La rencontre: Stéphane Pauwels

On l'aime ou on le déteste. En tout cas, le sniper de Studio 1 est un sacré personnage. Aussi attachant qu'agaçant. Questions à domicile.

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Un petit immeuble de Mouscron. Au bout du couloir, Stéphane Pauwels nous attend sur le seuil de son appartement. Avec le sourire malicieux de celui qui a fait des bêtises ou s'apprête à en faire. Le logement fonctionnel est paisible, meublé et décoré avec goût. Très nature, très bois et très Afrique. "L'aménagement, c'est Madame", précise monsieur. D'ailleurs, un seul coup d'œil confirme l'absence d'une quelconque "Steph touch". Pas une vareuse à l'horizon, aucune photo à crampons, ni de trophées… "Mon bureau est là dans un petit coin",s'excuse, presque penaud, le sniper redouté. "Je veux pas polluer notre lieu de vie et ma femme déteste le milieu du foot. Son père a été joueur pro et entraîneur…"

L'appartement, c'est récent. Avant, les Pauwels (Stéphane, Emilie et leur fille ado Zoé) occupaient une grande maison de maître à un jet de ballon de là. "J'y avais mon espace-grenier où je faisais tourner à fond mes 3.000 vinyles à l'ombre des posters de foot, se rappelle Stéphane avec mélancolie. Mais ma femme rêvait d'une résidence secondaire dans le sud de la France, à Saint-Raphaël où vivent ses parents retraités. J'ai donc sacrifié la maison de maître pour lui offrir un bel appartement à 100 mètres de sa famille et à 200 mètres de la plage. Dès qu'elle peut, elle est là-bas."

Stéphane le chti ne lâcherait pourtant Mouscron pour rien au monde. "Même si j'ai du mal à vivre en appartement, ici c'est fonctionnel. Valenciennes dont je suis recruteur est à 35 minutes, Bruxelles, une heure, et le centre de Lille, à 20 minutes avec le TGV vers toutes les destinations." Car l'infernal chroniqueur ne tient toujours pas en place. A 42 ans, il a déjà été DJ, G.O. au Club Med, vendeur d'espace pub, attaché de presse, responsable de relations publiques, recruteur de joueurs de foot, chroniqueur radio et télé, scénariste de bédé… Son nouveau but? Animateur de son propre talk-show.

Vous êtes casanier?
Stéphane Pauwels – Plutôt. Mais je découche trois nuits par semaine. Le dimanche, après Complètement foot! sur VivaCité à Mons, je vais dormir à Bruxelles dans un hôtel à 100 mètres de Reyers car le lundi matin, je suis dans A vous de voir de Thomas Van Hamme sur Viva. J'enchaîne avec des rendez-vous, puis l'après-midi je prépare mon Studio 1. Je découche aussi pour les matches de Valenciennes dont je suis devenu recruteur international et relations publiques. Après l'avoir été pour Monaco. Mais c'était trop fou. J'étais physiquement dans le rouge avec burn-out à la clé. Là, j'ai calmé le jeu… tout en étant mieux payé! Valenciennes est un petit club (quand même le budget d'Anderlecht) où je me sens vraiment bien.

Y a-t-il deux Stéphane Pauwels?
Oui. Il y a Pauwels, prisonnier de son rôle média et puis Stéphane, plus posé. Deux faces. La première traduit mon côté révolté (et excessif car je suis un sanguin) par rapport au milieu du foot. La seconde, c'est l'homme relax, le père doux, le mari amoureux de sa femme.

Quand basculez-vous de l'un à l'autre?
Dès que je sens la tricherie, l'injustice, le mensonge. Je peux partir en live dans la rue comme dans un studio de télé. Surtout sur le foot, empire du mensonge. Que ce soit sur les playoffs d'une nullité totale, une vraie porte ouverte au copinage et aux magouilles, ou sur les montants des transferts. Les enchères autour de Lukaku sont indécentes, comparées aux revenus des gens normaux.

Ça vous agace d'être le sniper de service?
C'est ma faute. Je suis persuadé que je peux changer les choses et je me fourre le doigt dans l'œil. Mon discours n'empêchera ni les magouilles à l'Union belge, ni la flamandisation des clubs, ni une réforme tarabiscotée du championnat, ni que la ligue pro soit une dictature! Le problème, c'est d'être seul à dénoncer tout ça et peu soutenu. Plein de journalistes m'allument dans la presse mais sont en semi-érection quand ils viennent à Studio 1. Tout est bon pour me casser. Un jour, j'ai sorti, en boutade, que j'étais bac moins cinq. J'exagère évidemment. J'ai terminé mes humanités. Mais on me ressort tout le temps "bac -5". Comme si j'étais inculte, ne lisais pas, n'avais pas de culture, ou n'allais pas au cinéma.

