Le CEB est-il plus facile?

Neuf élèves sur dix réussissent l'épreuve de sixième primaire. Mais certains ne l'estiment pas assez exigeante. Qu'en était-il il y a vingt-cinq ans? On a tenté l'exercice périlleux de la comparaison.

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L'heure approche. Du 17 au 21 juin, les élèves de sixième primaire vont passer l'épreuve du certificat d'études de base, ultime obstacle avant d'entrer dans la cour des grands. Un exercice qui n'a pas toujours été obligatoire et unifié. On se souvient des "examens cantonaux" de l'enseignement officiel, "diocésains" du libre, ou d'épreuves internes pour certains établissements. Mais depuis 2009, les "sixième primaire" sont tous soumis aux mêmes questions.

Vu la haute valeur polémique ajoutée que supporte l'enseignement, le CEB nouvelle mouture n'a pas échappé à son lot de critiques. Prenez les taux de réussite. En 2012, 91,75 % des élèves obtenaient la moitié des points, condition nécessaire pour décrocher immédiatement le Graal. Un chiffre, a priori bon, qui ne peut toutefois cacher des moyennes plutôt faiblardes, avec 72 % en français et 75 % en maths. En janvier dernier, la députée MR Françoise Bertieaux ruait dans les brancards, désirant "lever le tabou" de l'obtention du CEB à partir de 50 % des points. Trop bas, selon elle, ce seuil ne "permettrait pas d'aborder le secondaire en sérénité". Les résultats de 2012 de l'épreuve du CE1D, passée à la fin de la deuxième secondaire principalement sur le français et les maths, confortent la thèse de Bertieaux. Un élève sur cinq y échoue. Pire: la moitié des étudiants ont été busés dans une des deux matières.

Archives égarées

Alors, l'examen du CEB serait-il devenu trop facile? Qu'en était-il pour la génération précédente? Moustique a cherché à comparer avec un examen cantonal d'il y a vingt-cinq ans. Premier enseignement: obtenir une copie de l'épreuve relève du parcours du combattant. On a contacté une vingtaine d'établissements. Entre les changements de direction et les retraites des anciens instits, les copies des examens semblent s'être partout évaporées. Des archives de la Ville de Bruxelles à celles des provinces en bifurquant vers l'un ou l'autre "ancien" du milieu éducatif jugé particulièrement conservateur, on a tout tenté. En réalité, c'est du côté de l'inspection du primaire qu'il faut chercher, même si ses services ne semblent pas avoir conservé d'archives ordonnées. C'est la "chef"des inspecteurs, Arlette Vanderkelen, qui a d'ailleurs elle-même fouillé ses armoires et retrouvé une épreuve de 1988.

Entre-temps, une inspectrice nous avait prévenu: "Attention de comparer ce qui est comparable. Depuis 2007, l'épreuve est rédigée par un groupe composé d'inspecteurs, de conseillers pédagogiques, d'instituteurs et de représentants de la Commission de pilotage. Avant, chaque inspecteur produisait sa propre épreuve et gérait seul l'organisation de l'examen. Il était donc différent dans chaque canton".

A première vue, l'aspect de l'examen cantonal de 1988 et celui du CEB cru 2012 symbolisent assez bien l'évolution de l'épreuve. "A l'époque, on collait les extraits de texte nous-mêmes, on gérait les photocopies, on tapait à la machine, se rappelle Arlette Vanderkelen. Maintenant, l'artisanat, c'est fini. Mais certaines choses n'ont pas tant évolué. Ainsi, la manière de poser les questions, dans la forme, est assez semblable."

Les épreuves de mathématiques sont un bon exemple de continuité. Relookées (on calcule des m2 de terrains de basket, plus forcément des m3 de pots de peinture), elles conservent de multiples similitudes avec leurs ancêtres. Exercices sur les formes et les volumes, grandeurs à gogo et arithmétique de base sont toujours au rendez-vous.

Moins de "par cœur"

Ce qui a disparu, par contre, ce sont les appellations classiques. Aujourd'hui, on ne dira plus "grammaire et conjugaison", mais plutôt "savoir écrire". Ce changement induit également que l'analyse des temps ou des mots a perdu en importance. D'un point de vue général, l'esprit de l'épreuve, aussi, a été sensiblement modifié. Eddy Etienne, qui s'occupait de l'élaboration des examens pour Bruxelles, avant sa retraite, explique: "Un glissement s'est opéré. On est passé progressivement d'une formule influencée par l'apprentissage par cœur vers un examen où la réflexion de l'enfant prime".

Contrairement à 1988, par exemple, on ne demande plus aux élèves de citer les provinces de Belgique. A la place, une carte avec leurs noms fournie en annexe et des indications cardinales (à l'est du Brabant wallon, très près de la frontière française, dans le Hainaut) l'aideront à situer les communes de Perwez et Dour sur une carte de Belgique.

Finie la dictée

Dans la nouvelle mouture du CEB, la dictée pure et dure a disparu. L'orthographe est examinée à travers ce que l'enfant écrira, par exemple, dans le cadre de l'expression écrite. Mais la différence la plus frappante se situe dans la taille du portfolio de documents. En 1988, ceux-ci appuyaient avant tout la compréhension à la lecture, là où le CEB 2012 propose aussi des textes pour répondre aux questions de sciences, d'éveil et d'histoire.

Ce va-et-vient constant entre les documents, les indices qu'ils offrent parfois généreusement et les questionnaires peut donner l'impression que les anciens tests étaient plus costauds autrefois (et d'un aspect plus rigide aussi). "Je ne pense pourtant pas qu'on ait facilité la vie des enfants, explique Arlette Vanderkelen. Toutes les épreuves sont mélangées entre elles et si des questions ont disparu, c'est parce qu'elles ne sont plus certifiables selon le socle des compétences." Voté en 1998 par la Communauté française, c'est bien lui qui donne le ton des CEB. Ainsi, certaines matières qui sont parfois enseignées en classe ne sont pas soumises à l'examen. Mais cela ne veut pas spécialement dire que vos chères têtes blondes ne les maîtrisent pas avant leur entrée dans le secondaire. De quoi répondre (en partie) à l'une ou l'autre interrogation et angoisse parentales?

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