La nouvelle vie du vinyle

Objet de tous les désirs, le 33 tours s'invite sous le sapin avec une intégrale des Beatles et des livres d'art consacrés à l'histoire des pochettes cultes. 

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Même si les firmes de disque continuent à inonder le marché – de Noël – d’intégrales CD, c’est une spectaculaire réédition vinyle qui fait l’événement. Quatre ans après avoir ressorti un coffret CD remastérisé et deux ans après leur entrée dans le grand magasin digital iTunes, les Beatles reviennent avec un imposant box comprenant tous leurs albums studio en format vinyle enrobés dans les pochettes originales. Ça pèse lourd (9,5 kg), ce n’est pas donné (350 €), mais il y a des plaisirs qui ne se refusent pas. D’après le label EMI, le public cible pour un tel objet n’est pas seulement constitué des nostalgiques. On trouve aussi des amateurs d’art, des collectionneurs et toute une jeune génération qui pourra – ouf! – se procurer également les albums à l’unité (comptez 25 € pièce).

Cette offensive du microsillon n’est pas isolée. Des Stones à Cali, de Sylvie Vartan (avec la réédition 33 tours de son "Live In Japan") à son ex Johnny Hallyday, tous les artistes ayant une actualité discographique se doivent de proposer, en tirage limité certes, un format vinyle de leur album. Chez les libraires, le 33 tours fait également recette. L’éditeur Taschen, qui a déjà consacré plusieurs ouvrages aux pochettes, s’arrête en deux volumes sur l’artwork des principaux labels de jazz (Verve, Impulse!, Blue Note). Les Editions de La Martinière rassemblent, quant à elles, 250 pochettes cultes ou moins connues dans L’art du disque. Le format du livre est celui d’un 33 tours et les anecdotes sont passionnantes. Alors, effet de mode? Non, c’est bien plus que ça. "Il n’est pas étonnant qu’on revienne au vinyle", écrit ainsi l’enfant du rock Pierre Lescure dans la préface de L’art du disque. "On ne peut se passer de la beauté, surtout quand on l’a déjà rencontrée. Le vinyle est irremplaçable. Le virtuel et la dématérialisation n’ont pas encore trouvé leur pochette, ce sésame au riche pouvoir d’évocation: celle de voir ce qu’on va entendre." Prêts pour la visite guidée? Go!

The Beatles, Rubber Soul, EMI, 1965.

A sa sortie, en décembre 65, la pochette du sixième album des Beatles fait sensation car pour la première fois, le nom de groupe n’apparaît nulle part. Le photographe Bob Freeman a pris plusieurs clichés du groupe devant la demeure de John Lennon. Il en soumet une sélection en plaçant les photos sous un cadre en plastique du format d’un 33 tours. A un moment, le cadre bouge quelque peu, déformant ainsi la photo. "C’est un bel effet! On peut avoir ça comme pochette?" Bien sûr m’sieur.

The Beatles, Revolver, EMI, 1966.

Ce disque nécessite 300 heures d’enregistrement et de mixage. Un record à l’époque. Le producteur George Martin va consacrer plusieurs nuits pour ajouter un double quartette de cordes à Eleanor Rigby, qui ne dure que 127 secondes dans sa version finale. Mais c’est un chef-d’œuvre. Vous avez échappé au titre "Abracadraba" un moment envisagé par Paul McCartney. Bien dans l’esprit psyché de l’époque, la pochette de "Revolver" est un collage de photos réalisé par le bassiste allemand Klaus Voormann, ami des Beatles depuis leur rencontre au Star Club de Hambourg au début des sixties. Sans ce disque, Oasis n’aurait jamais existé.

The Beatles, Abbey Road, 1969

Sans aucun doute l’un des meilleurs disques des Fab Four. Et une pochette, a priori banale, qui est devenue iconique. Bien que déplacé de plusieurs mètres depuis que la photo a été prise le 8 août 1969 à 11h30 par Ian Macmillan, le passage pour piétons d’Abbey Road est devenu un lieu de pèlerinage obligatoire pour les fans et un cauchemar pour les automobilistes londoniens empruntant ce carrefour dans le quartier de St. John’s Wood. Certains paranos ont décortiqué tous les détails du cliché pour accréditer la thèse, répandue alors dans la presse tabloïd, de la mort de Paul McCartney et de son remplacement par un sosie. Le fait que Paul marche pieds nus (comme les personnes enterrées en Inde), qu’il tient sa clope dans la main droite alors qu’il est gaucher, que Ringo Starr est noir (signe de deuil en Orient) et que Lennon est en blanc (signe de deuil en Inde). Mais ce n’est pas tout, une Volkswagen ("Beetle") est immatriculée LMW28iF. Certains l’ont interprété comme  un code signifiant "Life MacCartney was 28 If" ("Vivant, McCartney aurait 28 ans si…").

A voir aussi

Les pires pochettes de disques

The Beatles
Coffret Intégrale (16 vinyles + livre)
EMI

Vinyles, l’art du disque, Ed de La Martinière, 352 p., 55 €.
Jazz Covers Vol. I, Joaquim Paulo, Ed. Taschen, 280 p., 40 €.
Jazz Covers Vol. II, Joaquim Paulo, Ed. Taschen, 280 p., 40 €.     

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