlie (dans les salles la semaine prochaine), bijou de subtilité et de générosité sur le passage à l’adolescence. Entre le teen-movie très touchant et le drame presque intelligent. Et dont il faudra (déjà) se souvenir pour le bilan des meilleurs films de l’année 2013!

Différence de taille, par contre, entre le poste tenu par Emma dans l’ombre de Marilyn et celui qu’elle occupe dans Le monde de Charlie: ici, c’est carrément l’un des rôles principaux qui lui revient. Puisqu’elle campe Sam, ado aussi belle que délurée. Qui initiera le nerd en chef de l’école aux joies de l’amitié et plus car affinités. Cheveux courts et débarrassée de tout artifice, Watson y est étincelante. Et double toujours son talent naturel d’une vision parfaitement dessinée de son avenir. "Je ne suis pas calculatrice, mais je n’ai pas envie de rater le virage", nous expliquait-elle. Et Emma a donc fort logiquement indiqué récemment "considérer Charlie comme l’une des dernières étapes d’un véritable processus de réapprentissage. Je vais dorénavant aussi considérer les productions plus ambitieuses car je suis désormais prête à supporter plus de pression". Prochain abordage prévu au printemps 2014 avec l’adaptation titanesque, et sans doute un brin mégalo, de l’histoire de L’arche de Noé. Sous le gouvernail de Darren Aronofsky (Requiem For A Dream, Black Swan…) et dans le même bateau que Russell Crowe et Anthony Hopkins. De quoi faire surfer Emma vers une brillante deuxième vie d’actrice. On prend les paris…

 

Le monde de Charlie
Réalisé par Stephen Chbosky. Avec Emma Watson, Logan Lerman, Ezra Miller – 103’.
Dans les salles la semaine prochaine.

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