La Pirogue

L’immigration clandestine est au cœur de ce grand film sénégalais. Un huis clos en pleine mer à voir absolument.

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Avant la pirogue, il y a la lutte. Le film s’ouvre sur une magistrale séquence de lutte africaine, dans laquelle l’essentiel semble dit. La vie est un combat, dont seuls certains sortiront vivants. La caméra nous emporte d’un visage à l’autre, à la rencontre d’une poignée d’hommes qui ont décidé de quitter clandestinement Dakar par la mer pour rejoindre les îles Canaries. Leur rêve d’Europe tient tout entier dans une pirogue de bois aux couleurs peintes.

Ce qui frappe d’emblée ce drame réaliste (filmé par Moussa Touré, un habitué du documentaire), c’est la force épique du film. Porté par des acteurs magistraux censés représenter les différentes ethnies qui se partagent l’embarcation (des Toucouleurs, des Peuls, des musulmans, des animistes… et une femme!), le film raconte des destinées humaines souvent oubliées. Ramenées ici au premier plan dans les vagues et la tempête. Et jetées à la face du monde comme un grand cri politique, un poing tendu en réponse au président Sarkozy qui affirmait lors du discours de Dakar que "l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire" (la phrase est reprise telle quelle dans le film).

En hommage aux milliers de naufragés qui brûlent chaque année leurs papiers en mer en espérant trouver un eldorado européen, ce film vient prouver le contraire. Avec une fougue désespérée et un vrai talent de narration. On se laisse emporter par ce capitaine de pirogue intègre et juste, qui voit peu à peu les rêves de ses passagers s’écrouler. Et le passeur rigolard sortir enfin ses tripes. Sorte de Master and Commander à l’africaine, La Pirogue bouleverse parce qu’il ne donne pas de leçon mais raconte une histoire profondément humaine qui pourrait être la nôtre. Tout dépend de quel côté du globe on se trouve. Puissant.

La Pirogue
Réalisé par Moussa Touré. Avec Souleymane Seye Ndiaye, Malamine Drame, Laïty Fall – 87’.

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