La vérité sur 8 idées reçues

Peut-on prévenir la maladie d'Alzheimer? L'aspartame est-il dangereux? La réponse de grands professeurs.

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Ondes malfaisantes, faux sucres cancérogènes, stérilité galopante… Nous ne savons plus à quel médecin nous vouer. A écouter la télé, à lire les journaux, à discuter avec les collègues de bureau, nous imaginons notre santé menacée de mille maux. Internet ajoute encore à la confusion. Quelques symptômes tapés sur Google suffisent à nous plonger dans les méandres de l'autodiagnostic et à nous persuader que nous sommes atteints de maladies rares, évidemment graves. Alors que nous vivons de plus en plus vieux, nous voilà tous hypocondriaques! Surtout que la communauté scientifique ne parvient pas toujours à faire entendre un même son de cloche. Pour faire la part des vrais dangers et des fantasmes, des fausses rumeurs et des réelles menaces, dressons un état des lieux des connaissances actuelles qui permettent de répondre à quelques-unes des petites et grandes questions que nous nous posons sur notre santé. Car se méfier de tout peut aussi devenir une maladie!

Le tabac est-il le plus grand danger sanitaire?

OUI. Le tabac est impliqué dans le développement de cancers dans au moins 17 régions différentes du corps. Il favorise aussi certaines leucémies et, dans une certaine mesure, le cancer du sein. En Belgique, le nombre de décès annuels attribuables au tabac est proche de 19.000, environ 25 fois plus que les accidents de la route. Notre pays est descendu à une effrayante 13eplace dans le classement Tobacco Control Scale 2013, notamment à cause du prix, trop abordable, du tabac chez nous. La cigarette électronique, en plein boom ces cinq dernières années, est une piste prometteuse pour échapper au tabac, mais elle affronte déjà son lot de controverses. La communauté scientifique ne dispose pas d'assez d'éléments pour déterminer son efficacité dans le sevrage tabagique. Par ailleurs, ses effets sur l'organisme à long terme sont encore largement méconnus. Ce n'est pas une raison pour la mettre au placard, prévient le professeur Dautzenberg: "Tous les moyens sont bons pour arrêter de fumer, même l'e-cigarette! Fumer du tabac, c'est rouler à 140 sur l'autoroute à contresens, avec une chance sur deux de mourir. Vapoter, c'est rouler à 140 sur l'autoroute, mais dans le bon sens! La cigarette électronique pendant un an est aussi toxique qu'une seule journée de tabac."

Les spermatozoïdes sont-ils en voie de disparition?

OUI. Depuis quarante ans, de nombreuses études à travers le monde suggèrent une baisse de la qualité du sperme humain et un fort déclin de sa concentration en spermatozoïdes. Mais "cela ne veut pas dire pour autant que la stérilité augmente. La relation entre qualité du sperme et fertilité n'est pas une relation automatique, aucune donnée objective ne permet de la mesurer", tempère le professeur Bernard Jégou, biologiste et toxicologue de la reproduction, directeur de recherche à l'Inserm de Rennes (UMR Irset-Inserm U1085). L'autre enjeu est d'apprécier la responsabilité des produits chimiques disséminés depuis un siècle dans l'environnement, dont les perturbateurs endocriniens. "Encore une fois, nous n'avons pas la réponse, car ce concept de mélanges environnementaux commence tout juste à être exploré. Plutôt que de s'affoler, il faut se donner les moyens de résoudre ces questions" , conclut le chercheur.

Le burn out est-il une maladie?

NON. Pour Philippe Zawieja, spécialiste du burn out et des risques psychosociaux, chercheur associé à Mines Paris Tech, celui-ci ne peut en aucun cas être considéré comme une maladie, qui est caractérisée par des causes, des symptômes accompagnés d'une évolution et par des possibilités thérapeutiques qui lui sont propres. Ce n'est pas le cas du burn out. Selon Philippe Zawieja, le burn out serait une forme de dépression qui, elle, est une maladie. Les enquêtes dites "de prévalence" sont si disparates qu'elles donnent, selon les pays, les professions… entre 1 % et 49 % de la population active souffrant de burn out! "Au regard de la littérature scientifique, le noyau dur tourne autour de 8 % de la population active",estime Philippe Zawieja. Et, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les cadres qui sont les plus touchés, mais les métiers en contact direct avec le public: soignants, enseignants, professions libérales, forces de l'ordre et même les prêtres.

