L’affaire Dutroux, 20 ans déjà

Julie et Mélissa ont été enlevées par Marc Dutroux le 24 juin 1995. A travers un docu-fiction inédit, RTL-TVI et Georges Huerc'o reviennent sur ce drame qui a bouleversé tout le pays.

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Il fait beau, ce samedi 24 juin 1995. Julie Lejeune rejoint son amie Mélissa Russo chez elle, à Grâce-Hollogne. Elles veulent répéter une danse pour la fête de l’école. Les fillettes jouent un moment dans la chambre de Mélissa puis demandent à la mère de cette dernière l'autorisation d'aller sur le pont qui enjambe l’autoroute pour faire signe aux voitures. Mélissa y va souvent avec son grand frère, elle veut faire découvrir l’endroit à son amie. Carine Russo accepte mais insiste pour que les filles surveillent l’heure; Louisa, la maman de Julie, doit venir rechercher sa fille à 18h30. A 17h30, Carine prend son vélo et part à la rencontre de Julie et Mélissa. Celles-ci restent introuvables. C’est le début d’une interminable angoisse. Louisa arrive et les deux mamans font ensemble le tour du quartier, téléphonent aux copains de classe. Mais rien. A 18h45, elles avertissent les gendarmes. Une campagne d’affichage est lancée. Le lendemain matin, les Belges apprennent la disparition de Julie Lejeune et Mélissa Russo.

Quatorze mois plus tard, le 17 août 1996, l’horreur éclate: les corps des petites filles ont été retrouvés sous le jardin de Marc Dutroux, à Sars-la-Buissière. Ce ferrailleur de 40 ans avait été arrêté deux jours plus tôt suite à l’enquête liée à une autre disparition, celle de Laetitia Delhez, 14 ans, survenue le 9 août 1996 à Bertrix. La camionnette blanche ayant servi à l’enlèvement de la jeune fille a permis de remonter la piste de Dutroux. Sa femme, Michelle Martin, et son comparse Michel Lelievre ont aussi été interpellés. Puis l'homme d'affaires Michel Nihoul, qu'on soupçonne d'être également complice. 

Laetitia avait rejoint Sabine Dardenne, 12 ans, enlevée trois mois plus tôt, dans une minuscule cache aménagée par Dutroux dans la cave de sa maison de Marcinelle. C’est dans cette pièce sordide que Julie et Mélissa ont passé plusieurs mois de sévices, avant de mourir de faim et de soif en mars 1996. Leur bourreau avait été envoyé en prison pour une autre affaire début décembre 1995. Son épouse, Michelle Martin, était chargée de les nourrir pendant ses 104 jours d’incarcération. Sabine et Laetitia ont, elles, pu être retrouvées vivantes.

C’est donc l’enlèvement de Laetitia qui aura conduit à l’arrestation de celui qui avait aussi enlevé Julie, Mélissa, Sabine, mais aussi An et Eefje, deux adolescentes dont les corps seront retrouvés à Jumet. Un documentaire produit par la chaîne de télévision flamande VTM retrace le déroulement de l’enquête, du premier interrogatoire du monstre de Marcinelle jusqu’à son procès en 2004. Ce docu-fiction sera diffusé ce 3 février sur RTL-TVI, dans le cadre d’une émission spéciale consacrée aux 20 ans de l’affaire Dutroux, présentée par Julie Denayer et Georges Huercano.

Georges Huercano, vous avez suivi l’affaire Dutroux dès ses débuts. Vous travailliez à l’époque pour la RTBF.

George Huercano – Oui, pour le magazine Au nom de la loi. Cette affaire a créé un séisme parmi les journalistes: il y avait deux camps, l’un soutenant la thèse des réseaux, l’autre celle du prédateur isolé. Les deux thèses divisaient également la magistrature et la police. D’après moi, tous les éléments factuels montraient que Dutroux travaillait pour lui seul. L’idée des réseaux est née du fait que Dutroux disait aux filles que lui était le gentil qui les protégeait du chef qui était très méchant. Il tenait des propos semblables à ses comparses ("J’ai des clients, il faut qu’on enlève des filles"). Mais c’était juste une ruse pour les maintenir sous son emprise.

Le documentaire que vous allez diffuser reconstitue bien, avec des acteurs, cette manipulation exercée par Dutroux sur ses petites victimes: au moment où il ouvre la cache avec les enquêteurs, il rassure Sabine et Laetitia: "C’est moi, les filles", leur dit-il. Elles craignaient de sortir parce qu’il n’était pas seul.

G.H. – Oui, les dialogues ont été tirés des dossiers, ils ne sonnent pas faux et les acteurs interprètent très bien chaque personnage. Les reconstitutions plongent le spectateur au cœur de l’enquête, illustrent le jeu tactique du chat et de la souris. Parallèlement à la traque des policiers, on assiste à la longue attente des parents laissés dans l’ignorance.

Jean Lambrechts, le père d’Eefje, a tenté de s’opposer à ce docu-fiction. Quelle est l’attitude des autres parents?

G.H. – Paul Marchal, le père d'An, s’exprime dans le film. Jean-Denis Lejeune, que nous avons contacté, ne veut plus parler de cela, pas plus que Gino Russo à l’heure actuelle. La plupart des parents se sont plaints à l’époque d’avoir été peu écoutés. L’affaire Dutroux a révolutionné le monde judiciaire. Depuis, les victimes ont accès au dossier.

Cette affaire a aussi révolutionné la société… Désormais les parents n’osent plus laisser sortir leurs enfants seuls.

G.H. – Alors que le risque d’enlèvement est extrêmement minime… La plupart des agressions sexuelles se déroulent dans le cercle familial.

 

La suite de l'interview dans le Moustique du 28 janvier 2015

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