La méthode Schoenaerts

En 2015, notre belle gueule nationale troque les gants de boxe pour la romance. Rencontre avec un acteur pas comme les autres.

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Matthias Schoenaerts reste cet étonnant objet du désir, quelque part entre Ryan Gosling, Sylvester Stallone et Marlon Brando.

Matthias Schoenaerts nous reçoit dans un hôtel anversois au charme délicat pour parler de Suite française, son dernier film. Il délie près de nous son corps d’athlète, commande un thé et répond chaleureusement aux questions. En 2015, l’acteur sous uppercuts de Rundskop et De rouille et d’os sera à l’affiche de cinq films. Dont deux drames romantiques en costume: Suite française d’après le roman d’Irène Némirovsky qui sort cette semaine (voir critique) et le très attendu Far From The Madding Crowd (Loin de la foule déchaînée) du Danois Thomas Vinterberg (Festen, La chasse) où Matthias tombera amoureux de Carey Mulligan dans la campagne anglaise. Un revirement? Pas tant que ça. Aguerri au théâtre depuis l’enfance, l’acteur anversois de 36 ans ne fait pas de manières pour dire que "l’amour est central" dans la plupart de ses films. Et malgré les tentatives de casser son image de sexe-symbole (en petite frappe psychotique dans Loft ou Quand vient la nuit), Matthias Schoenaerts reste cet étonnant objet du désir, quelque part entre Ryan Gosling, Sylvester Stallone et Marlon Brando.

Bientôt, on le verra aussi en jardinier de Louis XIV aux côtés de Kate Winslet (Les jardins du roi d’Alan Rickman), puis dans un remake de La piscine (Matthias reprend le rôle d’Alain Delon dans A Bigger Splash de l’Italien Luca Guadagnino avec Ralph Fiennes et Tilda Swinton). Anvers reste le point de chute indispensable de cet acteur caméléon dont la carrière a définitivement pris une ampleur internationale. Matthias vient de boucler le tournage de Maryland d’Alice Winocour (Augustine) aux côtés de Diane Kruger. Et il s’apprête à rejoindre Londres pour The Danish Girl de Tom Hooper (Le discours d’un roi) aux côtés du Britannique Eddie Redmayne (récemment oscarisé pour Une merveilleuse histoire du temps). Rencontre avec ce qu'il convient d'appeler un phénomène planétaire.

Avec Suite française, vous aviez envie d’un film romantique en costume?

Matthias Schoenaerts – Si je tourne, j’oublie le genre. Je m’implique pour un réalisateur ou pour une histoire. J’ai lu Suite française et l’histoire de cet officier allemand qui tombe amoureux d’une femme française, ça m’a touché.

Le corps de mon ennemi

En juin 1940, après la débâcle de l’armée française, Lucile (subtile Michelle Williams) est contrainte de vivre chez sa belle-mère (Kristin Scott Thomas) dans l’attente du retour de son mari. Lorsque les Allemands s’installent dans leur petit village et que l’officier Bruno von Falk (irrésistible Matthias Schoenaerts) occupe leur maison, Lucile est submergée d’émotions contradictoires. Adapté du roman posthume d’Irène Némirovsky (prix Renaudot 2004), Suite française reprend la force morale du roman de Vercors Le silence de la mer, avec des personnagesdéchirés entre désir et devoir. On est touché par la puissance sourde de cette histoire d’amour impossible entre un homme et une femme rendus ennemis par la guerre, mais que leurs goûts rapprochent, notamment leur amour commun de la musique (d’où le titre). Cependant, à l’écran cette Suite n’a de française que le nom. Réalisé par le Britannique Saul Dibb (The Duchess) et tourné en partie en Belgique dans une coproduction largement internationale, le film pâtit un peu de ce manque d’ancrage réel. Lambert Wilson en maire du village vient faire office de Français dans cet honorable soap historique et sentimental au charme certain, mais auquel manque, pour faire figure de classique du drame romantique (style Le patient anglais), une certaine complexité de scénario. Surtout lorsqu’on connaît l’histoire singulière et tragique des manuscrits d’Irène Némirovsky, retrouvés par sa fille 50 ans après sa mort en déportation à Auschwitz en 1942.

Réalisé par Saul Dibb. Avec Michelle Williams, Matthias Schoenaerts, Kristin Scott Thomas – 107’.

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