L’Apollonide – Souvenirs de la maison close

Somptueux, décadent, dérangeant. Avec le brio d'un Visconti, Bertrand Bonello (Le pornographe) reconstitue l'atmosphère crépusculaire d'une maison close dans le Paris de la fin du XIXe siècle.

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Sans choisir un point de vue unique mais en racontant le destin d'une dizaine de filles en quasi-huis clos, le film prend le parti de perdre le spectateur dans l'univers fantasmatique d'un bordel. Clients fétichistes, sadiques ou amoureux, putains encore jeunes ou désabusées, mère maquerelle tendre et cruelle (terrible Noémie Lvovsky), la caméra passe d'une figure à l'autre, d'une chambre à l'autre, visite la cuisine et la salle de bains comme les dessous fendus des filles.

C'est Au bordel ce soir (excellent documentaire de Didier Verbeek pour la RTBF), version Belle Époque.

La grande réussite du film est de parvenir à capter ce qui constitue l'essence d'un lieu, fuyant comme les éclats d'un souvenir. Bruissements de robes et de dentelles, éclats du champagne dans les verres de cristal, parfums capiteux, le cinéma de Bonello révèle une puissance d'évocation rare.

Mais si le film parvient à percer le secret puissant de la prostitution au temps des maisons closes – rappelons qu'elle ont fermé en France en 1946 -, il n'en dresse pas pour autant une apologie, alors que leur réouverture est toujours en débat.

Les scènes fantasmatiques alternent avec les scènes d'un réalisme plus cru qui ne nous épargne rien de la syphilis ni de l'épuisement moral des filles. En contrepoint de la maison close, la scène de la baignade qui constitue l'unique scène en extérieur du film, apparaît donc comme un vivant appel à la liberté, digne d'un tableau de Renoir.

S'il cède à la fascination douloureuse de ce qu'il dénonce, le film interroge finalement le spectateur sur sa propre pratique de cinéma. Bonello cherche à renvoyer le spectateur au rôle de client. Et il y parvient brillamment. À méditer.

L'Apollonide – Souvenirs de la maison close
Réalisé par Bertrand Bonello (2011). Avec Céline Sallette, Noémie Lvovsky, Hafsia Herzi, Jasmine Trinca. 125'.

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