Le baiser – Embrasse-moi, idiot

Bécot, pelle, poutou, patin, galoche… Le baiser, furtif ou appuyé, tendre ou passionné, est synonyme d’amour. Chez nous comme ailleurs. Mais pourquoi s’embrasse-t-on?

1280371

Les embrassades sont parmi les gestes les plus répandus sur la planète. Certes, les formes diffèrent selon les cultures mais le principe demeure: on joint les joues et parfois les lèvres afin de créer un contact qui exprime l'amour, mais aussi l'amitié ou simplement le respect. Pourquoi ce geste-là et pas un autre? Il est probable que l'explication remonte très loin dans notre passé évolutif. En tout cas, on retrouve des habitudes très similaires chez d'autres espèces. Songez aux éléphants qui s'enroulent langoureusement les trompes, aux jeunes singes qui se roulent volontiers des pelles ou aux couples de perruches qui se bécotent tendrement sur leur perchoir. On se dit alors que ces rituels ont sûrement un sens. Mais lequel?

La première explication fait appel au toucher. Les lèvres et les joues sont des parties douces et sensibles du corps. Cela transparaît dans une série de gestes que l'on effectue machinalement comme de porter à la bouche des objets dont on veut tester la température ou la texture. Ce réflexe est même tellement ancré chez les bébés que les psychanalystes parlent du stade oral comme de la première étape dans l'évolution libidinale. Partant de ce constat, on peut tout à fait considérer le baiser comme une forme rudimentaire d'exploration de l'autre, pour laquelle on utiliserait la partie du corps la plus riche en terminaisons nerveuses de toute nature, le visage et la bouche. 

Pheromones parties

La deuxième explication n'exclut pas la première, elle la complète en faisant appel au sens de l'odorat. Celui-ci joue un rôle plus important qu’on le croit généralement dans les relations humaines. Le baiser serait ainsi utilisé comme un artifice pour se rapprocher de l'autre et le renifler. Ce faisant, on pourrait plus facilement repérer ceux et celles avec qui on possède des atomes crochus.

Depuis une vingtaine d'années, de nombreuses expériences montrent effectivement qu'hommes et femmes reconnaissent assez facilement leurs odeurs respectives et que celles-ci se trouvent différemment appréciées selon les individus. Mieux même! Lorsqu'on analyse le bagage génétique des individus qui s'attirent, on s'aperçoit qu'ils se complètement harmonieusement, alors que ce n'est pas le cas de personnes qui s'indiffèrent ou qui se répugnent.

En clair, on apprécie l'odeur de ceux qui présentent une bonne compatibilité chromosomique, ce qui est de bon augure dans la perspective de laisser une descendance saine et robuste. Comme quoi, l'amour aussi passe par le nez. C'est tellement vrai qu'aux États-Unis se développe actuellement la mode des "Pheromones parties" réunissant des célibataires qui amènent un sac en plastique contenant un tee-shirt qu'ils ont préalablement porté trois nuits d'affilée. Pour trouver l’âme sœur, les participants doivent simplement humer les vêtements des uns et des autres!

Héritage préhistorique

Enfin, il existe une troisième théorie qui nous est proposée par le biologiste anglais Desmond Morris. Selon lui, l'habitude du baiser nous vient d'une époque très ancienne où l'alimentation des bébés passait par la mère. À la manière des oiseaux, les hominidés mâchaient probablement les aliments durs (viandes crues, racines) pour les glisser ensuite dans la bouche de leurs rejetons. En s'embrassant, on réveillerait cette sensation agréable enfouie dans notre cerveau le plus profond.

L'explication est séduisante. Mais on se demande pourquoi ce baiser florentin (avec la langue) ne s'est pas perpétué au sein des familles plutôt que dans sa fonction actuelle de préliminaires amoureux. Bien des mystères demeurent donc sur ces petits gestes d'apparence anodine et pourtant riches de nombreux secrets.

Sur le même sujet
Plus d'actualité