Les jeux vidéo sont-ils dangereux pour les jeunes?

NON. Si l'Observatoire français des drogues et toxicomanies a récemment livré un rapport alarmant en affirmant qu'un jeune sur huit serait accro aux jeux vidéo, Marc Valleur, psychiatre et directeur de l'hôpital Marmottan, à Paris, spécialisé dans les addictions, nuance: "Ce résultat est biaisé, car le questionnaire utilisé est fait pour des adultes. C'est la raison pour laquelle les chiffres s'envolent. Il faut relativiser, car nous sommes devant un phénomène qui n'est pas du tout inquiétant!" Du reste, l'Académie française des sciences a, elle, rendu un rapport rassurant sur le phénomène. S'il existe réellement des cas pathologiques avérés d'addiction aux jeux vidéo, ils sont marginaux.

Faut-il tous nous faire vacciner contre la grippe?

NON. Ce sont surtout les plus de 65 ans et les malades chroniques qui doivent se prémunir contre la grippe, car ils sont les principales victimes du virus. En 2014, la revue Cochrane,qui a publié une méta-analyse intégrant les données de 90 études cliniques, a conclu à une "faible efficacité des vaccins antigrippaux",précisant qu'"il faudrait vacciner 71 personnes pour éviter un seul cas de grippe". Même chose pour les femmes enceintes: la protection est "incertaine ou au moins très limitée". D'ailleurs, le fiasco du vaccin inadapté contre la grippe de cet hiver a ravivé le débat qui anime la communauté scientifique de longue date: faut-il persister à mener une stratégie vaccinale de masse?

Les ondes électromagnétiques sont-elles dangereuses?

NON. L'état des connaissances ne permet pas de mettre "en évidence d'effet sanitaire avéré et ne conduit pas à proposer de nouvelles valeurs limites d'exposition de la population". Telle est la conclusion de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, dans son dernier avis daté de 2013. C'est l'Organisation mondiale de la santé qui a mis le feu aux poudres voilà quinze ans, en évoquant la possibilité d'une cancérogénicité de l'usage du téléphone portable ou des ondes. Depuis, études et contre-études ont fleuri, dont une réalisée par l'Inserm, l'an dernier, qui montre que l'utilisation massive du téléphone portable (égale ou supérieure à 896 heures d'appel dans une vie) serait associée au développement de tumeurs cérébrales. Par précaution, la Belgique dispose pour l'instant d'une loi qui impose d'informer les utilisateurs du niveau d'exposition aux ondes en fonction des portables commercialisés, qui interdit la publicité et la vente de GSM à destination des enfants.

Alzheimer peut-il être évité par les jeux d'entraînement cérébral?

NON. Un milliard de dollars, c'est ce que rapporterait le marché des logiciels d'entraînement de la mémoire par an, vendus pour réduire le risque de développer la maladie d'Alzheimer. Seulement voilà, dans PLOS Medicine, une équipe australienne a publié les résultats peu encourageants d'une méta-analyse portant sur 51 essais consacrés aux logiciels "anti-alzheimer", concluant à une efficacité médiocre. "C'est de la poudre aux yeux, rien ne permet d'éviter alzheimer",avertit Olivier de Ladoucette, psychiatre, gérontologue et président de l'Association pour la recherche sur alzheimer.

L'aspartame est-il dangereux?

NON. L'avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) émis en 2013 est clair: l'aspartame ne présente pas de risque pour la santé, à condition de ne pas dépasser la dose journalière admissible de 40 mg par kilo et par jour, soit 10 litres de cola light pour un adulte de 60 kilos. Depuis trente ans, des études pointent régulièrement un lien possible entre l'aspartame et l'apparition de cancers, le risque d'accouchements prématurés ou de dommages sur le système nerveux. Après avoir épluché toute cette littérature scientifique, l'Efsa a jugé les craintes infondées. Mais cet avis ne fait pas l'unanimité chez les médecins. D'autant que, depuis, d'autres études ont remis de l'huile sur le feu, comme celle d'une équipe israélienne, fin 2014, suggérant que les "faux" sucres favorisent chez la souris une intolérance au glucose, autrement dit un prédiabète.

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