La vie en Samba d’Omar Sy

Installé à Los Angeles pour protéger les siens après le succès d'Intouchables, Omar Sy interprète aujourd'hui Samba, l'histoire d'un travailleur illégal qui croise une cadre sup en sortie de burn-out. Son pays, les Etats-Unis, le succès, les cours de cuisine, ses origines... L'acteur préféré des Français se livre. Comme rarement.

1202425

Omar Sy est né à Trappes. Près de Paris. Et si loin aussi finalement. Là où l'on ne se permet même pas de rêver sa vie au soleil. Il y a des distances que l'on ne peut pas imaginer parcourir. Après ses premières armes à Radio Nova, il fait les belles heures de Canal Plus en duo avec son ami Fred Testot. Dans le Service après-vente des émissions, ils créent des personnages hauts en couleur: Doudou le chanteur approximatif, le fan de soirées échangistes, François le Français ou Super Connard. Ça ne vole jamais bien haut. Mais c'est toujours hilarant. Les jeunes adorent. Et les parents sourient aussi. Signe qu'un phénomène est en train de naître.

Olivier Nakache et Eric Toledano, jeunes réalisateurs de cinéma, ne s'y trompent pas. Et voient le potentiel d'Omar Sy. Ils l'engagent dans un court métrage. Et alors que personne dans le métier n'y croit vraiment, en font très vite leur acteur fétiche. Pour eux, il sera animateur de colonie de vacances dans Nos jours heureux. Un jeune interne en médecine débarqué dans une famille de dingues dans Tellement proches. Et bien sûr Driss, le jeune Sénégalais qui devient l'auxiliaire de vie d'un patient tétraplégique dans Intouchables.

Vingt millions d'entrées plus tard, Intouchables a bouleversé la vie de ses principaux protagonistes. A commencer par Omar, 36 ans, à qui le film a valu le césar du meilleur acteur. "Ça a été important, commente-t-il.C'est là que j'ai compris que j'avais besoin du public, besoin des gens, besoin d'être à ce point aimé. C'est là que j'ai commencé à assumer cette étrange partie de moi." Deuxième personnalité préférée des Français (derrière Jean-Jacques Goldman), Omar est, depuis, parti vivre à Los Angeles. Pour protéger sa tribu de son succès peut-être. Par curiosité aussi pour le cinéma américain qu'il est tout doucement en train de séduire. Aujourd'hui, il revient dans Samba, le nouveau film de ses amis Eric Toledano et Olivier Nakache. Il y interprète un jeune Sénégalais en situation illégale en France depuis une dizaine d'années (voir critique). Une comédie qui a choisi de sourire d'un sujet grave. Avec une réelle élégance. Rencontre avec l'adorable acteur d'un film événement.

La rencontre avec Omar Sy dans le Moustique du 15 octobre 2014.

La critique du film

Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache. Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Izïa Higelin, Tahar Rahim – 118'.

Toledano et Nakache filment la rencontre de deux solitudes. Celle de Samba (Omar Sy), Sénégalais débarqué en France depuis dix ans qui survit à coup de petits boulots. Et puis, celle d'Alice (Charlotte Gainsbourg), une cadre sup qui sort péniblement d'un burn-out qui lui a coûté vie sociale et petit ami en travaillant bénévolement auprès des sans-papiers. C'est dans le centre de rétention dans lequel est envoyé Samba qu'ils vont se rencontrer. Centre duquel il sortira avec un papier qui le contraindra bientôt à quitter la France. Il était sans-papiers. Il doit maintenant devenir invisible. Sans réelle identité désormais. Se noyer dans la masse, marcher la tête basse. Mais continuer de vivre pour les autres: son oncle qu'il a rejoint en France ou sa famille restée au pays à qui il tente péniblement d'envoyer quelques billets. Ce que Samba va découvrir en côtoyant Alice, c'est qu'il a lui aussi le droit d'avoir une vie. Rien qu'à lui. Avec ou sans papiers, on a le droit d'aimer, non? "Je ne sais même plus qui je suis, ni comment je m'appelle", dit-il. On est frappé par la perte totale de repères de ces hommes et femmes livrés à eux-mêmes.

Et donc, Toledano et Nakache parviennent à faire rire avec cette histoire de sans-papiers? Ils en font un "feel good movie"? Eh bien oui. Et c'est là tout leur talent. Ils réussissent tout d'abord à imposer de vrais beaux personnages: le couple Samba/Alice. Mais aussi deux seconds rôles marquants: Izïa Higelin en spécialiste de l'accueil des sans-papiers. Et Tahar Rahim qui montre ici une facette méconnue de son talent avec un personnage de clandestin aussi dingue que touchant. C'est justement ce casting réussi qui donne toute sa saveur à Samba. Qui permet au rire de s'immiscer dans les situations de vie. Sans jamais être moqueur, méprisant ou donneur de leçons. Et si la résolution de l'histoire – adaptation du roman Samba pour la France de l'écrivain Delphine Coulin – est prévisible, si l'ensemble a quelque chose de doucement naïf, on leur pardonne facilement. Notre scène préférée: le face-à-face entre Omar et Charlotte dans une station-essence à trois heures du matin. Un pur moment de tendresse entre un homme et une femme. Après tout, c'est quoi d'autre, le cinéma? – J.Co.

Sur le même sujet
Plus d'actualité