Lana Del Rey: Retour au naturel

La chanteuse américaine oublie les poses glamour vintage pour dévoiler toute sa fragilité. Bluffant. (Ecoute intégrale et gratuite)

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Lancée maladroitement comme une icône hollywoodienne au passé entièrement scénarisé par des conseillers en marketing, Lana Del Rey a bien failli ne pas survivre au succès de "Born To Die" (2012), écoulé à plus de huit millions d'exemplaires. Après avoir été surexposée, la chanteuse a connu des problèmes de santé, frôlé la dépression, subi un backlash aussi disproportionné que sa mise prématurée au pinacle et même évoqué plus ou moins officiellement son souhait de mettre un terme à sa carrière. Mais elle a eu le mérite de tenir bon et de faire le ménage autour d'elle.

Sobre, parfois mal maîtrisée mais finalement touchante dans ses imperfections, sa tournée mondiale qui s'était arrêtée à deux reprises chez nous (Rock Werchter, Forest National) avait déjà montré que derrière les poses tout droit sorties d'un plan-séquence de David Lynch se cachait une femme fragile et en proie aux doutes. C'est justement cette double facette que Lana Del Rey met en évidence sur son nouvel album "Ultraviolence". Ce disque a été réalisé à Nashville par Dan Auerbach, moitié du duo The Black Keys et producteur le plus coté du moment. "Au début, ça s'est plutôt mal passé", confiait-il récemment au New Musical Express. "L'idée était de tout mettre en boîte en quelques jours. Mais il y a eu des prises de becs. Je me rendais compte que Lana voulait montrer qu'elle n'était plus la fille docile de "Born To Die". Mais même si on s'engueulait régulièrement, on finissait quand même nos journées de travail en dansant sur les chansons que nous venions d'enregistrer. C'était plutôt bon signe."

La danse à laquelle fait allusion Auerbach doit être un nouveau genre de slow qu'on qualifiera de "crépusculaire". "Ultraviolence" regorge en effet de ballades nonchalantes où se mêlent éléments pop, rock et blues. Auerbach sort quelques solos de guitare bien tranchants (sur le nouveau single Shades Of Cool qui porte merveilleusement bien son nom), mais il fait toujours attention de laisser de l'espace à la voix de Lana Del Rey. Troublante, hésitante, encore parfois trop langoureuse (Cruel World), celle-ci sert parfaitement des textes évoquant les méandres relationnels et les amours impossibles. "Ils disent que je suis trop jeune pour t'aimer", chante Lana sur Brooklyn Baby avant d'épancher ses peines de cœur sur Pretty When You Cry.

Les références aux icônes sont encore là, mais elles ne sonnent plus de manière superficielle comme sur "Born To Die". Elle s'inspire ainsi de L'orange mécanique de Kubrick dans Ultraviolence, cite Lou Reed dans Brooklyn Baby et fera taire tous ses détracteurs avec sa reprise de Nina Simone The Other Woman qui clôture l'album. Moins fashion, plus chanteuse, c'est la Lana qu'on attendait…

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