Le baclofène: la molécule qui soigne l’alcoolisme?

Tout le monde en parle comme de la révélation médicale de la décennie: le baclofène. Le seul médicament qui guérit de l'alcoolisme.

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Pour déjouer le piège de l'addiction à l'alcool, quantité de traitements ont été essayés. En vain! Comme les psychothérapies restaient elles aussi très imparfaites, le constat d'échec était patent jusqu'à ce qu'on découvre récemment les avantages d'une molécule appelée "baclofène". À l'origine, il s'agit du principe actif d'un myorelaxant (le Liorésal) prescrit contre les contractions musculaires douloureuses chez des personnes atteintes de lésions cérébrales après un accident ou une maladie comme la sclérose en plaques. Rien à voir avec l'alcool! Mais le baclofène se targue aussi d'atténuer la sensation de manque chez le patient alcoolique en phase de sevrage.

Le médecin qui fit cette découverte s'appelle Olivier Ameisen. Son histoire est très étonnante. Cardiologue français exilé aux Etats-Unis, il apparaît aux yeux de tous comme un homme comblé. En réalité, il est rongé de l'intérieur par "un sentiment angoissant d’imposture", écrit-il dans son livre Le Dernier Verre (éditions Denoël, 2008), et sombre dans l'alcoolisme. Au début des années 2000, il mène sur lui-même une expérience qui consiste à prendre du baclofène à des doses nettement supérieures à celles habituellement prescrites. Il se base pour cela sur des études menées auprès de rats de laboratoire rendus alcoolo-dépendants que l'on parvient à sevrer sans trop de difficultés grâce à ce traitement. Et ça marche! En quelques jours, il s'affranchit de l'emprise de l'alcool. Depuis lors, il parcourt le monde pour populariser cette méthode d'une efficacité incomparable, selon ses dires.

Snobé par les labos

À ce stade de l'histoire, on aurait pu penser que les chercheurs s'engouffreraient dans cette brèche pour mettre au point les modalités du traitement. C'est mal connaître le fonctionnement de la pharmacologie. Car pour débloquer les millions d'euros nécessaires à une étude rigoureuse, il faut évidemment que les perspectives de gains soient à la hauteur de l'investissement. Or, le baclofène n'est plus couvert par le moindre brevet. Ce qui signifie que n'importe quelle compagnie peut le produire à bon marché sans payer de royalties. Du coup, la molécule n'intéresse personne. Et sans dossier, elle ne peut évidemment pas prétendre à une autorisation de mise sur le marché (AMM). Quant aux patients désireux de tenter malgré tout l'aventure, il leur faut soit trouver un médecin complice qui accepte de prescrire le médicament en dehors de ses indications, soit s'approvisionner sur Internet sans aucune garantie de fiabilité du produit. Mais depuis juin 2011 et le don anonyme d'un demi-million d'euros d'un patient lui-même guéri par cette nouvelle thérapie, des travaux ont enfin été initiés à l'université d'Amsterdam. Parallèlement, des recherches ont lieu actuellement en France et en Allemagne. On saura donc bientôt si le traitement tient ses promesses.

L'avenir nous le dira!

Pour être reconnu comme une nouvelle thérapeutique de sevrage, le baclofène devra faire la preuve de son efficacité en double aveugle contre placebo. Une étape difficile, mais que la molécule devrait franchir sans écueil. C'est en tout cas ce que l'on pressent sur la base des témoignages très favorables qu'elle recueille déjà un peu partout dans le monde. Ensuite, il lui faudra prouver que les désagréments de son utilisation ne sont pas supérieurs aux bénéfices escomptés. A priori, cela ne pose pas non plus d'insurmontables problèmes. Certes, la prise de baclofène se caractérise par une kyrielle de symptômes désagréables comme la fatigue, des accès de faiblesse, des nausées, des vertiges, des maux de tête, des insomnies. Mais rien de comparable aux affres de l'alcoolisme. Plus important encore: le risque d'accident par surdosage paraît faible (sauf en cas d'insuffisance rénale). Et tout cela plaide plutôt en faveur du nouveau médicament.

Mais il faut rester prudent. Il s'agit d'un nouveau traitement à vie et beaucoup d'éléments font encore défaut, notamment dans le dosage et les interactions possibles avec d'autres substances. Il ne faudrait pas que cette médication s'apparente à un remplacement d'une drogue par une autre. Par le passé, il est arrivé que l'on se persuade des mérites d'un nouveau médicament pour s'apercevoir, quelques années plus tard, qu'il générait des problèmes plus graves que ceux qu'il était censé résoudre. Le plus bel exemple nous est offert par la morphine qui fut prescrite à ses débuts au XIXe siècle pour sevrer les personnes dépendantes de l'opium. Et lorsqu'on s'est aperçu que les anciens opiomanes étaient devenus morphinomanes, on inventa une nouvelle molécule pour les débarrasser de leur addiction. Son nom? L'héroïne!

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