Le moine: Cassel en crise mystique

Érotisme noir et trip gothique. Un film qui sème le trouble jusqu'à nous égarer.

39561

Après avoir tourmenté Sergi Lopez dans Harry, un ami qui vous veut du bien et Charlotte Gainsbourg dans Lemming, Dominik Moll plonge Vincent Cassel dans les tourments du péché de chair en adaptant pour le cinéma un chef-d'œuvre de la littérature gothique. Pari risqué. Ecrit par un garçon de 19 ans, Le moine de Matthew Lewis provoqua un scandale retentissant dans l'Angleterre bien-pensante de la fin du XVIIIe siècle.

L'histoire de ce moine capucin qui cède à ses passions physiques plut au marquis de Sade et inspira plus tard les surréalistes. En 1931, Artaud adapte à sa manière ce "poème du mal" aujourd'hui moins connu. Et c'est le principal mérite du film de Dominik Moll: nous faire redécouvrir cette histoire de damnés teintée de catholicisme mystique et d'érotisme noir, alors que la religion a de moins en moins d'impact dans nos sociétés.

Mais étrangement écrasé par la puissance de son récit, le film ne parvient pas à trouver sa propre vibration cinématographique. Dominik Moll recule devant un vrai parti pris de mise en scène et s'égare entre les styles: symbolisme à la Buñuel, esthétique catholique, phrasé bressonnien de certains acteurs ou fantastique kitsch à la Twilight? Le réalisateur ne choisit pas. On regrette d'autant plus cet essai manqué que Vincent Cassel, entre Eros et Thanatos, semblait prêt à se donner corps et âme pour ce rôle de prédicateur torturé par ses passions trop humaines. Ses visions érotiques (malgré la beauté offerte de Déborah François) sont bien trop cliché pour nous tirer des soupirs.

Reste la force dramatique d'une histoire implacable, et le plaisir d'entendre Cassel renier la Vierge et tous les saints en murmurant des psaumes: "Et moi je chanterai ta force, j'acclamerai ton amour au matin, ô ma force, pour toi je jouerai, oui c'est toi ma citadelle, le dieu de mon amour".

Le moine
Réalisé par Dominik Moll (2010). Avec Vincent Cassel, Déborah François, Joséphine Japy, Sergi Lopez – 101'.

<iframe allowfullscreen= » » frameborder= »0″ height= »272″ src= »http://www.youtube.com/embed/P2ajCVye_Y0″ width= »425″></iframe>

Sur le même sujet
Plus d'actualité