Le bonheur: "Pour être heureux, il ne faut pas trop essayer de l'être"

On ne cesse de nous parler du "bonheur facile". Au point de nous faire déprimer, par moments. Et si, au-delà des "petits trucs" qui amènent des plaisirs éphémères, être heureux, c'était paradoxalement avoir le courage de faire face aux difficultés?

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Moustique se penche sur la question dans un dossier à découvrir ce 20 août en librairie.

Rencontre avec Renaud Gaucher,économiste du bonheur et chercheur à l'Ifas, cabinet de changement comportemental en entreprise. Il participera au débat "Le bonheur, à quel prix?", lors de la Fête des Solidarités, le 30/8 à Namur.

Selon vous, c'est quoi le bonheur?

Renaud Gaucher – Il y a plusieurs définitions. En philosophie, il y a l'approche hédonique, où le bonheur est lié au plaisir, et l'approche eudémonique, où il est lié à la réalisation de soi. En psychologie, il y a la théorie de l'autodétermination qui pointe les trois conditions majeures pour être heureux: l'autonomie, le sentiment de compétence et les relations positives avec les autres. Le bonheur se définit aussi en tant que bien-être subjectif, soit la satisfaction envers sa propre vie.

Est-ce qu'il n'y a pas aujourd'hui une confusion entre le bonheur hédonique et eudémonique? Pour nous réaliser, sommes-nous poussés à être dans une succession ininterrompue de plaisirs?

R.G. – Les deux ne s'excluent pas, certaines études tentent même d'évaluer l'équilibre qu'il faut trouver entre les deux pour être heureux. Mais il est vrai qu'il peut y avoir une injonction et une tyrannie du bonheur. Cela peut être très dangereux. On a le droit de ne pas être heureux!

Que faire pour être plus heureux?

R.G. – On sait que les gens qui ont des stratégies de maximisation (être le plus heureux possible) sont souvent moins heureux que ceux qui ont une stratégie de satisfaction (être au-dessus d'un certain niveau). Il faut donc éviter de trop essayer d'être heureux. A part ça, on peut développer ses compétences sociales, être gentil, développer sa gratitude, trouver du temps pour des activités qui nous rendent heureux, voir des amis, passer du temps en couple. A partir d'un certain seuil de richesse, atteint par la plupart dans nos pays, ce n'est pas avoir plus d'argent qui rend plus heureux, mais avoir plus de temps.

Comment intégrer les malheurs inévitables dans notre quête de bonheur?

R.G. – Tenter de réduire les émotions négatives est une bonne stratégie… jusqu'à un certain seuil. Parce que si on les fait complètement disparaître, on perd non seulement une partie du sens de la vie, mais aussi sa capacité de résilience, de rebondir face aux difficultés. Chercher à être "trop" heureux peut alors s'avérer dangereux.

Est-ce que le bonheur s'achète?

R.G. – C'est ce que promettent certaines marques. Mais on sait que pour être plus heureux, mieux vaut acheter des expériences que des biens. La fréquence des émotions positives est plus importante pour le bonheur que leur intensité. Donc, avec 1.000 €, on fait peut-être mieux d'aller 40 fois au restaurant que de s'offrir un voyage d'une semaine au bout du monde.

Le bonheur, est-ce aussi la responsabilité des politiques publiques?

R.G. – Elles ont une incidence sur le bonheur. Mais le bonheur reste quelque chose de personnel et un Etat qui veut aller trop loin, trop se mêler du bonheur des gens, c'est un régime totalitaire. La liberté est indispensable au bonheur.

Quelles sont les politiques publiques qui pourraient augmenter le bonheur de la population?

R.G. – D'abord, une justice réparatrice où l'on met la victime au centre et où le responsable doit essayer, dans la mesure du possible, de neutraliser au maximum les dégâts causés plutôt que de croupir en prison. Au niveau de l'école, il faudrait valoriser autant les intelligences émotionnelles et sociales que l'intelligence cognitive, la seule qui compte pour l'instant. Et au niveau du travail, encourager le télétravail dont des études montrent qu'il augmente le bien-être des employés. Faire ces trois choses augmenterait de beaucoup le bonheur du plus grand nombre.

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