Le néerlandais, de gré ou de force

Il faut tirer les leçons de la montée en puissance de la NV-A: d'ici deux ans, on aura tout intérêt à parler néerlandais. Vous croyez être un irrécupérable cancre du flamand? Mais avez-vous vraiment tout essayé? 

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Les chiffres sont là. Un Flamand sur deux parle bien le français, alors que seulement un francophone sur cinq maîtrise la langue de Vondel! Ce chiffre des Facultés Saint-Louis date de 2006, mais depuis lors, si les étudiants flamands parlent de moins en moins bien le français (ils ne sont plus qu'un tiers à réussir le test d'entrée en romane contre la moitié en 1980), les francophones, eux, n'ont pas fait de bond spectaculaire "in het nederlands". Pourtant, quand on voit la quantité d'offres d'emploi en Flandre et les ambitions nationalistes du nord du pays, on se dit qu'on n'y coupera pas. Après avoir peiné depuis l'enfance à rejeter le fichu verbe en fin de phrase et à rouler correctement les "r", certains se croient incurables et définitivement incapables d'apprendre le néerlandais. Peut-être n'ont-ils simplement pas encore trouvé la méthode qui leur convient. En voici quelques-unes, plus ou moins efficaces, avec chaque fois une adresse pour la route… U kies!

Maïder Dechamps

Le "cerveau total"

Le principe. On apprend mieux quand on se sent en sécurité et détendu (fauteuils confortables, musique douce). Le professeur parle uniquement néerlandais et s'aide de dessins, d'objets, de mimes pour pousser les élèves à s'exprimer en imitant, par exemple, le geste symbolique du mot appris.

L'avis de la linguiste. Une ambiance détendue favorise davantage l'apprentissage que les locaux "stériles" souvent utilisés. Le fait que le professeur parle exclusivement dans la langue cible est évidemment bénéfique. Les dessins vont aider les étudiants plus visuels et les gestes aideront les apprenants de type kinesthésique, qui retiennent en bougeant physiquement, en "faisant" quelque chose.

Le budget. Abordable pour les cours en groupes (environ 16 €/h), mais cher en (semi-)individuel (environ 50 €/h).

Une adresse. Call International, http://fr.callinter.com ou 02/644.95.95.

L'e-learning

Le principe. Le programme Wallangues propose à tous les Wallons des cours de langues gratuits. Il suffit d'une connexion Internet!

L'avis de la linguiste. Très bonne initiative: les cours proposés sont dynamiques, interactifs et sont basés sur des situations authentiques de la vie quotidienne et professionnelle. Cette méthode peut porter ses fruits si l'élève l'utilise de manière sérieuse et régulière afin de favoriser le développement de ses compétences.

Le budget. C'est gratuit!

Une adresse. Wallangues, www.wallangues.be.

Le "blended learning"

Le principe. Après un audit linguistique complet, l'élève alterne des séances d'auto-apprentissage (e-learning) sur Internet et la supervision d'un prof, de visu, par webcam ou téléphone.

L'avis de la linguiste. La combinaison travail en solitaire, où l'élève s'engage dans la matière, et suivi par un professeur est véritablement gagnante et permet d'éviter que l'élève n'abandonne ses efforts solitaires, ce qui est souvent le cas avec l'e-learning.

Le budget. Variable. Le "prix à l'heure" final dépend de votre assiduité à travailler seul sur Internet, mais comptez 28 € par 1/2 h avec un professeur par téléphone.

Une adresse. Comefica, www.learn-on-line.be.

Le "forcing"

Le principe. Des cours intensifs par groupes de trois à six élèves. Une fois la porte passée, les élèves sont obligés de parler exclusivement néerlandais. Une caution de 20 € est même versée à l'inscription. Surveillé par un superviseur pendant les ateliers et les conversations, l'élève la perdra s'il est "pris" à parler en français (même à la pause!). Les apprenants sont cotés sur leur motivation et leurs progrès.

L'avis de la linguiste. L'idée d'amende (est-ce même légal?) et la présence d'un superviseur font penser à une surveillance policière. La méthode a l'air stressante et favorise la compétition malsaine. On est loin du "cerveau total" et de ses fauteuils confortables!

Le budget. Abordable. Pour deux semaines de cours intensifs, comptez 800 €. Soit une dizaine d'euros de l'heure.

Une adresse. Nederlandse Academie, http://nedaca.be ou 02/218.47.07.  

L'autohypnose

Le principe. En état d'hypnose, notre capacité de concentration et de mémorisation à long terme est augmentée de 50 à 400 %. Après avoir appris (en cours individuel de 4 h) à se placer lui-même en état d'autohypnose, l'élève suit des cours individuels de trois heures suivant la structure "mémorisation, explication, conversation".

L'avis de la linguiste. Je ne connais pas cette méthode mais je ne suis pas sûre que les gens adhéreront à cet état alternatif pour apprendre une langue.

L'avis d'une élève. Carine a 40 ans et a suivi un module de 30 h de néerlandais sous autohypnose. Bonne nouvelle: elle vient de décrocher un emploi à Gand. "Pour quelqu'un comme moi qui avait du mal à parler, par timidité ou peur de mal faire, cela permet d'être beaucoup plus décontracté. On se concentre uniquement sur la voix du prof, donc on assimile mieux la prononciation. Comme les cours sont enregistrés, on peut se les repasser à l'infini pour conforter ses connaissances. Par contre, c'est quand même assez cher. Et ce n'est pas toujours facile de trouver une heure ou deux de calme pour travailler chez soi, surtout quand on a une vie de famille."

Le budget. Cher. Autour de 150-200 € pour la formation à l'autohypnose et 40-45 € l'heure de cours individuel.

Une adresse. ABC Langues, www.abclangues.be ou 02/736.74.36 (une heure de présentation gratuite et sans engagement).

Le multimédia et le chat

Le principe. Des exercices interactifs pour apprendre les bases et, pour ceux qui le souhaitent, la possibilité d'échanger avec les 600.000 "native speakers" du monde entier inscrits sur ce "réseau social" de langues: un Amstellodamois corrige vos exercices, vous corrigez son accent français en ligne…

L'avis de la linguiste. L'idée est intéressante si les "correspondants" natifs prennent le projet au sérieux et s'y tiennent. Autre plus: on assimile mieux les mots quand ils sont présentés dans des phrases en contexte en néerlandais plutôt que dans des listes de mots en colonnes de type "mot en néerlandais", "traduction en français".

Le budget. Bon marché. Comptez 9,90 € par trimestre.

Une adresse. Babbel, www.babbel.com.

L'oreille électronique

Le principe. En français, on utilise des fréquences plus restreintes (de 1.000 à 2.000 Hz) qu'en néerlandais (de 125 à 3.000 Hz), du coup notre oreille "zappe" une partie des infos.  Pour les élèves qui ont une base en néerlandais mais des difficultés de compréhension ou d'expression, l'oreille électronique (un casque audio vibreur) permet de "muscler" leur écoute et de l'adapter aux fréquences étrangères.

L'avis de la linguiste. Certains apprenants font des erreurs parce qu'ils n'entendent pas la différence entre leur prononciation et la prononciation de la langue cible. Cette méthode peut les aider, mais j'éviterais de l'utiliser comme unique méthode d'apprentissage.

Le budget? Plutôt cher. Pour une oreille "moyenne" comptez 80 € pour le bilan d'écoute et 28 €/heure.

Une adresse. Centre Tomatis du Brabant wallon, www.tomatis-bw.be ou 010/65.11.13.

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