La tendance du poil – Au nez et à la barbe

Dans les médias comme dans la rue, de plus en plus de moustaches pointent le bout de leur nez, tandis que les mentons se parent de poils longs. Mais que signifie ce retour en grâce de la pilosité? Dans le cadre de Movember, Moustique remet la moustache à la une.

La tendance du poil – Au nez et à la barbe

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L'avez-vous remarqué, un nombre impressionnant d'acteurs et de people se sont laissé pousser la barbe, voire la moustache pour les plus téméraires. George Clooney, Brad Pitt, Jude Law, Michael Fassbender, Ralph Fiennes et plus près de chez nous Jean Dujardin, les membres du groupe Girls in Hawaii ou encore… Nicolas Sarkozy – la liste n'est pas exhaustive. Mais pourquoi, dans notre monde qui s'attachait tellement à cacher ce poil que je ne saurais voir, celui-ci fait-il un tel come-back? Pourquoi ce qui était considéré comme le sommet du ringard et du réac il y a quelques années est aujourd'hui devenu celui de la branchitude? Intolérables chez les femmes, acceptés chez les hommes sur les jambes et supportés sur le torse, les poils n'avaient plus la cote depuis une bonne trentaine d'années. On se souvient de la perfection au masculin de Gillette. Et elle était imberbe.

La mue du métrosexuel

Le port du poil est peut-être la nouvelle élégance du bobo toujours en mal de décalage, après l'achat de fringues rétro dans les friperies (polo vintage plutôt que Fred Perry), le tourisme de périphérie (le quartier Friedrichshain plutôt que le Mitte du centre de Berlin, Saint-Gilles plutôt que Dansaert à l'échelle de Bruxelles), les artistes underground, les marchés bios, les lieux transversaux, etc. Néau milieu de la décennie précédente, le mouvement hipster a d'abord incarné un rejet de la société de consommation. Aujourd’hui, ses membres, les bobos d'aujourd'hui, fuient surtout ce qui est mainstream et défient les joues trop lisses du métrosexuel – cet homme cosmopolite, adepte des cosmétiques, qui s'épile la poitrine et porte des vêtements de créateurs. Était-il devenu trop domestiqué?

Au début de l'été, le Wall Street Journal annonçait une chute conséquente des ventes annuelles de la société Energizer, qui commercialise entre autres les rasoirs Wilkinson. Même constat pour Bic, un peu plus tôt dans l'année. Selon certains analystes, le hipster en serait responsable. D'autres avancent que le prix des lames et rasoirs, en constante augmentation, l'a sans doute poussé à changer ses habitudes de consommation.

Le bobo version branchée porte donc la barbe, mais plus celle de trois jours – non, cette mode-là n’en est plus une… Tout avait pourtant gentiment commencé avec cette sorte d’avant-barbe bleuissant les joues, relevant du
 faussement négligé. Celle qu’affichait George Michael. Celle que Jean-Marc a longtemps portée: "Ce n'était pas de la négligence, j'ai toujours détesté me raser. J'ai eu de la chance: quand j'ai commencé à perdre mes cheveux, la mode était aux crânes rasés. La même chose se produit maintenant avec ma barbe que j'ai laissée pousser. Elle est aujourd'hui longue et bien fournie. Quand elle finit par me gratter, environ une fois par mois, je la tonds pour revenir à celle de trois jours". Et d'ajouter: "Je ne voudrais pas qu'un barbier passe par là, je me sentirais… dénudé".

Chassez le naturel…

À travers le port de la barbe, on sent l'envie d'incarner un esprit pionnier, un retour vers l'authenticité, genre découverte de l'Ouest ou trekking dans le Saskatchewan, un Kerouac écorné glissé dans la poche arrière d'un jean ajusté. La barbe d'aujourd'hui rime avec lanières de sac à dos en cuir naturel, appareil photo vintage, vélo à pignon fixe, design industriel, Docksides revisitées et bonnet de laine. Elle renvoie l'image d'unmâle à la peau dure et à la vie rude, d’une sorte d'honnêteté rustique dans une société en crise.

À partir d'un choix sur photos, une étude américaine a montré qu’une majorité d’étudiantes faisaient davantage confiance à un homme portant la barbe, qu'elles l'estimaient plus sincère, solide, curieux ou même généreux. Rassurante, la barbe à papa! Pourtant, cette barbe, porte-drapeau du sans apprêt, fait malgré tout partie d'un look totalement maîtrisé et réalise de façon éclatante un de ces paradoxes – apparence de laisser-aller versus contrôle de son image – dont la succession des tendances détient la formule secrète.

Rebelles ou pas

Au fil des siècles, la barbe n'a cessé d'être alternativement le signe apparent d'un conservatisme, d'un conformisme, d'une élégance bourgeoise installée ou d'un respect de l'ordre établi (la moustache des policiers, par exemple), et l'apanage des rebelles plus ou moins révolutionnaires s'élevant contre la culture dominante (le Che ou John Lennon époque Yoko Ono).

Barbe bien taillée d'un côté, hirsutisme naturel de l'autre, le même "objet" barbe devient tour à tour symbole de respect de l'ordre en place ou au contraire opposition à celui-ci. La barbe est question d'appartenance sociale ou religieuse; tout est langage, notre apparence physique aussi. Jean-Marie le confirme avec cette anecdote: "Je suis médecin et mes patients me parlent de ma barbe. Ils la trouvent un peu trop longue et me demandent parfois si je suis sikh ou salafiste!" Petite confusion des genres dans un paysage globalisé.

Actuellement, le bobo barbu incarne le rebelle, alors que la grande majorité des hommes politiques sont imberbes. À part, bien sûr, Freddy Thielemans, portant fièrement son inamovible moustache, témoin d'un autre temps. Il est d’ailleurs président d'honneur de l'Ordre van de Brusselse Moestasje (http://brusselse-moestasje.wikeo.be). Une association de quelques irréductibles (comme les Gaulois), qui pour la cinquième fois, en avril dernier, a organisé dans le quartier des Marolles l'élection pour le moins folklorique de la "plus belle moustache de Bruxelles"!

Dans tous les cas, porter la barbe et/ou la moustache fait référence à l'expression d'une force ou signe une différenciation. Caractères sexuels secondaires, les poils au masculin s'affirment aujourd'hui en barbe drue. Elle marque l'identité masculine en tant qu'attribut spécifique dans un contexte de plus en plus complexe d'interrogations sur le genre. Le concept culturel devirilité, en crise, s'afficherait donc pour se réaffirmer.

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