L’aigle de la neuvième légion: Les G.I. de Rome

Un film qui mélange brillamment péplum classique et engagement politique. On lève le pouce!

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Commençons par un paradoxe. La meilleure idée de L'aigle de la neuvième légion (The Eagle) est de sous-utiliser les grosses pointures du générique: Donald Sutherland la joue profil bas et Tahar Rahim, révélation de Un prophète, campe le chef d’une tribu dont les guerriers se recouvrent de cendres pour ne pas être reconnus.

En revanche, le film met en avant Jamie Bell (Billy Elliot) et Channing Tatum, qui affichait un charisme niveau zéro dans G.I. Joe mais qui, ici, incarne bien le stoïcisme et la force brute du guerrier. L’autre bonne idée de The Eagle est de ne pas tenter une simple mise à jour des canons du péplum, à la suite des Ben-Hur, Spartacus et autres Gladiator,mais de proposer une métaphore sur l’engagement américain aux quatre coins du monde. Bien vu.

Marc Aquila (Tatum), un valeureux centurion se met en tête de laver l’honneur de son père, disparu alors qu’il commandait la neuvième légion. L’objectif du fiston: retrouver quelques membres de la troupe des 5.000 hommes que commandait papa ainsi que leur emblème, l’aigle d’or. Accompagné de son esclave Esca (Jamie Bell), Aquila devra se rendre au-delà du mur d’Hadrien, frontière entre le monde connu des Romains et une contrée hostile, dont Esca possède de larges connaissances. Soudain, le dominant a besoin du dominé pour espérer survivre. Un clin d’œil subtil du réalisateur Kevin McDonald: "Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce sont des acteurs américains qui incarnent les Romains. C’est comme au Vietnam ou en Irak: les forces américaines y sont arrivées en conquérantes, mais la plupart de leurs combattants n’ont dû leur salut qu’à la connaissance du terrain apportée par les autochtones. D’ailleurs, si vous remplacez le mot Rome par le mot Etats-Unis, vous obtenez une autre lecture du film".

Mais le message subliminal ne parasite jamais cette histoire de quête très rythmée, alternant le gore de combats spectaculaires avec quelques jolies percées d’émotions. Parfois très mode d’emploi dans sa construction, ce qui lui fait perdre un peu de puissance, le film mérite pourtant le détour. Car malgré ses faiblesses, The Eagle vole nettement plus haut que la majorité des péplums sortis ces dernières années.

Frédéric Vandecasserie

L'aigle de la neuvième légionThe Eagle
Réalisé par Kevin McDonald (2010). Avec Jamie Bell, Channing Tatum, Donald Sutherland – 115'.

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