La météo c’est de l’info!

La météo, émission la plus regardée de la télé, fait la pluie et le beau temps des JT. Et ce n'est pas près de s'arrêter.

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Avez-vous remarqué? Depuis quelques années, les journaux télévisés belges et français ressassent un sujet vieux comme le monde: la météo. Le plus petit changement de température fait l’ouverture de tous les JT et provoque de longues causeries. Plus besoin d’envoyés spéciaux: un coup d’œil par la fenêtre du salon, et nous voilà plongé au cœur de l’actu. OH MON DIEU… Il neige en hiver!

Dans son baromètre thématique des JT, l’Institut français de l’audiovisuel (INA) est catégorique: depuis 1999 et sa grande tempête dévastatrice, les sujets climatiques ont explosé dans l’enceinte du journal télévisé. Une augmentation qui s’explique en partie par la mise en place des systèmes d’alertes météorologiques. De six en 2001, l’année du lancement, ils sont passés à… 206 en 2010. De plus en plus complexes, ces dispositifs préviennent en cas de canicule, de grands froids ou de vents violents. Jusqu’à nous transformer en obsédés d’un thermomètre déréglé? La question est légitime.

Avec l’accroissement de ces sujets en tête de gondole des JT et l’alarme permanente du réchauffement climatique, il semble logique de croire que le temps perd la boule. Mais Marc Van Diepenbeek, climatologue à l’Institut royal météorologique (IRM), est formel: il n’en est rien. "Les statistiques ne sont pas plus alarmantes qu’avant, les hivers ont toujours été froids, il y a toujours eu de la pluie en été en Belgique." Si changement il y a, il donc ailleurs. "Les médias cherchent des thèmes extraordinaires. Dès qu’un phénomène météo un peu différent se déroule, ils font des éditions spéciales alors qu’il y a deux, trois ans, ce n’était pas le cas. C’est la politique du sensationnalisme, pour faire de l’audimat, sur fond de concurrence entre RTL-TVI et RTBF."

Au beau fixe

Mais là n’est pas la seule cause du triomphe de la météo. "On m’appelle dès qu’il faut meubler" s’amuse Luc Trullemans, le météorologue en chef de RTL-TVI. Le temps, rustine idéale… Qu’on sèche sur l’actu en été où que règne la disette des infos hivernales, pas de soucis, il y aura toujours une grosse pluie, une canicule ou une tempête de neige pour venir combler les blancs et relancer les débats.

Jean-Charles Beaubois, le monsieur météo en chef de la RTBF confirme "Jean-Pierre Jacqmin, le directeur de l’information de la RTBF, est de plus en plus sensible à ce sujet. De plus, les phénomènes tels qu’ils se présentent ces dernières années font en eux-mêmes l’actualité, exemple avec des tempêtes comme celle du Pukkelpop ou de l’hiver dernier extrêmement froid. Mais intervient-on plus souvent sur antenne parce qu’on nous le demande ou parce que la situation météorologique le nécessite? C’est une combinaison des deux, un système de vases communicants qui se nourrissent l’un l’autre."

Difficile de dire non à une valeur sûre qui touche toutes les classes sociales, toutes les tranches d’âges et toutes les régions. En plus d’empêcher la dégringolade d’audimat que subissent les chaînes, la papote sur le temps permet de lancer des reportages sur les stations de ski, comme d’autres sur la vente de parapluies. Et pas seulement au JT de 13h de Jean-Pierre Pernaut sur TF1.

Money, money, money

Débarqué en 1946 au cœur du téléjournal de la RTF, ce programme autrefois hasardeux s’est affirmé année en année, jusqu’à devenir un indispensable pour les téléspectateurs, qui attendaient patiemment la fin des journaux télévisés pour découvrir s’ils allaient devoir s’affubler d’une grosse laine ou d’une mini-jupe le lendemain.

Une info pratique, mais capitale à l’époque où le joyeux monde de l’Internet n’existait pas encore. C’est l’exacte raison pour laquelle ce programme a été détaché des JT dès 1987, en France comme en Belgique, pour mieux voler de ses propres ailes et… générer de la publicité. D’abord via le sponsoring – trois petites secondes de présence avant ou après l’émission – puis par le truchement de véritables tunnels publicitaires.

Car la météo, en plus de bénéficier d’une régularité d’audience extrêmement enviable, flirte en moyenne en Belgique avec les 650.000 téléspectateurs. Elle dépasse parfois même le million en cas de tempêtes ou autres grosses chutes de neige. Soit mieux que Pirette, The Voice Belgique ou Belgium’s Got Talent. Un sacré levier de fonds. "L’emplacement publicitaire le plus cher de la télé, c’est celui qui se situe entre le journal et la météo" continue Luc Trullemans.

"Il y a une vingtaine d’années, il n’y avait qu’une minute de pubs à cet endroit, aujourd’hui ça se compte entre six ou sept minutes. C’est impressionnant." Un créneau qui se monnaie plusieurs milliers d’euros sur La Une et RTL-TVI, et un peu plus de 70.000 € les 30 secondes sur TF1. Dans de telles conditions, une certitude: quel que soit le temps qu’il fait dehors, la météo garde de beaux jours devant elle. Et tant pis si c’est à la fois avant, pendant et après le JT.

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