Le DRH est un robot

Fin d'année, fin de CDD, temps de refaire son CV. Mais si vous postulez auprès d’une grosse boîte, sachez que votre curriculum vitae sera lu… par une machine. Voici les conseils et les mises en garde pour contre-attaquer.

1123970

Le chiffre a de quoi nous désespérer à tout jamais de décrocher le Graal. Aujourd’hui, plus de neuf grosses entreprises sur dix sont équipées de robots qui filtrent les CV et les candidatures! Il faut dire que certaines multinationales, comme Google par exemple, en reçoivent plus de 75.000 chaque semaine… Et comme l'homme, on le sait, n'est pas une machine, ces nouveaux robots voient leur cote de popularité monter en flèche. Commercialisés à des tarifs de plus en plus abordables, ces logiciels ATS (Applicant Tracking System) se démocratisent et débarquent même à présent dans les petites et les moyennes entreprises. Faut-il pour autant s’avouer vaincu? Si non, quel type de CV faut-il adresser à ces machines? Et ne peut-on pas se montrer plus malin qu’elles et les gruger? La chasseuse de têtes Sidsel Graae décrypte ce nouveau phénomène, rappelle les règles élémentaires en la matière et livre ses tuyaux pour capter l’attention de ces nouveaux DRH robots.

Un CV traditionnel, c’est encore utile pour décrocher un job en 2014?

Sidsel Graae – Plus que jamais! Aujourd’hui, on peut trouver pas mal d’infos sur le Net, mais le curriculum vitae reste le meilleur moyen de présenter ses compétences. Et si le CV en ligne est clairement un atout, je conseille toujours d’envoyer aussi un exemplaire en version papier. On zappe plus facilement un e-mail qu’un courrier.

Alors, c’est quoi un bon CV aujourd’hui?

S.G. –  C’est un CV clair, structuré et surtout court! Deux pages au grand maximum. Inutile donc de retracer tout le parcours de votre vie, même professionnelle. Etendez-vous surtout sur les compétences et l’expérience qui seront utiles pour le job que vous visez. On ne fait donc pas son CV une fois pour toutes, on en réécrit un à chaque candidature.  

On zappe donc les échecs scolaires et professionnels?

S.G. – Non, surtout pas! Ces infos sont souvent disponibles sur le Web et les recruteurs font de plus en plus de vérifications. Aujourd’hui, je conseille même de préciser -brièvement! – les raisons de ces échecs. Même si un C4 est le résultat d’un manque d’expérience. En revanche, contrôlez tout ce que vous postez sur les réseaux sociaux. Pour certaines entreprises, on le sait, c’est un prolongement de votre CV…  

Que penser de ces robots qui filtrent aujourd’hui les candidatures dans de nombreuses compagnies?

S.G. – C’est devenu une nécessité. Aujourd’hui, on le sait, un recruteur passe entre 5 et 10 secondes sur un CV. Difficile de faire plus rapide… Alors, lorsque vous en recevez 2.000 par jour, vous êtes obligé de faire appel à ces machines.

Comment fonctionnent-elles?

S.G. – Pour trouver le candidat idéal, ces logiciels vont identifier des compétences recherchées, mais aussi recouper les dates et les plages d’expérience ou vérifier sur le site Web de votre ex-université si vous y avez bien été gradué.

Difficile de ne pas y voir une déshumanisation d’un processus ultrahumain par définition, non?

S.G. – L’ATS doit être vu comme un outil complémentaire. Après ce premier tri effectué par ces logiciels, un recruteur humain prend bien sûr le relais. Mais il est vrai que ces machines peuvent être utilisées à bon ou à mauvais escient…   

Quel CV réaliser pour "séduire" ces machines?

S.G. – Comme ces logiciels fonctionnent par mots-clés, il est capital de reprendre les termes exacts qui figurent dans la description du job visé. Expérience, formation, qualités requises, intitulé du poste… Et on n’oublie pas de soigner son orthographe. Un mot-clé avec une faute risque d’être pris pour un autre mot…   

Ces robots laissent donc forcément filer de bons candidats!

S.G. – C’est clair. Mais les humains aussi… Il suffit que votre CV soit le 101e de la journée ou que le téléphone du recruteur sonne au moment où il comptait l’examiner.

Peut-on tromper ces robots?

S.G. – Oui… Si on écrit de fausses compétences avec une police de couleur blanche, par exemple, elles seront détectées par le robot mais n’éveilleront pas les soupçons du recruteur car elles seront invisibles pour lui. Mais c’est une très mauvaise idée! Vous risquez de décevoir votre futur employeur qui s’apercevra vite que vous n’avez pas les qualités requises.

Quel format utiliser pour envoyer ces nouveaux CV par e-mail?

S.G. – Pour éviter tout problème de compatibilité entre Mac et PC, je recommande de l’envoyer en PDF. Et il ne sert à rien de bombarder d’e-mails votre interlocuteur. En l’absence de réponse, on prend son téléphone pour le joindre et savoir pourquoi ce CV n’a pas suscité leur curiosité. D’autant que ces robots peuvent très bien vous avoir zappé uniquement parce que vous n’avez pas utilisé certains mots-clés.

D’après une récente étude, 50 % des CV envoyés n’afficheraient pas les compétences requises pour le job visé…  

S.G. – Ces candidats ont néanmoins raison de les envoyer! Car les critères recherchés par les entreprises sont de plus en plus élevés. Parfois trop. Il faut posséder trois degrés de master, avoir maximum 30 ans mais déjà 20 ans d’expérience… Ce n’est pas réaliste. Les recruteurs cherchent alors le meilleur compromis parmi les prétendants et vous pouvez donc décrocher un job même si vous ne correspondez pas tout à fait au profil recherché.

Aujourd’hui, on trouve des centaines de variantes de CV sur le Net. Avec la généralisation de ces robots, ne peut-on pas y puiser un modèle-type?  

S.G. – Un bon CV doit au contraire être ancré culturellement. Si vous visez une compagnie américaine, par exemple, vous vous exprimerez bien sûr en anglais, mais vous bannirez systématiquement toute une série d’informations. Aux Etats-Unis, cela fait vingt ans qu’on ne joint plus de photo à son CV et qu’on n’y mentionne plus son état civil, son adresse postale, ni même son sexe et son âge! Toutes ces infos sont jugées discriminatoires. Ici, en revanche, si vous précisez juste votre nom et votre e-mail, on pensera certainement que vous avez quelque chose à cacher!

Sur le même sujet
Plus d'actualité