La pharmacie du plaisir

Depuis le succès du Viagra, plusieurs labos rêvent de mettre au point son équivalent féminin. En vain?

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L'annonce de la commercialisation possible d'un nouveau médicament par le groupe canadien Trimel Pharmaceuticals a récemment créé le buzz sur la Toile. Surtout en Belgique, car le produit en question, le Tefina, a été en partie développé à l'Université de Liège, dans le laboratoire de pharmacie galénique où l'on excelle, paraît-il, dans les "process" industriels compliqués. Ici, il s'agissait de conditionner de la testostérone dans un spray nasal afin d’augmenter… le plaisir sexuel féminin!

Le laboratoire canadien affirme qu'une dose dans le nez, deux heures avant un rapport sexuel, exerce un effet stimulant sur la libido féminine. Tu parles d'un scoop! On sait depuis longtemps que les femmes fabriquent, elles aussi, un peu de testostérone par le biais des glandes surrénales, des ovaires et par conversion périphérique dans les graisses. Certes, les valeurs sont nettement moindres que chez les hommes, mais elles y sont beaucoup plus sensibles. Et l'hormone produit d'ailleurs les mêmes effets chez les deux sexes: elle accroît notamment la libido et favorise l'adoption de comportements plus audacieux, parfois même plus agressifs.

Effets pervers de la testo

Comme chez les hommes à la puberté, la testostérone induit aussi chez les femmes un allongement des cordes vocales à l'origine d'une voix plus grave. Elle rend la peau plus grasse, et augmente la pilosité sur le visage et sur le torse. Elle favorise la prise de muscle et modifie l’appareil génital (allongement du clitoris). Autant de transformations qui s'exécutent sur un mode mineur et progressif quand l'hormone est produite naturellement, mais lorsqu'on recourt à de la testostérone exogène ou à ses dérivés (stéroïdes anabolisants), le corps se métamorphose littéralement. Une évolution irréversible, même à l'arrêt du traitement!

Alors certes, on peut travailler à la mise au point d'une molécule qui maximaliserait l'effet sur la libido et le minimiserait sur le corps. Mais il y a peu de chances qu'on aboutisse par ce biais-là à l'élaboration de la fameuse pilule du plaisir, déjà baptisée "Viagra féminin" comme l'ont annoncé de façon très précipitée beaucoup de journaux et de magazines.

Jouissance sur commande

Cette histoire en rappelle une autre qui date d'il y a une dizaine d'années, lorsqu'un médecin américain, Stuart Meloy, avait envisagé de commercialiser une sorte de pacemaker à l'attention de ses patientes anorgasmiques. L'appareil baptisé "orgasmatron" devait être placé chirurgicalement dans le bas du dos et relié à une télécommande, exactement comme dans la bande dessinée Le déclic de Manara. Grâce à ce dispositif, on pouvait déclencher des décharges électriques à distance et provoquer ainsi des contractions des muscles vaginaux qui ressemblent très fort à ceux qui surviennent au pic des plaisirs charnels.

L'orgasmatron a été testé et approuvé, paraît-il, par plusieurs cobayes. Au moment voulu, une simple pression sur un bouton suffisait à déclencher les vagues de plaisir. À condition, bien entendu, que le caractère mécanique de l'opération n'exerce pas un rôle d'antidote… Et il est permis de s’interroger car un tel orgasme, totalement déconnecté du reste du corps, doit être aussi efficace en matière de jouissance qu'une machine à sourire pour rendre heureux.

Pour remédier à ce problème, deux chercheurs d'Oxford, Morten Kringelbach et Tipu Aziz, tentent à présent d'élaborer une puce à implanter directement dans le cerveau pour produire le même effet. C'est dire si l'approche mécaniste de l'orgasme féminin est encore bien ancrée dans les têtes masculines. Dans ce contexte, un peu d'étymologie ne fait pas de tort: le mot orgasme vient du grec orgao qui signifie "s’emplir de désir" ou "bouillonner d’ardeur". Bref, cela concerne l'esprit, les cinq sens et le corps tout entier. Et pas seulement une histoire de puce et de fils électriques. Ni même de sprays nasaux!

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