[…]

Vous voulez aussi votre propre émission télé comme animateur…
Oui. J'ai deux projets d'émissions. Une sportive et un talk grand public. Il y a quelques mois, j'ai vu mon patron, Jean-Paul Philippot. Il m'a dit d'être patient. Mais moi, je suis impatient et patient. Je veux bien attendre. Mais j'ai 42 ans dont quatre ans de RTBF. Il est temps. J'ai l'idée d'un talk généraliste dont je serais le fil conducteur, l'animateur, l'intervieweur. A la Pauwels, mais en mode mineur. D'autres sniperaient à ma place. J'inviterais des guests comme De Brigode pour créer le débat et amuser. Je serais dans la belgitude et le trash drôle.

Et si RTL-TVI vous proposait d'exaucer cela à la place de la RTBF?
… M. Philippot m'a demandé un projet. Il en aura la primeur. Je respecte énormément mon administrateur général. Il m'a toujours soutenu et a tenu tête à tous les lobbies qui voulaient mon scalp. Néanmoins, si on me dit de patienter encore un an, je saurai à quoi m'en tenir… On me serine souvent "n'oublie pas que si tu es là c'est grâce à nous" mais je ne vais pas gérer ma carrière en fonction de ça et stagner par loyauté. Et ce n'est pas me faire participer (gratis) au jeu La chaîne (ce dimanche) qui va calmer mon appétit d'émissions.

Là, vous terminez la saison Studio 1?
Oui, mais on ne sait pas si cela va continuer. La renégociation des droits du foot en mai entraînera peut-être le déplacement de l'émission de la RTBF à Belgacom TV ou à BeTV… Steph Pauwels en fera-t-il partie? Si Belgacom m'aimait, cela se saurait. N'oublions jamais que je ne suis pas journaliste. Je passerai toujours après. On me le fait souvent sentir.

Ne plus être de Studio 1 vous attristerait?
Sincèrement, je n'ai plus envie de faire le Zorro pendant des plombes. Ça use et je risque de radoter. Et puis, tous mes soucis viennent de Studio 1, dans la ligne de mire d'un milieu hyper-fermé, pourri et friqué… J'ai pas envie de faire de la télé pour me faire massacrer tout le temps. Dans l'affaire Charleroi et Bayat, j'ai pris cher fin 2010. J'ai été la cible d'un acharnement médiatique unilatéral. J'ai aussi subi des pressions terribles d'Anderlecht. J'ai eu des procès. Ce genre de péripéties, il faut les vivre en famille! Tu caches les journaux à tes proches, tu ne dis rien. Comme un criminel.

Avec Michel Lecomte, c'est l'amour-haine?
Non. L'amour vache parfois. C'est un vrai gentil. Un ami d'une grande loyauté. Lui, c'est au quotidien qu'il prend les coups (de fil). Quand, le lundi soir, je l'ouvre, le mardi matin c'est le mur des Lamentations chez Michel. Il m'a beaucoup protégé. Mais il arrive que la pression soit telle qu'il monte encore dans les tours et que je morfle.

Faut dire que vous pouvez être incontrôlable…
Objection, votre honneur! Lecomte dit lui-même que je suis plus facile à gérer que certains de ses journalistes (rire). Sauf que ceux-ci sont tous salariés et qu'il est parti pour vivre encore des années avec eux. Alors qu'avec moi, ça peut s'arrêter demain.

[…]

C'est quoi, votre grain folie?
En famille ou avec des amis, ma folie dès que j'ai bu un gorgeon et que je suis un peu sur le "trap", c'est de chanter. Je chope le micro et j'adore ça. Toutes les soirées familiales se terminent comme ça. J'enchaîne Michael Jackson, Brassens, Ferré… Je suis un furieux!

Avec qui pourriez-vous être enfermé six mois dans un endroit isolé: Luc Maton, Benoît Thans ou Mogi Bayat?
Les trois ensemble, ce serait très drôle! (Rire.) On verrait qui sont les vrais gentils et les vrais méchants. Luc Maton est un charmant garçon, élevé dans le moule RTL-TVI. Avec lui, je pourrais cohabiter. Avec Benoît Thans, à la limite, aussi. Mais j'ai du mal avec lui dans le travail, car c'est un homme de consensus mou, de lobby et guidé par ses intérêts personnels. Son côté récupérateur, vénal me met en pétard. Mogi Bayat, c'est plus problématique. C'est un capitaliste qui fait semblant d'aimer les gens. Mais s'il peut, il les écrase. Il est arrogant, vénal, menteur, tricheur.

Même question avec Eve Angeli, Victoria Silvstedt ou Mimie Mathy.
Aucune des trois! Mimie Mathy, il paraît qu'elle est insupportable en coulisses. La grande blonde? Si c'est six mois, je peux faire abstinence de sexe. Si c'est dix ans, je la garde car elle est quand même appétissante. Quant à Eve Angeli, elle est bac -7 et moi, bac -5… J'aurais du mal à la comprendre! (Rire.)

En télé
La chaîne: Stéphane Pauwels à Mouscron Dimanche 1er La Une 20h10
Studio 1 La tribune Le lundi La Deux 20h00
Vestiaires Samedi et dimanche La Une 22h50 – En semaine 20h05 / Lundi La Deux 22h20

En radio
Complètement foot Dimanche VivaCité 19h00

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